Il s’agirait donc seulement d’une simple coïncidence, même si l’opérateur historique des télécommunications marocaines est inscrit à la cote parisienne et que plusieurs investisseurs étrangers opèrent à la Bourse de Casablanca.
"Une hirondelle ne fait pas le printemps" dit l’adage et ces seuls éléments ne sauraient faire de la place casablancaise un marché ouvert, d’autant que le contrôle des changes qui "sévit" dans notre pays interdit à nos investisseurs nationaux d’intervenir à l’étranger.
Ces réalités ne nous interdisent cependant pas de nous interroger sur les origines et causes de ces corrections respectives, à l’étranger et chez nous, pour mesurer le degré d’efficience de notre marché.
La sérieuse baisse des cours sur les bourses occidentales et même émergentes est liée à des facteurs objectifs et rationnels comme le comportement fluctuant des devises et de plusieurs matières premières. En effet, le dollar s’est beaucoup affaibli par rapport à l’euro en passant de 1,18 à 1,28 _ en un mois, alors que les matières premières sont victimes de mouvements et d’opérations spéculatives directement liées à la conjoncture internationale avec de fortes pressions sur le cuivre, l’or, mais surtout le baril dont les cours jouent au yo-yo, dans une fourchette de 65 $ à 75 $. Ces places financières réagissent, de surcroît, aux prévisions de croissance faites par les grands analystes internationaux, l’OCDE, le FMI ou la Banque Mondiale et aux politiques des banques centrales.
Rien de tout cela au Maroc! Le phénomène de baisse continue des cours se produit parce qu’un intervenant de taille le déclenche en commençant à vendre et qu’il est suivi par un comportement moutonnier de la place.
Ni lien, ni cause commune
En effet, de la même manière que la croissance des cours n’était pas fondée sur des anticipations précises ou des réalisations de résultats des sociétés cotées dépassant les attentes des analystes locaux, la dégringolade actuelle des cours ne se justifie guère par des informations de nature macro-économique ou financières liées aux sociétés cotées et à leurs dernières performances.
L’analyse du PER, (price earning ratio), critère numéro un d’appréciation d’une valeur boursière, suffit à le démontrer. Il est en moyenne de 22 pour le marché marocain, mais la correction actuelle, généralisée et "aveugle", ne distingue pas entre les valeurs qui ont des PER bas et celles dont les PER sont élevés.
C’est ainsi que la correction pourrait porter, par exemple, sur les valeurs qui ont un PER approchant de 40 à la Bourse de Casablanca comme Cosumar, Lesieur, Centrale Laitière, CTM, Attijariwafa bank ou La Marocaine Vie et éviter, par contre, celles dont les PER sont inférieurs à la moyenne du marché et qui tournent autour de 15.
Dans une telle conjoncture, alors que l’étroitesse et le manque de liquidité du marché sont structurelles, on attend donc des investisseurs institutionnels qu’ils donnent le bon exemple, en jouant leur rôle de faiseurs de marché, en tempérant leurs investissements boursiers, en adoptant une politique de gestion de portefeuille dynamique et diversifiée. On attend d’eux également qu’ils agissent de concert pour amortir la chute vertigineuse du marché, afin d’éviter qu’elle n’intervienne dans de très gros volumes avec des baisses de valeur allant jusqu’à 6 % par jour, voire des valeurs réservées à la baisse plusieurs séances consécutives.
Car un tel comportement du marché pénalise les placements à moyen et long terme des épargnants et risque de les éloigner durablement des placements boursiers pour une seconde fois, en répétant les tristes moments de la fin de la décennie 90 où la défiance envers les placements boursiers était générale chez les petits porteurs.
De même, les sociétés qui prévoient des introductions en bourse dans les jours à venir, opérations qui ont été préparées dans un contexte haussier du marché sont dans leur droit de s’interroger sur l’éventualité de différer leur introduction. D’autres essaient de s’adapter à cette nouvelle conjoncture en révisant leurs dossiers, tel le promoteur immobilier Addoha qui, voulant lever un milliard de dirhams avec un syndicat de placement très restreint, se trouve dans l’obligation de l’élargir à l’ensemble des banques pour en assurer la réussite.
Le marché boursier a des acteurs, mais aussi des auteurs dont l’autorité suprême est le ministre des Finances, lequel ne devrait pas attendre deux ans pour prendre position et publier des communiqués en tant qu’autorité de tutelle, comme lors de la crise boursière de 1998.
Cette sévère correction de la bourse casablancaise est également le moment d’envisager de nouveau la mise en place de produits d’épargne longue sous forme de plans d’épargne "actions".
Elle est aussi l’occasion d’inviter l’Etat à inciter ses entreprises publiques, qui font appel public à l’épargne par des émissions obligataires, à s’introduire en bourse et se financer en levant des capitaux propres afin d’élargir la cote en valeurs importantes et sûres.
C’est en prenant en compte, très rapidement, de telles opportunités, conditions et considérations qu’on pourrait éviter qu’une correction légitime ne se transforme en crise boursière.
Afifa Dassouli