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Entretien avec M. Larbi Nouha : Le Pôle : Prévoyance de la CDG passe à l’offensive

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La Nouvelle Tribune : La CNRA est habilitée à offrir des garanties d’assurances vie. Son statut peut-il être assimilé à celui d’une compagnie d’assurance privée ? Sur quels segments de clientèle êtes-vous en concurrence avec le secteur privé?
M. Larbi Nouha :
Il convient tout d’abord de rappeler que la CNRA est un établissement public de prévoyance sociale, créé par le Dahir du 27 octobre 1959. Gérée par la CDG, cette institution, à but non-lucratif, fonctionne sous la garantie de l’Etat.
En vertu de son texte de création, elle est habilitée à recevoir les capitaux constitutifs de rentes allouées en réparation des accidents de travail ou de droit commun, de consentir des rentes viagères ou temporaires et à étendre ses activités à toutes combinaisons d’assurances garantissant un capital en cas de vie ou de décès.
De par son statut juridique, la CNRA n’est pas une compagnie d’assurances et donc ses activités ne sont pas soumises au code des assurances, bien qu’elle soit habilitée à pratiquer les combinaisons d’assurance - vie.
Cependant, la caisse intervient dans le domaine concurrentiel à travers la retraite complémentaire. C’est ainsi que la Caisse a fait de son régime " RECORE " son cheval de bataille dans ce domaine.  Ce régime, lancé en 1988 et qui totalise aujourd’hui près de 30.000 affiliés immatriculés, a connu un essor important ces dernières années, grâce à l’adhésion massive d’un certain nombre d’organismes, notamment dans le cadre de l’absorption des caisses internes de retraite.

Pouvez-vous nous retracer les réformes engagées ces dernières années en faveur des différents régimes de retraite proposés  à travers la CNRA et le RCAR ?
La CDG, à travers son Pôle Prévoyance, intervient  dans un environnement marqué particulièrement par la réforme du système de retraite et la libéralisation de celui des assurances.  
Depuis que j’ai pris la responsabilité du Pôle Prévoyance, je fais mienne de la préoccupation constante du Directeur Général de la CDG qui consiste à soutenir les efforts entamés par mes prédécesseurs en matière de développement de  la prévoyance et de la promotion de l’épargne.  Pour ce, il a été mis en place un certain nombre de réformes et de projets au sein du RCAR et de la CNRA.
Au niveau du RCAR, le régime  a entamé, depuis 2002, un premier jalon de la réforme du secteur de la retraite qui consiste à intégrer dans son système les caisses internes de retraite de certains établissements publics. C’est un processus d’intégration  qui a débuté avec l’ONCF, la Régie des Tabacs, l’ODEP, la LYDEC et la SEOER, pour une population totale de plus 35.000 actifs et pensionnés et qui se poursuit avec l’OCP, l’ONE et les régies de distribution.
À ce titre, il y a lieu de souligner  que la CDG, organisme gestionnaire du RCAR et de la CNRA, a conclu  en 2005 deux conventions cadres  avec l’OCP et l’ONE. Cette opération portera sur le transfert global des portefeuilles des deux organismes au RCAR et à la CNRA et concernera 27.000 agents en activité et 31.000 bénéficiaires de pensions.
D’autre part, compte tenu de ses performances financières et de son expertise en matière de capitalisation, le RCAR s’est également positionné dans le cadre de la réforme du secteur de la retraite avec, éventuellement, la prise en charge du deuxième pilier qui sera géré par capitalisation.
Concernant la CNRA, celle-ci, forte de son expérience en matière de gestion des rentes accidents de travail (près de 55% des provisions de la profession), s’attelle au projet de centralisation, à son niveau, de toute la gestion des rentes AT et des maladies  professionnelles. Un  projet  de  loi a  été soumis  à  cet  effet, pour examen aux autorités compétentes. En prévision de cette centralisation et pour lui assurer un maximum de réussite, la CNRA a procédé à la mise en place de la politique de qualité ayant abouti à la certification ISO 9001 Version 2000 de l’activité des rentes qui a permis la maîtrise et l’amélioration de la qualité de service ainsi que l’optimisation du fonctionnement de cette activité.
Parallèlement au renforcement de son activité institutionnelle, la CNRA s’emploie également à faire jouer à son régime RECORE un rôle prépondérant dans le cadre du 3ème pilier facultatif par capitalisation de la réforme du secteur de la retraite grâce notamment à l’ouverture à l’individuel et aux actions de synergie et de partenariat avec d’autres entités.
Pour accompagner ces réformes, le Pôle Prévoyance a entamé un processus de modernisation de son système de management par le développement d’une culture orientée client, la mise en place d’un système de management par la qualité, la refonte de son  système d’information, la mise en place d’un système de gestion actif/passif et le pilotage actuariel du régime pour le suivi de son équilibre démographique et financier.

Le groupe CDG étant aujourd’hui actionnaire de 40% d’Atlanta - Sanad, Y’a t-il des synergies possibles entre vos activités et celles de ces compagnies d’assurances privées ?
En effet, la synergie est l’une des valeurs de la CDG. Elle constitue un levier de développement de nos activités.  La gestion des deux systèmes RECORE et Addamane Al Hirafi, respectivement en réassurance et en coassurance avec  CNIA - Assurances constitue un exemple concrêt de cette synergie. Compte tenu des enseignements tirés de cette expérience, cette synergie est appelée à se développer davantage avec ATLANTA/SANAD qui vient de rentrer dans le giron de la CDG avec une participation de 40%. Ce partenariat pourrait se traduire  par  la distribution  du produit  RECORE  à  travers   le réseau   d’ ATLANTA/SANAD mais aussi sous forme de mise en place d’un package de garanties qui seront annexées à ce régime. 

La CNRA a signé une conventions d’adhésion au régime RECORE avec l’ODEP au profit du personnel de cet Office. La conclusion de cette convention a donné lieu à l’affiliation de 3.400 personnes au produit phare " RECORE ". Quelles  sont les autres conventions du type qui vous engagent à d’autres organismes publics. ?
Le régime RECORE est un système à caractère facultatif et individuel et fonctionne par capitalisation collective. Lancé par la CNRA en 1988, il a pour objet d’offrir aux travailleurs une retraite complémentaire ou de base pour ceux qui n’en ont pas.
À ce jour, le système RECORE, qui a pu constituer un portefeuille d’un montant de 600 MDH, a connu un développement soutenu durant ces dernières années. Cet essor est dû en partie aux synergies développées avec le RCAR à travers l’intégration des Caisses internes de retraites. Dans ce cadre, la CNRA a procédé à la prise en charge du personnel de l’ONCF, la RAM, BRPM, ODC, ODEP, OCP, Régie des Tabacs, JLEC  et l’ONE.
Compte tenu de son assise financière solide et de son mode de financement basé sur la capitalisation, le régime RECORE est appelé, comme il a été expliqué précédemment, à jouer un rôle important dans le cadre d’un éventuel pilier facultatif de la réforme du secteur de la retraite qui fonctionnerait par capitalisation.

En matière de placements, il semblerait que vous adoptiez de plus en plus une politique dynamique et plus risquée dans l’optique de rendements meilleurs;  à ce titre, vous seriez un des intervenants du marché financier les plus actifs, pouvez-vous nous en parler ?
Les caisses de retraites et les compagnies d’assurances constituent les principaux pourvoyeurs de l’épargne institutionnelle et jouent de ce fait un rôle prépondérant dans la formation des marchés de capitaux.
De par les textes réglementant les deux institutions, la CNRA et le RCAR investissent en portefeuille financier dans les limites permises par leur réglementation respective, la gestion financière des fonds étant confiée à la CDG garant de leur rentabilité et sécurité.
Ainsi, pour le cas du RCAR, dont le  mode de financement allie la capitalisation  (2/3) à la répartition (1/3),  la structure de ses placements,  pour un montant de plus de 40 milliards de dirhams, montre  une certaine dynamique au niveau de la diversification du portefeuille, mais s’effectuant toutefois en majorité en bons du Trésor d’Etat ou titres garantis par l’Etat (environ 80 %). Le portefeuille " actions ", quant à lui, reste minoritaire avec près de 17% du total.
Cette dynamique a coïncidé avec la mise en place d’un système de gestion Actif/Passif (ALM) par le Pôle Prévoyance conjointement avec les services compétents de la CDG. Ce système de pilotage a pour but la maîtrise des risques, l’amélioration de la rentabilité et la garantie d’une meilleure allocation des actifs financiers qui doit être en adéquation avec la structure de nos engagements actuariels du passif. Concernant la CNRA, et en vertu de ses textes, toutes ses interventions sur le marché financier concernent des investissements en  bons du Trésor et obligations garanties par l’Etat.  
Enfin, il convient de noter ici la tendance baissière des taux sur le marché financier qui affecte les rendements financiers des caisses de retraite. Au niveau du Pôle Prévoyance, la mise en place du système de gestion " actif-passif, conjuguée à la réglementation prudente de nos deux institutions en matière de placement des fonds, font que le risque financier est maîtrisé.

La couverture en matière de retraites de la population marocaine reste faible. Comment le groupe CDG compte-t-il participer à son amélioration et à son extension ?
C’est une  question d’actualité. En effet, il est utile de rappeler  que la problématique d’extension de la couverture en matière de retraites  demeure  la préoccupation constante des pouvoirs publics. 
Le secteur souffre manifestement de l’insuffisance de cette couverture puisque  seulement  25% de la population active en bénéficient. Dans ce cadre, la CNRA contribue à l’effort de l’amélioration de l’extension de cette couverture. Une étude, réalisée par la Caisse sur la couverture des professions libérales, a analysé les potentialités du marché et l’identification du produit qui répond le mieux aux attentes de cette catégorie socioprofessionnelle. À la suite de cette étude, la CNRA mène une réflexion sur une  éventuelle extension de son régime de retraite FRAM (Fonds de Retraite des Ordres des Avocats du Maroc) aux professions libérales.
Le RCAR, quant à lui, mène une grande opération pour l’identification et l’adhésion des travailleurs assujettis mais non encore affiliés au régime (personnel de la promotion nationale, personnel des Habous, collecteurs d’impôts ruraux,etc).

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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