La réunion du CNME, la dernière du genre –le CNME devant être remplacée par le Conseil National du Crédit et de l’Épargne (CNCE) en vertu des dispositions de la nouvelle loi bancaire-, a été l’occasion pour les principaux acteurs de la vie économique du Royaume de revenir sur les principaux événements qui ont marqué l’exercice 2005, mais aussi et surtout de distiller ça et là quelques remarques et conseils et de mettre quand il le faut les points sur les “i” sur certaines questions. Ainsi, le Ministre des Finances et de la Privatisation est revenu longuement sur l’évolution positive des finances publiques et la solidité des fondamentaux de l’économie nationale en mettant l’accent sur le fait, les résultats qui ont été obtenus l’ont été dans un contexte défavorable prouvant du coup que “l’économie marocaine a développé une capacité de résistance aux chocs exogènes”. En, effet, “la réalisation d’une croissance économique positive, la préservation et consolidation de nos équilibres macro-économiques au moment où notre pays a dû subir les effets de la sécheresse, de la hausse du coût de l’énergie et de la fin de l’accord multifibres confirme une autonomisation progressive de notre croissance économique par rapport aux résultats obtenus au niveau du secteur agricole, et atteste qu’un changement positif de structures économiques et une diversification des sources de la croissance sont en cours”, s’est félicité M. Oualalou. Au-delà des réalisations macro-économiques, le ministre est revenu, comme à l’accoutumée, sur les réformes entreprises par le Gouvernement en insistant notamment sur les nouveaux statuts de Bank Al-Maghrib et la nouvelle loi bancaire. Il a souligné que “les nouveaux statuts de Bank Al-Maghrib ne manqueront pas de consolider les acquis, de renforcer la crédibilité de la politique monétaire et surtout d’assurer un ancrage des anticipations des agents économiques”. Allant dans le même sens, le Gouverneur de Bank Al-Maghrib, M.Abdellatif Jouahri, a souligné que “les textes ont clarifié les missions de la Banque Centrale et renforcé ses attributions dans les domaines de la politique monétaire, des systèmes de paiement et de la supervision bancaire”, en insistant tout de même sur le fait que le nouveau statut a “érigé la stabilité des prix en mission fondamentale de Bank Al-Maghrib”.
Mais comme à son habitude, M. Jouahri s’est détaché de son discours officiel pour distiller quelques remarques et conseils sur certaines questions. Ainsi, et concernant le financement des PME, le Gouverneur a souligné avec vigueur qu’“il était inadmissible que des PME continuent à se financer à des taux à deux chiffres actuellement”, sollicitant ainsi les banquiers à assouplir les conditions d’accès au crédit pour cette catégorie d’entreprises. Toutefois, cela ne sera réellement réalisable de manière durable que si les PME aussi jouent le jeu. “On doit finir avec le temps des trois bilans (fiscal, bancaire et réel) et les PME doivent s’engager durablement sur la transparence (bilan, informations financières, etc.) et la mise à niveau”, a martelé M. Jouahri.
Arrivée des banques étrangères
Sur un autre registre, le Gouverneur a souligné que les efforts réalisés au niveau du système financier poussent aujourd’hui plusieurs grandes banques étrangères à solliciter des agréments pour s’implanter dans le Royaume. Le Maroc ayant opté pour l’ouverture de son économie, il est impossible de récuser ses demandes de banques étrangères sans compter qu’elles pourront en cas de refus de s’implanter dans des pays concurrents. N’empêche, tous les dossiers seront étudiés au cas par cas par les autorités de tutelle qui n’avaliseront que les demandes dont les projets industriels remplissent trois conditions fondamentales: une valeur ajoutée, une valorisation des ressources humaines locales et un tour de table formé d’institutionnels solides. Concernant les banques islamiques, le Gouverneur est catégorique, “pas d’agréments pour les banques islamiques” a-t-il lancé.
Par ailleurs, et revenant sur les réformes entreprises par le Gouvernement, et tout en saluant leur portée et leur impact, M. Jouahri a insisté sur “l’utilité d’une certaine cohérence dans la mise en œuvre de ces réformes (…) et la nécessité des évaluations et des suivis des réformes entreprises”.
