L’ASFIM, l’association professionnelle des gestionnaires de fonds, a réagi à l’événement en précisant que si une telle manifestation a pu s’imposer en l’espace de deux années seulement, il n’y a pas eu pour les deux classements réalisés unanimité des gestionnaires sur le choix des critères utilisés. Pourtant, on aurait pu croire qu’Europerformance, organisme indépendant qui possède 8000 fonds européens notés à son actif, lesquels ont fait la Une du Financial Time au début de l’année 2006, aurait pu imposer un ou plusieurs critères de ceux communément sélectionnés dans les autres places émergentes pour les premières classifications.
La réaction des membres de l’ASFIM aux trophées des deux dernières années n’est peut-être pas étrangère à l’impact commercial de l’attribution de tels prix. Les gestionnaires gagnants ne manquent pas de capitaliser sur leurs trophées en interpellant leurs clients sur leurs rendements, présentés comme les meilleurs…
Pour ces raisons, ce classement annuel sera dorénavant pris plus au sérieux par la profession qui s’engage à opérer une analyse plus poussée pour la détermination de critères plus scientifiques, mieux définis et propres à la nature de l’investissement et à son horizon, pour une meilleure information de la clientèle donc.
L’AMT, une initiative heureuse, mais…
Le classement des OPCVM, tel qu’établi lors de l’AMT aura néanmoins atteint son but, celui de stimuler les gérants, de créer une certaine émulation entre eux, ce qui les engage à justifier leurs résultats auprès de leurs clients. Car, créés en 1996, depuis plus de 10 ans donc, les OPCVM n’ont pas vraiment évolué de ce point de vue. Des efforts ont été faits au niveau réglementaire, l’encours des actifs gérés dépasse les 100 milliards de dirhams, mais le niveau d’information de la clientèle n‘a pas évolué. Celle-ci ne s’intéresse, le plus souvent, qu’à un seul volet de ses placements, celui du rendement et en ignore le risque. Le constat est que les clients font à peine la différence entre une SICAV et un fonds commun de placement, un investissement en actions, en obligations ou en monétaire.
Le ratio Sharp
Tout particulièrement, l’aspect risque n‘est ni appréhendé, ni interprété par la clientèle et donc peu compris, comme on le voit particulièrement à travers les comportements des personnes physiques en bourse. Pourtant, un classement s’impose à la profession qui a discuté à une certaine époque avec le CDVM d’une circulaire pour le calcul uniforme des performances, ce qui en faciliterait la régularité et la crédibilité.
Les trophées instaurés par La Vie Éco, en partenariat avec Financess et Europerformance, les obligent aujourd’hui à prendre en charge le classement de leurs propres OPCVM. L’Asfim se doit donc de mettre tous ses membres d’accord sur les critères de sélection des fonds méritants.
Pour mieux comprendre cet engagement, il est intéressant de revenir sur les critères actuellement retenus. Il s’agit en premier de celui qui évalue le rendement par le rapport rendement/volatilité, lequel, selon les contestataires, ne tient pas compte correctement du couple rendement/risque. Il ne ferait d’ailleurs même pas partie des indicateurs financiers. Certains avancent qu’il a été simplifié pour faciliter les premiers classements des OPCVM. Aujourd’hui, il est donc jugé en tant que tel et n’aurait donc aucun sens parce qu’il compare le rendement d’un fonds avec sa propre volatilité sans aucune référence avec le marché. Il devrait être remplacé par le ratio Sharp qui compare le rendement d’un fonds au rendement sans risque et le rapporte à la volatilité rendement du fonds / rendement sans risque sur volatilité). Celui-ci met en évidence le surplus de performance d’un fonds par rapport à la performance sans risque du marché. Il permet à un investisseur de comparer un investissement en bons du Trésor sans risque et un produit financier qui procure un rendement additionnel, mais qui engendre plus de risque.
Ce critère a certainement plus de sens. D’abord, parce qu’il est universel, mais aussi parce qu’il permet une comparaison plus juste entre les différents fonds de placement. D’autant qu’on ne peut remettre en cause la théorie financière qui préconise le ratio Sharp pour le classement des fonds.
