En effet, par la voix de son président, le Groupe ONA a décidé qu’il entendait désormais devenir opérateur dans les sociétés où il détient des participations majoritaires, soit 51 % au moins,c’est-à-dire déterminer la stratégie de ses filiales, être partie prenante de leur gestion et y mettre ses hommes. Quant aux sociétés où ONA détient 50% du capital au plus avec un partenaire quelconque, elles deviennent, toujours selon les déclarations de M. Bendidi, des participations financières qui seront jugées sur leur profitabilité mesurée par le ROE “return on équities” ou retour sur capital. C’est le cas de Lafarge Maroc, d’Axa Assurances Maroc et de Sonasid, après la cession de 35 % du capital à Arcelor qui est monté à 50% dans le capital de cette dernière. Comme telles donc, d’aucuns estiment que ces participations seront logées à la SNI, en tant que holding de participations.
Mais, plusieurs questions interpellent les observateurs dont une relative au plafond de 50% qui est loin de caractériser une participation minoritaire. À ce niveau, en effet, il est moins facile de se défaire d’une participation, surtout quand il y a cotation en bourse, pour prendre ses bénéfices. De plus, de telles participations égalitaires sont souvent assorties de pactes d’actionnaires qui fixent les conditions de dénouement de ces partenariats de capital comme c’est tout particulièrement le cas d’Axa Assurances Maroc. Ces pactes, d’ailleurs, peuvent comporter des clauses qui sont susceptibles d’être différemment interprétées par les actionnaires, ce qui peut les mener éventuellement devant des commissions d’arbitrage.
C’est donc avec quelque étonnement que les observateurs analysent cette nouvelle orientation stratégique du Groupe ONA qui rompt manifestement avec la démarche antérieure,celle de s’associer à des partenaires considérés comme des opérateurs qualifiés dans différentes activités, pour faire profiter de leur savoir-faire les filiales du premier holding national alors qu’aujourd’hui, on réduit ces partenariats à de simples participations financières. Inversement, comment l’ONA peut-il vouloir enlever à ces professionnels éprouvés dans leurs métiers respectifs la gestion des entreprises sous prétexte que leurs participations sont inférieures à la majorité de 51%, sachant que c’est à travers le management de ces sociétés qu’ils sont censés mettre en oeuvre leur savoir-faire ?
Une réponse à cette interrogation serait de considérer qu’une telle distinction des participations d’ONA est simplement destinée à mieux répartir les pouvoirs entre les deux holdings, l’industriel et le financier.
Cela pourrait rassurer certains des partenaires étrangers du holding industriel, offusqués d’être considérés du jour au lendemain comme de simples participations financières tandis que d’autres, tels Danone et Auchan, se voient balayés des postes de responsabilité dans des entreprises où ils apportent leur “know-how” parce qu’ils ne détiennent pas une proportion suffisante de capital.
Dans ce contexte, de tous les partenaires étrangers du discret Siger, le cas d’AXA Assurances Maroc constitue incontestablement l’exception puisque le Groupe AXA, détenant 51% du capital, continuera d’en tenir les rênes, alors qu’ONA, après la création d’Attijariwafa bank, a hérité de Wafa Assurances qui est et sera de plus en plus la compagnie du groupe.
En effet, cette nouvelle donne aurait pu entraîner un conflit entre ces deux partenaires. Car, ce sont ces positions bien définies de chacun qui pousseraient à penser qu’ONA et AXA devraient se séparer sauf que le premier tire de gros profits de sa participation et la seconde n’a aucun intérêt à mettre une somme colossale pour acquérir 49% supplémentaires du capital de sa filiale marocaine.
En ce qui concerne la remontée de dividendes pour ONA, le calcul est vite fait, sachant que le holding dirigé par M. Bendidi détient d’une part 35 % d’Attijariwafa bank, laquelle possède environ 70 % de Wafa Assurances et, d’autre part, 49% dans Axa Assurances Maroc. Or, Axa Assurances Maroc vient de dégager en 2005,un résultat net après impôts de 525 millions de DH quand Wafa Assurances a réalisé au même titre 188 millions de dirhams. À supposer que les bénéfices des deux sociétés concernées soient totalement distribués, Wafa Assurances rapporte à l’ONA 46 millions de dirhams de dividendes contre 257 millions de dirhams pour Axa. Une raison très largement suffisante pour qu’un tel statu quo n’évolue qu’avec la fin du pacte d’actionnaires signé entre Axa et ONA en 1999 et qui devrait prendre fin en 2009, sachant que ce type de contrat dure généralement une dizaine d’années. D’ici là et sauf renversement de situation, ONA et Axa continueront à se regarder en chiens de faïence, unis pour le meilleur et pour le pire, contractuellement…
C’est donc un éclairage particulièrement précieux dans ce contexte que nous offre M. Daniel Antunès, PDG d’AXA Assurances Maroc, qui a bien voulu répondre dans l’entretien qui suit aux questions de
La Nouvelle Tribune.
Afifa Dassouli