A la question “Peut-on parler de modèle économique au Maroc?”, thème de la conférence organisée le 20 juin à Casablanca par l’Association Alternatives, en partenariat avec la Fondation Friedrich Ebert, les différents intervenants ont répondu “très certainement!”. A la veille des élections législatives de l’an prochain, et dans un contexte d’environnement favorable, pour atteindre des niveaux de croissance acceptables capables de juguler les déficits de tous ordres, c’est de bonne guerre. M. Nizar Baraka, Membre du Comité Exécutif du Parti de l’Istiqlal, qui a développé le cœur du sujet, mettra tout le monde d’accord, après avoir énuméré les forces et faiblesses du pays, en prônant une ébauche fondée sur : un tissu productif, orienté sur des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment les MMM (métiers mondiaux du Maroc), la mise en marche de l’ascenseur économique au profit de la PME-PMI, une meilleure gouvernance économique alimentée de cohérence, de vision, d’une meilleure coordination, et de réactivité, mais aussi une politique de mobilisation et de promotion des investissements, en captant les surplus d’épargnes des pays arabes (exportateurs de pétroles) et réaliser le triangle d’Or (UE, USA, Maroc), sans omettre les réformes à accélérer, essentiellement celle agraire, des administrations, de la Charte de l’Education pour intégrer cette fois le pays dans l’économie de l’information et du savoir).
Auparavant, il est revenu à M. Abdelali Benamour, Président Fondateur d’Alternatives d’introduire la conférence-débat. Comparant le Maroc à des pays émergents, à niveau de développement économique similaire ou analogue, qui ont adopté leurs propres modèles, tels que la Chine, l’Inde, le Brésil, ou l’Afrique du Sud, le plaçant entre la plus grande démocratie qu’est l’Inde et le système centralisé chinois, il a exprimé l’impact réel d’un modèle économique local sur la croissance. C’est d’autant plus juste que, le paradoxe actuel qui veut que le Maroc, un pays qui “ bouge ”, où de grands chantiers d’infrastructures sont entrepris, où les équilibres macro-économiques sont correctement tenus (malgré quelques écarts depuis quelques années), ne soit pas en mesure de dépasser certains problèmes sociaux, dira-t-il.
La preuve par l’exemple
Parti de quelque quatre ou cinq déterminants, notamment le choix d’une économie de marché sans états d’âme, d’un système politique centralisé, d’une administration efficace à double vitesse à la fois centrale mais bien encadrée et décentralisée, d’une R&D très élaborée, d’un système éducatif payant mais à faible coût, d’une mobilité humaine réglementée, de programmes d’infrastructures énormes où le capital est légitimé et les fraudes sévèrement punies, d’un système fiscal élaboré, simple et pas trop lourd, le président fondateur d’Alternative a d’abord présenté l’exemple de la Chine, qui a fait un choix net pour devenir une puissance économique, par une économie de marché et une flexibilité sans limites (pas de SMIG), où le Président Deng Xiao Ping a été on ne peut plus clair signifiant : “Que le chat soit gris ou blanc, pourvu qu’il chasse la souris!”. En gros, conclura-t-il sur ce cas, en Chine, le politique, le culturel et l’éducation, sont au service de ce système économique.
Résoudre l’énigme
A l’exception d’une démocratie existante déjà, et d’une mobilité humaine libre, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, marchent à peu près sur ce modèle. S’attardant un peu plus sur le cas de l’inde, Le Président Fondateur d’Alternatives a souligné qu’il existe dans ce pays un consensus au niveau de la classe politique, qui admet que la mondialisation soit assimilée et acceptée, quel que soit le régime en place.