Code éthique et déontologique
Sur le volet bancaire et concernant l’environnement concurrentiel, le Gouverneur a fait remarquer que si une telle évolution est encouragée, il n’en demeure pas moins, qu’“elle pourrait être porteuse de risque de fragilisation dès lors que les conditions appliquées n’intègrent pas le coût du risque, les coûts de structure et une rémunération minimale des fonds propres”. Il appelle le GPBM à établir entre ses membres un code d’éthique et de déontologie appropriée mettant l’accent sur le respect de la saine concurrence, la transparence en matière de publicité et d’éthique.
Dans son intervention, M. Othman Benjelloun, Président du Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM) a mis l’accent sur la nécessité de renforcer le rôle du secteur bancaire dans l’économie nationale. Pour lui, cela passera par trois piliers fondamentaux: d’une part, “la poursuite de la concertation étroite et féconde entre le secteur bancaire, les pouvoirs publics, Bank Al-Maghrib et les opérateurs économiques”, d’autre part, “le renforcement des moyens humains, financiers et techniques des banques pour une meilleure maîtrise des risques et un accès facilité au financement, grâce à la mise en place du rating des entreprises”, et, enfin, “la communication devant être menée par la profession bancaire auprès du grand public, afin de vulgariser un certain nombre de concepts financiers”. C’est ainsi que le GPBM a soutenu son ouverture sur son environnement, notamment, à travers, d’une part, la concertation avec les PME/PMI dans le but de simplifier l’accès des petites entreprises aux crédits bancaires et d’améliorer leur transparence et, d’autre part, des acteurs des activités telles que la pêche, le microcrédit, l’aviculture ou l’export.
Mais ces efforts ne seront suffisants et contribuer à la bancarisation du pays que s’ils sont “conjugués à un environnement juridique, administratif, fiscal et managérial appropriés et à une plus grande transparence des entreprises”, a martelé M. Benjelloun. Par ailleurs, et concernant les systèmes de paiement et les moyens de recouvrement des valeurs, le Président du GPBM a souligné que “le système interbancaire marocain de télécompensation, créé il y a 3 ans avec Bank Al-Maghrib et opérationnel pour la place de Casablanca, sera bientôt généralisé aux autres places”. Partant, “la dématérialisation des valeurs qu’il induit, va conduire irrévocablement à la diminution des délais de recouvrement et des dates de valeurs”, ajoute M. Benjelloun.
Enfin, notons que la 15 ème cession du CNME qui s’est réunie le 05 juillet à Casablanca pour la dernière fois, va céder la place au CNCE qui sera une véritable force de proposition pour tout ce qui touche la réforme du secteur financier et son développement.
Moussa Diop
Marché des Changes : des réaménagements salutaires en vue
Lors de la dernière réunion du CNME, le Gouverneur de Bank Al-Maghrib est revenu sur certains chantiers concernant le marché des changes. Ainsi, et suite aux réflexions menées conjointement avec le ministère des Finances et de la Privatisation, l’institut d’émission a présenté des projets de réaménagement de circulaires relatives au marché des changes et aux dépôts et placements en devises par les banques à l’étranger. Globalement, les nouvelles mesures qui sont proposées visent à élargir la palette des instruments de placements aux titres de créance négociables et aux dérivés de crédits, avec comme toile de fonds la suppression de la contrainte de la duration maximale, ainsi que la révision du rating minimum des émissions éligibles.
Par ailleurs, les réaménagements porteront aussi sur les achats de devises à terme pour les contrats adossés à des opérations commerciales, ainsi que la couverture des prêts et emprunts extérieurs qui porteront dorénavant sur des durations librement convenues entre les parties et non plus limités à une année. En faisant sauter le verrou réglementaire qui limitait les achats de devises à terme et les couverture des prêts et emprunts sur une durée maximale d’un an, les autorités de tutelle donnent enfin un avis favorable à une revendication juste des opérateurs économiques nationaux qui ont souvent des besoins de couvertures portant sur des durées longues au même titre que leurs concurrents étrangers.