À l’initiative d’Attijariwafa bank et d’Unigrains, société financière française spécialiste de l’agro-alimentaire avec actuellement plus de 600 millions d’euros sous gestion et près de 300 entreprises partenaires, le capital investissement marocain vient de s’enrichir d’ un nouveau fonds dédié exclusivement aux entreprises du secteur agro-alimentaire et agro-industriel, “Agram Invest”. Outre ces deux promoteurs, Agram Invest, doté d’un capital initial de 200 MDH, réunit dans son tour de table des investisseurs de renom dont la Banque Européenne d’Investissement (BEI), premier apporteur de fonds pour un montant de 50 MDH, Averroès Finance, Cape Holding (filiale du Crédit Agricole de France), le Crédit du Maroc, MAMDA/MCMA, et le Crédit Agricole du Maroc. Le fonds a pour objectif de prendre des participations minoritaires en fonds propres (participation dans les tours de table des sociétés cibles) ou quasi-fonds propres (dette subordonnée, obligations convertibles en actions, obligations à bons de souscription d’actions, etc.) dans des entreprises en création ou en développement présentant de réelles perspectives de croissance. Les participations du fonds se font pour des durées comprises entre 5 et 7 ans et visent à permettre le renforcement de la structure de financement des sociétés cibles et d’alléger leur charge financière. Le fonds intervient à travers des prises de participations minoritaires avec un ticket minimum d’entrée de 10 millions de dirhams et un ticket maximum de 30 millions de dirhams. Pour des investissements nécessitant une enveloppe de plus de 30 MDH, le ticket maximum d’investissement peut être revu à la hausse par des mécanismes de co-investissement. En clair, pour des projets d’investissements nécessitant un apport en capitaux supérieur à 30 MDH, il est permis aux différents promoteurs du fonds d’y investir directement pour compléter l’apport du fonds Agram Invest.
Faible transformation
A travers le fonds Agram Invest, ces promoteurs se fixent pour objectif de participer à l’émergence d’une industrie agro-alimentaire marocaine forte pouvant générer une valeur ajoutée pour le pays. Le fonds mise ainsi sur un secteur stratégique qui se positionne en tant que deuxième industrie de transformation après les industries chimiques et para-chimiques avec un chiffre d’affaires de près de 65 milliards de dirhams et troisième industrie nationale en termes d’exportation avec près de 10 milliards de dirhams en 2004. Notons toutefois qu’au niveau de ces exportations, les produits non transformés ont représenté près de 51 % du total des exportations de produits alimentaires. “Cette faible transformation des produits agricoles constitue un manque à gagner important en termes de valeur ajoutée pour l’agriculture locale”, fait remarquer M. Khalid Oudghiri, Président Directeur Général d’Attijariwafa bank. D’où l’idée de “s’allier à un partenaire stratégique ayant l’expérience nécessaire comme Unigrains pour exploiter le potentiel de valorisation des produits agricoles”, a ajouté M. Oudghiri. Allant dans le même sens, M. Henri De Benoît, Président d’Unigrains a souligné que l’entreprise française s’intéresse au Maroc pour deux raisons principales. D’une part, “il y a l’existence des produits de base de bonne qualité que la création d’une zone de libre-échange avec l’Union européenne favorisera la transformation”, et d’autre part, “Unigrains table sur le développement des bioressources rendues nécessaires par l’envolée des prix du pétrole et les exigences de préservation de l’environnement”.
Notons que la stratégie des promoteurs du Agram Invest d’encourager l’activité de transformation des produits agro-alimentaire épouse largement la vision du Gouvernement retenue notamment dans le cadre du Plan “Émergence” qui a retenu le secteur agro-alimentaire et agro-industriel parmi les pôles à développer dans le cadre de la politique industrielle du Royaume. Il faut dire que le constat en matière de transformation des produits agricoles est sans équivoque. En effet, et selon les données du plan “Émergence”, 41 % du tonnage des produits du secteur agricoles (hors halieutiques) transformés concernent la transformation du blé en farine, représentant une valeur ajoutée négligeable de 3 % pour le secteur. Les conserves de fruits et légumes, représentant 6 % de ce tonnage drainent plus de 21 % de la valeur ajoutée sectorielle. D’où la nécessité de mettre l’accent sur la transformation des produits à même d’apporter davantage de valeur ajoutée à l’économie nationale et créatrice d’emplois.
15 projets à l’étude
C’est pour cette raison, qu’en plus du financement, l’apport du fonds Agram Invest se matérialise par le conseil et d’accompagnements permanents des sociétés cibles. Dans ce cadre, le fonds, géré par Agram Gestion, filiale de Attijari Invest, bénéficie en plus de l’ingénierie financière de ses équipes, de l’expertise unique dans les domaines de l’agro-alimentaire et de l’agro-industriel des professionnels d’Unigrains qui les accompagneront dans tout processus de transformation et ce dans toutes les filières du secteur.
Par ailleurs, les entreprises cibles bénéficieront également, en plus du financement adéquat, de l’institutionnalisation de leur tour de table et du conseil en ingénierie financière et de l’expertise dans différentes filières, de tout un réseau structuré de contacts pouvant être très utiles pour leur développement à l’international, sachant qu’Unigrains a dans son portefeuilles quelque 300 entreprises partenaires.
A signaler que plus de 15 projets d’investissement concernant toutes les branches du secteur (produits de la mer, minoteries, Grande distribution, conserves de fruits et légumes, etc.) sont déjà soumis à l’étude. Face à cet engouement, les promoteurs d’Agram Invest ont déjà revu à la hausse leurs ambitions en termes d’objectifs d’investissement. Ils espèrent investir les 200 MDH sur les trois prochaines années et tablent sur 10 à 12 projets sur les deux prochaines années. Côté ressources financières, M.Oudghiri rassure que les promoteurs du fonds sont prêts à mettre la main à la poche une fois le capital initial de 200 MDH épuisé. Reste que pour investir dans un projet, les promoteurs exigent tout de même des TRI supérieurs ou égaux à 20 %.
Moussa Diop