Cette année, le CNME a retenu l’attention des observateurs et des analystes notamment du fait de l’amélioration effective des indicateurs économiques et financiers du pays ainsi que des manifestations concrètes d’une croissance en hausse significative. Cela, d’ailleurs, a clairement été exprimé par les allocutions de MM. Fathallah Oualalou, ministre des Finances, Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib, Othman Benjelloun, Président du GPBM et Abdelkrim Bencherki, Président de l’APSF.
Mais, c’est essentiellement la mutation profonde du système bancaire, encouragée, entre autres, par l’adoption des nouveaux statuts de la Banque centrale (qui renforcent son autonomie) et celle de la loi bancaire, qui a marqué de son empreinte la quinzième session du CNME. En effet, comme exprimé par le Gouverneur Jouahri : " la consolidation de la situation financière, le renforcement des capacités techniques et l’amélioration des performances du système bancaire, devraient lui permettre de faire face aux exigences sans cesse croissantes de la sécurité financière et d’accompagner de manière efficace le mouvement d’ouverture de l’économie et son intégration dans l’environnement international. La stratégie de positionnement engagée par certains établissements à l’échelon régional s’inscrit dans ce sens et augure de perspectives de développement prometteuses."
Un constat que confirme donc le dynamisme d’établissements bancaires comme BMCE Bank qui a ouvert des filiales de BMCE Capital à Tunis et Dakar et qui vient de lancer un partenariat prometteur avec une grande banque du Gabon. Un constat valable également pour Attijariwafa bank, récemment entrée majoritairement dans le capital d’une banque tunisienne et qui a tout juste implanté une succursale à Dakar, alors que l’intérêt de plusieurs banques marocaines envers les promesses d’ouverture du système bancaire algérien est fortement affirmé.
C’est la même évolution que souligne le président Othman Benjelloun dans son allocution prononcée au nom du GPBM, lorsqu’il énonce : "L’ensemble de ces actions concrètes, auxquelles se conjuguent des initiatives individuelles d’élargissement de l’offre de services bancaires, la réalisation d’implantation à l’étranger, en particulier au Maghreb, en Afrique sub-saharienne et dans le monde arabe, ne nous font pas oublier le chemin qui reste à parcourir pour améliorer le rôle des banques dans le développement économique et social de notre pays".
Cette nouvelle image du secteur bancaire national a également pu s’illustrer à travers le closing du tour de table d’une banque publique longtemps affectée par des problèmes de recapitalisation, le Crédit Immobilier et Hôtelier, CIH, aujourd’hui animée par deux grands acteurs financiers, la Caisse de Dépôt et de Gestion marocaine et le Groupe Caisse d’Épargne français.
En effet, le processus de rapprochement de ces deux institutions et leur démarche envers le CIH avaient débuté le 25 janvier dernier par la signature d’un protocole d’accord entre la CDG et le Groupe Caisse d’Épargne, (GCE), portant sur leur projet commun en faveur du CIH et prévoyant la création d’un holding, Massira Capital Management, détenu à 65 % par la CDG et à 35 % par les Caisses d’Épargne.
Et le 6 juillet dernier donc, le Groupe de M. Milhaud a rejoint la CDG dans le tour de table de Massira Capital Management, laquelle structure sera l’actionnaire majoritaire du Crédit Hôtelier et Immobilier à hauteur de 67 % dans le capital de cette banque que dirige M. Khalid Alioua. Une opération qui dotera le CIH de fonds propres prudentiels permettant d’atteindre un ratio de solvabilité d’environ 9%, une gouvernance conjointe et une implication de la CDG et du GCE dans les instances dirigeantes de ladite banque.
Ainsi, les constats énoncés lors du récent CNME et la finalisation du processus de partenariat entre la Caisse de Dépôt et de Gestion et le Groupe Caisse d’Épargne indiquent bel et bien qu’une ère nouvelle a commencé depuis peu pour le système bancaire national.
Celui-ci, en effet, non seulement s’ouvre à l’international et au régional (avec les exemples de BMCE Bank et d’Attijariwafa bank), mais n’hésite pas à impliquer ses acteurs les plus importants, telle la Caisse de Dépôt et de Gestion, bras financier de l’Etat marocain, dans des opérations de haute portée et d’intérêt stratégique premier avec des institutionnels étrangers de référence. L’Etat s’affiche lui-même comme actionnaire à part entière d’institutions financières et participe à leur rentabilisation sans plus donner sa garantie
Et les propos du Wali de Bank Al-Maghrib prennent toute leur pertinence avec la nouvelle "aventure" conclue pour le CIH entre la CDG et le Groupe Caisse d’Épargne, à la précision très importante près que la Caisse de Dépôt et de Gestion, un institutionnel public certes, n’opère pas ce rapprochement avec le grand groupe de M. Milhaud, partenaire des Banques Populaires en France, pour offrir l’appui des pouvoirs publics à une banque marocaine. Il ne s’agit pas, non plus, de soutenir artificiellement et contre vents et marées, une banque en difficulté, mais bel et bien d’engager une forme de partenariat audacieux et novateur avec des spécialistes éprouvés de la banque de la famille et du financement immobilier des particuliers.
Ainsi, désormais, le système bancaire, enrichi de sa nouvelle configuration, ne fera plus la différence entre les banques marocaines et étrangères. Seul le caractère de banque universelle dédiée à l’accompagnement du développement de la bancarisation à l’échelle nationale devra compter. Ce paysage témoignera donc de plus en plus de la diversification des partenariats, entre établissements bancaires nationaux, avec les étrangers également, pour contribuer et même accélérer le processus de bancarisation des petits salaires, du financement du logement social et celui de la consommation, justement considérés comme d’indispensables facteurs de croissance. Et, la Banque Centrale ne s’opposera certainement pas à tout type de partenariat de ce genre.
Afifa Dassouli