La Nouvelle Tribune : La nouvelle stratégie d’ONA transforme, pour cette holding industrielle, Axa Assurance Maroc, en une participation financière, alors que votre partenariat a déjà perdu de son poids depuis l’acquisition de Wafa Assurances. Qu’en dites-vous, en réponse à la presse, qui fait état périodiquement de votre séparation définitive?
M. Daniel Antunès :
Ce qu’il faut comprendre, selon le Président Bendidi, c’est que l’ONA, opérant dans le domaine de la banque et de l’assurance, sa participation de 49% dans AXA Assurance Maroc, est devenue aujourd’hui strictement financière. Ce qui signifie que l’ONA regardera de plus près ce que sa participation dans le capital d’AXA Assurance Maroc produira en termes de dividendes et de plus-values. Je pense qu’en l’occurrence, ils sont plutôt satisfaits puisque nous avons distribué pratiquement la totalité de nos résultats qui sont bons en 2005. Cependant, si l’ONA estime avoir un intérêt à dénouer le partenariat, le Président Bendidi, lors d’une émission télévisée, a expliqué que seule la concertation permettrait un dénouement. En effet, un pacte d’actionnaire lie les deux groupes.
Mais on sait qu’il y a eu une entaille dans le pacte d’actionnaires puisque le Groupe ONA, à travers Attijariwafa bank, a acquis plus de 10 % dans une autre compagnie d’assurances, Wafa Assurances en l’occurrence.
Les conditions d’un pacte d’actionnaires, comme je vous l’ai déjà dit, peuvent parfois prêter à interprétation. Certaines clauses sont parfois interprétées différemment par les uns et par les autres. En cas de constat de désaccord, une commission d’arbitrage peut parfaitement trancher le différend.
Comment pouvez-vous être si positif alors que vous avez perdu des clients du périmètre du Groupe ONA ?
Dans un premier temps, nous n’avons rien perdu, les affaires se sont poursuivies. Maintenant, certes, les choses évoluent ; cependant, d’autres accords sont maintenus avec le groupe ONA et nous avons encore intérêt à continuer de travailler ensemble. Il est vrai que, graduellement, tout le “business” de la bancassurance a été transféré vers la filiale d’assurance d’Attijariwafa bank, comme annoncé en son temps par son président, M.Khalid Oudghiri.
Mais, par contre, nous continuons de garantir de nombreuses sociétés du Groupe ONA car cela présente pour le Groupe un intérêt évident, puisque l’ONA est actionnaire à hauteur de 49 % d’AXA Assurance Maroc.
Cependant, pour pallier la situation rencontrée en bancassurance, nous avons accéléré notre flux d’affaires avec la BMCI en lançant de nouveaux produits qui vont progressivement prendre le relais. D’autres partenariats sont également en cours de développement.
Quelle est la stratégie actuelle du Groupe AXA à l’international?
Je crois qu’avec la dernière acquisition à 100 % de Winterthur, le projet du groupe AXA “Ambition 2012” (multiplier le chiffre d’affaires par 2 et le résultat par 3, en devenant “la société préférée”) est en bonne voie. Auparavant, plusieurs opérations à l’international ont été menées à bien. Ceci pour rappeler que le groupe AXA demeure toujours attentif aux opportunités de se développer pour renforcer sa position dans la protection financière.
En ce qui concerne notre position au Maroc, nous développons les affaires dans le cadre d’un partenariat 51%-49%, régi par un pacte d’actionnaires, mais ce n’est pas le seul pays. En effet, il y a la Turquie où nous avons un partenariat à 50-50 et dans ces deux pays, la gestion est forcément moins simple que lorsque vous êtes largement majoritaires. Mais le Groupe AXA entend continuer de développer ses affaires.
En effet, notre objectif est clair : nous entendons poursuivre nos opérations parce que les évolutions positives et profondes que connaît le Maroc doivent lui permettre d’obtenir un taux de croissance significatif. D’autre part, le Maghreb est une des régions qui doivent connaître un fort développement à l’avenir. Ainsi, le Maroc peut-il être une base pour développer nos affaires maghrébines.