Aujourd’hui, les membres de l’Asfim veulent retenir les ratios reconnus au niveau des standards internationaux, qui sont les plus parlants et qui changeront totalement la perception de la gestion collective par la clientèle. La preuve en est que le classement actuel aurait pu être totalement différent sur la base de l’application du ratio Sharp, du simple fait que la volatilité n’est pas perçue de la même manière. En effet, dans le critère qui rapporte le rendement à la volatilité des fonds, elle joue un rôle prédominant par rapport à la performance, alors que dans le ratio Sharp, elle met plus en valeur le rendement. En outre, ce dernier critère est valable pour le classement de toutes les catégories d’OPCVM, tout en jouant plus pour ceux qui sont les plus risqués. De ce fait, le critère retenu jusqu’à présent informe mal la clientèle sur les performances des fonds en dénaturant l’importance de la volatilité dans le calcul de la performance.
D’autre part, pour assurer une certaine comparabilité entre les fonds, seuls les OPCVM cumulant les 95 % du total des actifs gérés ont été retenus dans les classements. Or ce filtre, à un tel taux, n’en est plus un, puisqu’il n’atteint pas l’objectif de la sélection.
En effet, il n’a pas empêché qu’un fonds d’un milliard de dirhams soit comparé à celui de 2 millions de dirhams, alors qu’il ne peut être géré de la même manière.
La profondeur des marchés Action ou Obligataire ne permet pas aujourd’hui de faire bouger de la même manière des petits fonds et ceux plus lourds, car les premiers donnent beaucoup plus de souplesse à leur gestion que les seconds aussi bien sur les marchés monétaire, qu’action ou obligataire et quel que soit le profil de risque.
Sur le monétaire par exemple, un petit fonds investi dans des bons du Trésor peut en sortir très vite alors qu’un autre, important, sera obligé d’être placé plus sur des repo pour être facilement manipulable et liquide.
De même, sur les actions, un petit fonds pourra acheter les petites capitalisations très spéculatives et faire du va-et-vient facilement alors que pour un gros fonds, il sera suicidaire de mettre 1% dans une " small cap ", difficile de liquider rapidement.
Les solutions envisagées
Pour pallier cette distorsion, il serait possible de diminuer le pourcentage d’actifs pris en compte et donc d’éliminer encore plus les petits fonds. Mais cette éventualité plus sélective a déjà été rejetée et ne sera pas acceptée par l’ensemble des gestionnaires, même si l’activité de la gestion collective est très concentrée, puisque les trois premiers gestionnaires détiennent 70% de parts de marché. Il faudrait plutôt diversifier le nombre de trophées en les distinguant par taille de fonds afin de comparer les fonds similaires. D’autant que les différences d’actifs sont exorbitantes et se situent dans une fourchette allant de quelques centaines de millions de dirhams à des milliards de dirhams, notamment dans l’obligataire.
Mais, les discussions viennent à peine de commencer et les propositions abondent pour affiner les catégories d’OPCVM selon deux axes, la taille et la politique de placement.
Nombreux sont les professionnels en effet, qui considèrent que les cinq catégories réglementaires actuelles ne sont pas représentatives de la diversité de la gestion qui existe derrière. Le classement des OPCVM n’est pas obligé de coller aux catégories réglementaires. Par exemple sur l’obligataire, il est impératif de distinguer ceux qui investissent en actions et ceux qui ne le font pas, sachant que les OPCVM obligataires peuvent investir jusqu’à 10% en actions. On sait que le rendement est très différent entre le marché des taux où il a baissé de façon significative et celui des actions qui a pris plus de 50% depuis le début de l’année. Il suffit donc qu’on mette 2% d’actions dans un fonds pour que le rendement s’en ressente. Quant au niveau des fonds obligataires purs, il faut tenir compte de la fourchette de sensibilité, établie selon le terme, moyen ou long, alors que le " 20 ans " notamment a chuté de 20 points en rendement. De même, pour les OPCVM actions, il faut distinguer les différents profils qui répondent à des produits d’investissements selon les horizons de placement variant entre 3 et 5 ans et plus. L’objectif affiché reste celui de créer différents trophées adressés à des fonds de taille similaire dans la même catégorie pour créer un benchmark de rendement, mais aussi du dynamisme de gestion.
Un avenir plus consensuel
Les gestionnaires s’appliquent dès maintenant à la définition de nouveaux critères pour le prochain classement, celui de 2006. Les propositions ne manquent pas, signe du déclenchement d’une concertation qui a le temps d’aboutir. Certains parlent d’attribution d’étoiles sur la base de performances historiques, d’autres d’une multiplication des trophées en récompense de la gestion de la meilleure liquidité, ou performance liée au risque, mais aussi par catégorie de fonds et par taille.
Une seule conclusion s’impose : douze trophées sont insuffisants pour traduire la diversité de la gestion collective au Maroc et pour mettre d’accord tous les gestionnaires…
Afifa Dassouli
Trois questions à M. Hassan Boulaknadal, Président de l’ASFIM et Directeur général de BMCE Gestion : L’ASFIM va s’impliquer davantage dans le palmarès des OPCVM
La Nouvelle Tribune : M. Boulaknadal, en tant que président de l'ASFIM, quelle appréciation portez-vous sur l'événement AMT et ses résultats 2006 ?
Hassan Boulaknadal : Depuis maintenant deux années, un de vos confrères organise l'événement AMT qui permet de récompenser les " assets managers ". C'est une démarche à encourager et à accompagner afin de permettre aux investisseurs d'avoir une lecture objective sur l'activité de la gestion collective.
La démarche AMT, pour rappel, se base sur une étude comparative des performances des OPCVM. Il convient de faire la distinction entre les performances et les performances comparatives. Si les premières obéissent à des règles et des conventions simples, les deuxièmes nécessitent un travail de fond afin de bien cerner et les critères de comparaison et l'échantillon à observer.
Au sein de l'ASFIM, nous avons mené des réflexions pour harmoniser les référentiels et diffuser des calculs de performances clairs et fiables. À ce titre d'ailleurs, l'ensemble des sociétés de gestion de la place a eu recours à des organismes externes pour la certification des méthodes de calcul.
Reste alors la question des performances comparatives. Là-dessus, les gestionnaires de la place ont attendu une harmonisation comptable et réglementaire afin de pouvoir constituer des groupes homogènes pour mener un vrai travail d'études comparatives.
Aujourd'hui nous avons un décret de valorisation qui date de 2004 et qui nous permet d'harmoniser à 90% nos différentes approches de valorisations. Il reste à faire un effort sur les 10% restants, notamment en ce qui concerne l'évaluation de la dette privée, afin d'éliminer l'aspect subjectif et laisser parler les chiffres.
Enfin, pour renforcer la crédibilité d'un tel événement, l'ASFIM et les organisateurs doivent œuvrer pour une approche concertée afin de donner aux investisseurs l'information la plus fiable possible.
Pensez-vous que les trophées distribués véhiculent le bon message vers la clientèle des OPCVM?
Comme je viens de la rappeler, en matière de comparaison, les AMT ont le mérite d'exister, à charge aux personnes impliquées (ASFIM et organisateurs) de leur donner suffisamment de consistance pour asseoir leur crédibilité.
Un travail doit être mené sur l'échantillonnage et sur le baromètre pour que le message véhiculé gagne en notoriété.
Comment pensez-vous en tant qu'association faire évoluer ce Classement ?
Notre association n'est pas partie prenante dans l'organisation des AMT bien qu'elle en soit la première concernée. À ce titre, l'ASFIM, dans un souci de diffusion d'une information crédible, devrait être associée davantage aux organisateurs afin de trouver un consensus sur les différents paramètres qui servent de base de comparaison, (dates, échantillons, baromètre…).
Le classement AMT devrait évoluer de manière continue afin de prendre en considération les nouveautés du marché tant sur le plan des produits que sur le plan des instruments.
Propos recueillis par
Afifa Dassouli
Deux question à Mme Amale Chraïbi, Président du directoire de GESTAR : L’AMT, un événement appelé à évoluer
La Nouvelle Tribune : GESTAR s’est distinguée dans la catégorie Obligataire moyen et long terme par l’obtention de deux trophées en 2006. Qu’en dites-vous ?
Amale Chraïbi : La SICAV Oblig Plus de GESTAR a en effet été primée pour la deuxième année consécutive pour sa performance et sa régularité. Ces trophées récompensent la confiance de nos clients et la qualité des équipes de GESTAR. L’obtention d’ "Asset Management Trophies" constitue un atout d’importance croissante qui doit être renforcé. L’évènement organisé par la Vie Eco, Finaccess et Europerformance a contribué à mettre en avant l’activité de gestion d’actifs au Maroc et à mettre l’accent sur la performance, mais aussi sur sa régularité. Cet évènement est appelé à mon sens, à occuper une place de plus en plus importante et à évoluer. Il est également souhaitable que de telles initiatives se multiplient.
Que proposez-vous ?
L’objectif principal est que ce type d’évènements accompagne les actions soutenues de développement et de mise en valeur de l’activité de gestion d’actifs, notamment menées par le CDVM et par les sociétés de gestion. Ces actions visent une sophistication de plus en plus grande, une offre plus large, ainsi qu’une information aux épargnants sans cesse améliorée.
Il est donc important qu’un palmarès d’OPCVM s’inscrive dans cette même logique, en véhiculant des messages clairs, fiables et pertinents. Il est aussi nécessaire de comparer des OPCVM comparables, d’adopter des méthodes de calcul adaptées à la nature de ces OPCVM, de primer l’innovation…
Il est également souhaitable d’avoir plus d’un palmarès afin de favoriser l’élargissement de l’offre de produits, des styles de gestion, de permettre au grand public de disposer d’un maximum d’éléments d’appréciation, et de sensibiliser les épargnants sur les critères de choix leur permettant de sélectionner les produits les mieux adaptés à leurs attentes.
Propos recueillis par
Afifa Dassouli
Trois questions à M. Abdeslam Boumehdi, Directeur général de CD2G : Il faut que les fonds en compétition soient comparables
La Nouvelle Tribune :
M. Boumehdi, vous dirigez CD2G et êtes un membre actif de votre association professionnelle l'Asfim. Pouvez-vous nous dire quelle appréciation vous portez sur l'organisation des trophées organisés pour la seconde année consécutive par La Vie Éco, Europerformances et Finaccess ?
M. Abdeslam Boumehdi :
Il faut tout d’abord saluer le travail fait par La Vie Éco et ses partenaires, lequel contribue assurément à mieux faire connaître notre métier et les produits que nous commercialisons.
L’édition 2006 a été une reconduction de la première année en termes de catégories primées et de critères de sélection. Sur ces deux points, l’ensemble des gestionnaires de portefeuilles reconnaît l’importance de la révision de ces choix. Ils ont tout de même maintenu leur présence pour encourager ce genre d’initiative qui crée une concurrence très positive entre les gestionnaires.
Les gestionnaires des 12 fonds gagnants peuvent-ils faire valoir leurs trophées sur le plan commercial et quelle information est véhiculée vers les clients?
Je pense que nous ne disposons pas de suffisamment de recul pour juger de l’impact commercial des trophées.
D’autres facteurs interviennent dans la politique commerciale telle l’importance des réseaux de commercialisation, l’originalité de la politique de placement et les droits d’entrée/sortie.
Même si certains peuvent chercher à capitaliser sur ces prix, il faut tout de même rappeler que la qualité de la gestion se juge dans le temps et que les performances doivent être rapportées aux horizons d’investissement conseillés.
Le classement des OPCVM est-il déjà rentré dans les mœurs ? En quoi est-il critiquable et à quelles conditions serait-il reconnu de tous les gestionnaires?
Nous n’en sommes qu’à la deuxième édition. Je pense tout de même que trois éléments au moins sont perfectibles. Tout d’abord, le critère de performance retenu pour classer les fonds semble discutable et ne correspond pas à ce qui est reconnu mondialement. En effet, l’indicateur retenu ne tient pas compte du rendement et de la volatilité dans les bonnes proportions.
Le deuxième point concerne le choix des prix par rapport à l’horizon d’investissement des fonds. Est-il opportun de décerner un trophée pour la performance à un an dans la catégorie action alors que dans les notes d’informations visées par le CDVM, l’horizon minimum de placement conseillé est de trois ans?
Par ailleurs, il faut que les fonds en compétition puissent être comparables en terme d’actif sous gestion et de politique de placement. En effet, et étant donné la faible profondeur du marché, il est aujourd’hui plus aisé de faire de la performance avec des fonds à petits encours, aussi bien sur le marché actions que sur le marché des taux. Enfin, dans la même catégorie réglementaire, les politiques de placement peuvent être très diverses : il existe par exemple des fonds actions investis exclusivement sur les petites capitalisations et donc plus sensibles à la variation du marché; dans l’obligataire, les fonds peuvent détenir une part actions ou être purement investis en taux ; ils peuvent également être exposés de manière très différente par rapport aux taux d’intérêts…
Ces différences conditionnent de manière significative les performances réalisées et peuvent biaiser les jugements de la clientèle.
Je pense qu’il serait utile de mettre en place un comité scientifique comprenant l’ASFIM, qui se pencherait sur les deux questions : la définition de catégories homogènes et le choix de l’indicateur de performance.
Propos recueillis par
Afifa Dassouli