M. Driss Benali, Président d’Alternatives est allé dans ce même sens. De son avis, le mérite de l’association est de toujours débattre sur les réalités de l’heure, afin d’apporter une contribution, sachant que l’objectif visé est d’empêcher que la campagne électorale soit simplement focalisée sur des calculs politiques. C’est donc loin d’être un simple exercice académique pour chercher à démonter la possibilité d’un modèle ou son contraire, a-t-il indiqué. Poursuivant son raisonnement, il a déclaré en substance que ne serait-ce que pour résoudre ce qu’une institution aussi sérieuse que la Banque Mondiale a dénommé “l’énigme de la croissance” au Maroc, vu qu’en dépit de ses atouts, de fondamentaux respectables, son économie donne l’impression de stagner, mérite l’élaboration d’un modèle économique. Il surenchérit soutenant qu’il ne s’agit pas de constituer des plans, si on ne les suit pas, ou d’élaborer des textes sans suite… les exemples de la France, d’après la seconde guerre mondiale (industrialisation à outrances au-delà du camembert et du bordeaux), de la Chine (libéralisation économique plutôt que libéralisation politique), ou encore de l’Inde (système éducatif performant, valorisation du capital humain)…, on pourrait multiplier à l’envi, ce qui leur est commun, c’est qu’il y a toujours un modèle à la base.
Capitaliser sur ses forces
Revenant sur le Maroc, son constat est assez sombre. Il relève qu’il y a eu un modèle libéral sans pour autant que l’économie soit de marché, au contraire ce fut une économie de la rente, aussi elle est ouverte mais sa compétitivité est faible, les avantages comparatifs, au sens ricardien du terme, ont fondu comme neige au soleil depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC, sans une réelle mise à niveau la mondialisation risque de nous broyer, l’économie est prétendue transparente, mais comporte de fortes zones grises, des incohérences avec des taux d’analphabétisme, et d’inadéquation entre diplômes et emplois, importants et un monde rural marginalisé, malgré l’accent mis sur ces secteurs auxquels sont consacrés 6% du PIB, enfin on parle de stratégie, mais on navigue à vue!
Moins strict, M. Baraka a reconnu un certain nombre d’avancées. Seulement, a-t-il confirmé, on n’avance pas assez vite pour faire reculer les grandes faiblesses du pays. Avant de brosser le modèle qui pourrait porter un surplus de croissance (énoncé plus haut), il a fait le diagnostic économique énumérant ses forces et ses faiblesses. La stabilité politique, la transition démocratique importante avec les élections de 2002 avec un centre politique plus proche de la réalité, une volonté réformatrice très claire des pouvoirs publics, la stabilisation du cadre macroéconomique, les conditions d’amélioration de l’environnement des affaires…, sont autant d’atouts cités par cet économiste qui maîtrise parfaitement son sujet. En termes de faiblesses, il a mis le doigt sur l’insuffisance de la compétitivité, liée à des structures restées stables, notamment une productivité du travail très faible, un secteur informel encore important, le manque d’innovation des entreprises, l’écart certain entre l’annonce des réformes et leur opérationnalité ou applicabilité sur le terrain, …qui n’arrangent pas le pays face aux menaces de nouveaux concurrents que sont les pays émergents (Chine Inde …). Aussi, fait-il remarquer, l’absence de diversification des produits exportés, d’intégration du marché maghrébin (un coût de 2% du PIB), la faible intégration des entreprises, la fuite des cerveaux que l’offshoring pourrait atténuer… n’arrangent pas la situation économique. Néanmoins, il y a de l’espoir, rassurera M. Nizar Baraka, avec la volonté du gouvernement d’accélérer la croissance économique par l’élaboration de politiques sectoriels contenues dans le plan Emergence (MMM), la logique des grands travaux, l’adoption d’une politique d’intégration sociale (Régime d’Assurance Maladie des Démunis, Assurance Maladie Obligatoire, Initiative Nationale de Développement Humain, nouvelle politique de l’Emploi, Charte de l’éducation et de la santé). Toutefois, conclura-t-il, pour dépasser des taux de croissance tournant autour de 4%, prouvant que les limites sont en train d’être atteintes, il serait judicieux de booster la demande extérieure, en adoptant le modèle économique libéral qui met l’accent sur un tissu productif à forte valeur ajoutée.
Complétant les propos de ce militant et non moins haut fonctionnaire, M. Kettani, Président délégué d’Alternatives, a insisté sur le développement de la culture de l’effort, du dépassement et sortir du syndrome du système de la rente. Au lieu de simples palliatifs, il a plaidé pour l’éradication de la corruption à tous les niveaux, un réel accompagnement des PME, véritables moteurs du développement et centraliser les institutions devant glaner les investissements avec des desk Amérique, Afrique, Europe,…
D. MB.