Par ailleurs, aujourd’hui au Maroc, outre Axa Assurance, le groupe AXA est présent par l’intermédiaire d’autres sociétés. Nous avons AXA Assistance qui emploie environ 60 collaborateurs, un call center qui fonctionne avec plus de 100 positions et 100 autres qui seront créées avant la fin de l’année en cours. La société de crédit Acred compte également 50 personnes et enfin nous nous intéressons à “l’off shoring” à Casablanca.
Notre vision du développement marocain et maghrébin nous conforte dans notre stratégie d’établissement au Maroc, sachant que les activités du Groupe AXA reposent géographiquement sur quatre piliers : l’Europe, l’Amérique et l’Asie et les zones émergentes.
Les résultats d’Axa Maroc sont-ils conformes aux attentes du groupe ?
Le chiffre d’affaires d’Axa Assurance Maroc s’est élevé à 2,194 milliards de dirhams, représentant une croissance de +0,6 % par rapport à 2004. Nous estimons néanmoins que 2005 représente la meilleure des trois dernières années En effet, cette progression est le résultat à la fois d’une baisse prévisible de 2,6% de la bancassurance vie, dont le chiffre d’affaires global s’élève à 655 millions de dh. Mais cette baisse est compensée par une croissance de 2% de l’activité dommages avec un chiffre d’affaires de 1.539 millions de dh.
Comment pouvez-vous considérer que 2005 est une bonne année avec ces faibles pourcentages de variations du chiffre d’affaires ?
La croissance du chiffre d’affaires n’est pas un objectif en soi. Il y a lieu de ne pas céder au culte du chiffre d’affaires, mais plutôt d’examiner le mix CA et résultat net. En l’occurrence, je considère que l’exercice 2005 a été pour Axa Assurance Maroc une bonne année. Pour ce qui est du chiffre d’affaires, quatre points doivent être évoqués :
- Les affaires du Secrétariat particulier de SM le Roi que nous avions en portefeuille ont été transférées vers la filiale d’assurance d’Attijariwafa bank
-Notre activité bancassurance n’a pas été alimentée en business nouveau en raison du transfert progressif des produits de bancassurance d’Attijari vers sa filiale d’assurance.
-Le nouveau Code des Assurances a interdit aux agents de travailler avec plusieurs compagnies d’assurances, en devenant agents exclusifs. Comme pour les autres compagnies, il y a eu donc un manque à gagner et une perte du chiffre d’affaires importante pour AXA Assurance Maroc.
-Enfin, nous avons, en application du nouveau code des assurances et des dispositions de la Loi de Finances 2005, mis en place un recouvrement qui respecte ces règles, ce qui a pu engendrer un impact négatif sur notre chiffre d’affaires.
Malgré ces contraintes objectives, AXA Maroc a réalisé un chiffre d’affaires en croissance de 0,6 % à 2.194 millions de dirhams. Cette légère progression résulte du bon comportement de l’activité IARDT contre un recul de la branche vie pour les raisons expliquées précédemment.
Et le résultat 2005 d’Axa Assurance Maroc ?
Le résultat net -après paiement des impôts qui s’élèvent à 168 millions de dirhams- a progressé de 31,5% en 2005, à 524 millions de dirhams contre 399 en 2004. Cette importante évolution tient compte d’une amélioration de 26% du résultat des placements financiers et d’une progression notable du résultat des opérations d’assurances.
2005 est ainsi l’aboutissement de la mise à niveau que nous avons menée depuis trois ans. Désormais la compagnie, du fait de ses ratios, est pratiquement aux standards européens.
Il est important que techniquement, nous équilibrions nos comptes, ce qui est le cas en 2005. Mais réaliser de bons résultats sur ses placements financiers est aussi nécessaire pour toute compagnie d’assurance qui gère une masse importante de capitaux représentant la couverture de ses engagements et qui doit rémunérer les placements de ses assurés.
En ce qui concerne le “technique”, notre ratio combiné est de 100,6%, ce qui nous situe pratiquement au niveau des normes européennes. Il est évalué sur la base des normes IFRS que nous appliquons d’ores et déjà. De même, pour la marge de solvabilité, elle est cette année à 327 %, c’est-à-dire trois fois supérieure aux nouvelles normes du code des assurances.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli