La Nouvelle Tribune : Le Groupe Banques Populaires baisse son taux d’intérêt des crédits à moyen terme à 5,5%,. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs à quelle politique de votre banque, cette bonne nouvelle est-elle rattachée ?
M. Hassan El Basri : Il ne s’agit pas de la première baisse de taux à laquelle procède notre banque, la dernière est intervenue en 2005 ramenant le taux du CMT à 6,95% contre 7,5%. C’est effectivement une politique de la BP de baisser les taux de crédit pour les investissements chaque fois que la conjoncture le permet pour pouvoir contribuer à la croissance économique. Cette fois-ci particulièrement, le contexte économique est très favorable. Il se caractérise par un taux de croissance du PIB prévu de 7% pour l’année 2006.
Celle-ci résultera non seulement de l’agriculture mais aussi de l’industrie qui, d’après les estimations réalisées, progresserait de 4%. Cette croissance qui touchera les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, s’annonce être soutenue pour 2006.
D’autre part, nous estimons à la BP que les chantiers structurants engagés par l’Etat ces dernières années commencent à porter leurs fruits. De même, les entreprises marocaines, qui avaient beaucoup de craintes par rapport à l’ouverture de l’économie nationale, considèrent aujourd’hui, avoir plutôt de nouvelles opportunités. D’une manière plus générale, les entrepreneurs ont plus de visibilité et sont dans un meilleur état d’esprit vis-à-vis de l’investissement. L’engagement de l’Etat dans l’investissement en infrastructures a donné plus confiance aux entreprises privées, et La BP veut contribuer à cet élan de croissance économique de notre pays.
La baisse du taux d’intérêt du CMT que vous proposez est-elle liée aux conditions de marché sachant que les taux d’intérêts sont dans une phase descendante ?
M. Laïdi El Wardi : La décision de baisser le taux d’intérêt des crédits à moyen terme à 5,5% s’inscrit dans une politique continue et ne constitue pas une mesure isolée.
Elle s’intègre en fait dans le cadre du programme "business project" lancé au début de l’année 2006. S’il est vrai qu’elle peut se traduire pour la banque par un manque à gagner, elle est motivée par une volonté de notre Groupe de contribuer au financement de la croissance économique. Compte tenu de son envergure nationale et de son assise financière, la BP est à même d’accompagner cette nouvelle conjoncture économique caractérisée par des perspectives de croissance fortes. La BP se doit de contribuer par un acte fort à favoriser de plus en plus l’investissement privé et soutenir cette croissance.
En tant que banque cotée, vous ne faites pas du militantisme, qu’est ce qui techniquement vous permet de baisser les taux d’intérêt à moyen terme à 5,5% ?
M. Hassan El Basri : Le Groupe des Banques Populaires a une grande particularité par rapport au système bancaire national. Il est composé de 11 banques régionales et de la BCP. Les banques régionales sont des coopératives qui appartiennent à des clients, appelés sociétaires. Seule la BCP est cotée en Bourse.
Celle-ci a de ce fait une nature différente qui la destine à une mission citoyenne qui l’a toujours caractérisée et qui prend différentes formes, la bancarisation de l‘économie, le microcrédit où nous sommes pionniers et très impliqués ainsi que le soutien à la création de l’entreprise. Aujourd’hui, la démarche de la BP est d’être performante tout en étant citoyenne. La preuve, c’est qu’en 2005, tout en étant citoyen, en ayant procédé à une première baisse des taux de crédit à moyen terme à 6,95% pour favoriser la bancarisation du pays, nous avons réalisé un résultat net en augmentation de 32%. Tout notre mérite et notre génie résideront dans la conciliation entre la citoyenneté et la performance.
M. Laïdi El Wardi : D’autant qu’en agissant sur notre environnement immédiat en baissant les taux, nous contribuerons à favoriser la croissance économique qui permettra à notre groupe de bénéficier de l’effet boomerang et d’augmenter ses crédits à l’économie.
Le taux en question du moyen terme va-t-il impacter la gamme des taux de la banque ?
M. Hassan El Basri : Notre action vise les crédits d’investissements uniquement parce que nous misons sur les principes économiques selon lesquels l’investissement est un facteur de croissance, et donc de création de richesse. Notre action intervient donc à ce moment précis où nous voulons accompagner cet élan de croissance. Nous voulons financer de manière générale les entreprises et participer par là-même à la réussite du nouveau projet du gouvernement "Moukaoualati" qui consiste à créer 30.000 nouvelles petites entreprises, 90.000 emplois que l’Etat accompagne par différentes mesures.
Les organismes financiers internationaux ont toujours considéré qu’au Maroc, le taux d’intérêt constituait un obstacle à l’investissement et la croissance économique, la BP a-t-elle aussi entendu ce message?
M. Hassan El Basri : En effet, tant le FMI, que la Banque Mondiale et la SFI considèrent que les taux d’intérêt restent élevés au Maroc et constituent un handicap à l’investissement parmi d’autres arguments qui sont plus importants et structurels. Nous voulons effectivement répondre à cet appel et contribuer à minimiser l’obstacle du niveau du taux d’intérêt à l’investissement. Je pense qu’en ce qui concerne la BP, elle a mis le taux d’intérêt à moyen terme au plus bas possible. Notre marge est vraiment faible sachant que dans le 5,5% il y a le coût du risque et les frais de gestion et qu’à la BP nous avons toujours appliqué le même taux à toutes les entreprises quelle que soit leur taille.
Nous incitons nos clients entreprises, pour lesquels nous avons déjà confectionné l’offre "business project", de profiter de la baisse des taux à moyen terme que nous leur offrons pour se développer et investir. Le Business Project étant une manière de repenser la relation entreprise-banque et donc la gestion par la banque de cette relation sous un angle nouveau. Il se concrétise par la mise en place de structure d’accueil spécifique à l’entreprise et par la mise en place de services beaucoup plus larges que les seuls services financiers. Les prestations liées à l’externalisation de certaines fonctions qui permettent aux entreprises de se concentrer sur leur métier de base et d’optimiser leurs moyens et leurs ressources : gestion des commerciaux, des salaires, du parc automobile, pour les faire gagner en termes de productivité, en temps et en coût.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli