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Economie marocaine : La Banque Mondiale identifie quatre contraintes majeures à la croissance

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Dans leur dernier rapport sur le Royaume intitulé: “Promouvoir la croissance et l’emploi par la diversification productive et la compétitivité”, les experts de la Banque Mondiale se sont posés une question centrale: comment se fait-il qu’un pays qui dispose de tant d’avantages et qui s’est engagé dans tant de réformes ne puisse pas accélérer son taux de croissance? Commentant le rapport, M.José Lopez Calix, Coordinateur du Rapport de la Banque Mondiale, est revenu sur les atouts du Royaume dont il cite, pêle- mêle, la stabilité politique et sociale, la proximité géographique avec l’Union européenne, la solidité des fondamentaux économiques, l’amélioration des infrastructures, la relance du tourisme, la bonne image auprès des agences de notation de risque…, autant d’avantages que les réformes entreprises au cours de ces dernières années (éducation, administration, le financier, le fiscal, etc.) ont permis de renforcer. N’empêche, le taux de croissance du PIB n’arrive pas réellement à décoller. En moyenne annuelle, il n’a été que de 4 % durant la période 2000-2004, un niveau jugé très insuffisant pour faire face à la pauvreté et au chômage. Selon les rédacteurs du rapport, et partant des études empiriques portant sur un échantillon de pays ayant adopté des processus de libéralisation économique et moult réformes, “les périodes de croissances rapides ne sont pas nécessairement liées à des réformes, mais à des changement ciblés éliminant un certain nombre de contraintes à la croissance”. Et pour le Royaume, la Banque Mondiale a identifié quatre contraintes qui sont considérées comme des obstacles majeurs à l’accélération de la croissance. “Ces contraintes proviennent des défaillances combinées des politiques économiques et du marché qui conduisent à un niveau d’investissement, un leadership managérial et une compétitivité insuffisants pour animer le processus de transformation structurelle de l’économie marocaine et assurer sa diversification productive”, avancent les rédacteurs de la mouture finale du rapport.

D’abord, il y a l’impact des rigidités du marché du travail. Sur ce point, les experts de la Banque Mondiale pointent du doigt les rigidités de coûts du marché du travail (salaire minimum, coûts de licenciement, etc.) qui, faute de gains de productivité correspondants, ne sont pas compatibles avec les besoins du pays en matière de promotion de la compétitivité et de l’investissement privé. L’impact des rigidités du marché de travail est atténué par le fait que nombre d’entreprises ne respectent pas à la règle toutes les mesures contenues dans le Code du Travail. N’empêche, pour la Banque Mondiale, “le maintien du salaire minimum réel constant à moyen terme et la prévention de distorsions supplémentaires représentent les deux problématiques les plus urgentes dans ces domaines”.

Fiscalité lourde

Ensuite, il y a la lourde fiscalité que supportent les entreprises et les salariés. “La structure fiscale du Maroc ne peut favoriser la diversification productive et la compétitivité”, lit-on dans le rapport de la Banque Mondiale, du fait que “le système fiscal repose sur une taxation élevée des entreprises et un impôt sur le revenu des personnes prohibitif”. Alors que l’impôt sur les sociétés est de 35 % au Maroc, le taux moyen non pondéré sur les bénéfices des sociétés en Europe de l’Est et dans les pays d’Asie Centrale est de 20 %. Ce taux est de 16% en Roumanie, 20 % en Pologne et 20 % et la Turquie a suivi la tendance en ramenant son taux de 30 % à 20 %. De même, les taux marginaux frappant les revenus des individus sont jugés très élevés et constituent un obstacle au recrutement de professionnels qualifiés par les entreprises et une source d’encouragement à l’émigration des travailleurs disposant des meilleures qualifications.

La Banque Mondiale préconise la mise en place d’une véritable réforme fiscale globale qui comporterait: une réduction de l’impôt sur les sociétés, un impôt sur le revenu moins étendu, une TVA simplifiée et ramenée à un maximum de deux taux, l’élimination progressive des exemptions fiscales et un impôt minimum sur les entreprises informelles.

Par ailleurs, le régime du taux de change favoriserait la faible croissance et le fort niveau de chômage. Selon le rapport de l’institution, “des considérations sur les politiques commerciales et financières actuelles et futures plaident pour l’adoption d’un régime de change flexible”. Cette flexibilité est essentielle pour restaurer la compétitivité et mieux absorber les chocs externes alors qu’un régime de change fixe qui provoque une appréciation du taux de change réel est pénalisante pour les exportations marocaines sur les marchés de la zone dollar américain. Reste qu’il est difficile de prédire si l’adoption d’un tel régime permettra ou non d’aller vers une appréciation ou une dépréciation réelle du dirham alors qu’“il existe de fortes incitations à réorienter les objectifs de la politique de gestion du taux de change vers une dépréciation, source de compétitivité”, font remarquer les rédacteurs du rapport. 

Réduire les droits de douane

Enfin, le rapport de l’institut de Breton Woods met l’accent sur la faiblesse des exportations marocaines. Le rapport souligne à ce titre que “l’économie marocaine souffre d’un processus de transformation structurel trop lent pour obtenir une croissance plus forte, notamment dans le domaine des exportations qui doivent faire face à des chocs externes défavorables de la part des pays concurrents sur les principaux marchés ciblés par les exportations marocaines”. Du coup, au cours de ces dernières années, le Maroc a perdu du terrain en matière d’exportation sous l’effet d’une multitude de facteurs dont la forte concentration en termes d’offre et de marché des exportations, l’impact négatif des politiques commerciales sur le secteur exportateur, etc. Cette situation risque de s’aggraver encore dans les années à venir suite à la multiplication des accords de libre-échange entre le Royaume et des pays tiers.

Comme solution, la Banque préconise la diversification productive et la stimulation de la compétitivité. En termes plus clairs, les experts de la Banque demande au Maroc d’accélérer sa mutation vers une production à haute valeur ajoutée aux dépends de ses produits à faible valeur et qu’il développe parallèlement sa compétitivité. La Banque suggère également, sur le court terme, que le Gouvernement réduise les tarifs entrant dans le cadre de la clause de la nation la plus favorisée vis-à-vis des pays tiers ainsi que les obstacles non tarifaires, surtout ceux touchant les produits manufacturiers, tout en diminuant la dispersion des tarifs et des taux progressifs élevés appliqués aux différents stades de transformation et qui se traduisent par des taux de protection effective très élevés. De même, sur le moyen terme, l’institution souligne que l’Etat marocain devrait aussi réduire les droits de douane sur les produits agricoles afin d’exposer les fermiers et les entreprises agro-alimentaires à la compétition internationale. Connaissant les pesanteurs liées à la libéralisation des échanges commerciaux, les experts de la Banque préfèrent que le Maroc accélère le rythme prévu dans l’approche graduelle de la libéralisation des échanges au lieu d’une approche à la “big bang” qui peut avoir des effets collatéraux.

En plus de ces quatre principales contraintes, le rapport de la Banque Mondiale constate que trois défaillances du marché (information, faible coordination “public-privé” et formation) contribuent également à la faiblesse de la croissance et qu’il est essentiel d’y remédier afin d’assurer une croissance accélérée et durable.

Globalement, on peut dire que les recommandations préconisées par les experts de la Banque Mondiale ont, en partie, été anticipées par les autorités marocaines. Cela est particulièrement valable pour ce qui est de la fiscalité, mais aussi au niveau des exportations avec le plan “Emergence” qui devrait améliorer la compétitivité de l’activité industrielle marocaine et donner par la même occasion un nouveau souffle au secteur exportateur en perte de vitesse au cours de ces dernières années.

Moussa Diop



 

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