Où investir? quel mode de placement faut-il adopter? A la première question, beaucoup répondront: la Bourse. En effet, l’euphorie boursière ne laisse plus indifférents les investisseurs attirés par les sirènes d’une rentabilité conséquente des placements boursiers. Si la Bourse semble faire l’unanimité, les points de vue divergent un peu quant au mode d’intervention sur le marché. Si certains initiés, dont ceux qui ont fait leur classe lors des éditions passées du “Championnat National de la Bourse”, ont les capacités aujourd’hui, au même titre que les rompus des marchés financiers, d’intervenir “directement” sur le marché boursier, assurer une gestion active de leur portefeuille et réaliser par la même occasion d’excellents résultats, pour ceux qui ne sont pas vraiment au fait du fonctionnement du marché, qui souhaitent investir sur le moyen et long terme, et qui n’ont pas toute la latitude à suivre l’évolution du marché boursier en temps réel, le recours aux OPCVM et donc à l’expertise des gérants de fonds est recommandé.
L’investissement boursier
Parmi la large palette de produits d’investissement, la Bourse est devenue incontournable. De plus en plus d’investisseurs optent pour cet instrument en investissant sur les actions des sociétés cotées et/ou sur les obligations émises par des entreprises et qui sont négociables en Bourse. L’investissement boursier est de loin le plus risqué de tous les placements. En effet, en acquérant des actions d’une société cotée, l’investisseur devient par la même occasion actionnaire de la société et supporte ainsi le risque de défaillance de l’entreprise ou de baisse des cours de la société. Toutefois, ce risque est largement compensé par les perspectives d’une rentabilité élevée (plus-value + dividende/prix d’achat de l’action) qu’offre ce mode de placement. Cela est particulièrement vrai quand le marché boursier est bien orienté, comme c’est le cas depuis la reprise du marché en 2003. Par ailleurs, l’élargissement de la cote suite aux introductions en Bourse enregistrées au cours de ces deux dernières années a apporté une certaine profondeur au marché et permis aux investisseurs de drainer plus de volume sur le marché tout en diversifiant leur portefeuille.
Si le placement boursier peut offrir une meilleure rentabilité comparativement aux autres instruments de placement, il importe aussi que l’investisseur ait les capacités à dénicher au sein du marché les valeurs à fort potentiel de croissance et/ou de rendements, même si actuellement, la hausse généralisée des cours aidant, les investisseurs sont presque gagnants dans tous les cas. En effet, à la date du 24 janvier 2006, seules trois valeurs enregistraient des contre-performances annuelles au titre des deux premiers mois de l’année 2006. Pour toutes les autres valeurs, les cours étaient bien orientés, particulièrement pour les grosses capitalisations de la place. Ainsi, les secteurs des Télécommunications, Matériaux de constructions, Énergie & Mines et Banques collaient des performances sectorielles annuelles respectives exceptionnelles de +30%, +29,2 %, +56,3 % et +37,2 %, surpeformant les indices MASI et MADEX qui étalaient des gains annuels respectifs de +27,24 % et +28,70%. On citera ainsi les belles performances des titres SMI (+100,5 % à 1 275 dirhams), Samir (+67,2 % à 960 dirhams), Crédit du Maroc (+58,8 % à 675 dirhams), Afriquia Gaz (+50,14 % à 710 dirhams), Holcim Maroc (+47,4 % à 1850 dirhams), Attijariwafa bank (+37,2 % à 1 700 dirhams), Eqdom (+35,3 % à 1 800 dirhams), Wafa Assurance (+28,9 % à 870 dirhams), Lafarge (+28,6% à 3 420 dirhams), Lydec (+27,5% à 435 dirhams), BMCE Bank (+26% à 945 dirhams), etc. Les hausses continues des cours pouvant se traduire par des plus-values latentes conséquentes et les performances des sociétés cotées offrent des rendements de dividendes appréciables. C’est le cas notamment des titres Samir, Attijariwafa bank, Mieux, le placement boursier étant un placement recommandé pour le moyen et long terme, on notera que sur un horizon long terme, le placement actions reste de loin le plus rentable.
Si la rentabilité est un élément essentiel dans le choix de l’investissement boursier, il est loin d’être l’unique. Le placement action a l’avantage également d’être le plus liquide. L’investisseur à la possibilité de se défaire de ses actions quand il le souhaite sur le marché. Cela est d’autant plus facile que les actions sont relativement liquides et que le marché est demandeur, comme c’est le cas actuellement. Le déséquilibre entre l’offre de papier et la demande émanant d’un marché marqué par la surliquidité est telle aujourd’hui que tous les titres cotés bénéficient du mouvement haussier du marché. Enfin, et ce n’est pas négligeable, les placements actions jouissent d’une fiscalité très avantageuse comparativement aux autres instruments de placement.
Quant à l’évolution du marché boursier en 2006, elle dépendra fortement de la qualité des résultats des sociétés cotées au titre de l’année 2005. Les attentes des investisseurs sont grandes et les résultats devront insuffler une orientation claire au marché, ne serait-ce que jusqu’à la distribution de la grande partie des dividendes de l’année 2005 entre juin et juillet.
La gestion collective
A côté de l’investissement boursier direct, les investisseurs peuvent opter également pour les OPCVM. Il s’agit de SICAV et de FCP qui offrent plusieurs instruments d’investissement en fonction des risques que les investisseurs sont prêts à prendre. Les OPCVM s’imposent de plus en plus comme mode de placement pour les investisseurs. Après un peu plus de 10 ans d’existence, ils voient leur encours sous gestion dépasser les 95 milliards de dirhams. Il faut reconnaître que les OPCVM présentent d’indéniables avantages. Outre la liquidité, les OPCVM sont gérés par les professionnels du marché qui disposent des connaissances pointues qui leur permettent de tirer profit des opportunités qu’offre le marché, d’être réactif et d’anticiper les évolutions futures et éviter, sinon limiter, toute déconvenue qui ,pourrait nuire aux intérêts des investisseurs. Par ailleurs, le montage des fonds qui respectent des règles prudentielles qu’impose la loi tend à atténuer l’exposition des investisseurs aux risques. Or, le risque continue à être un facteur qui influe sur le mode de placement des investisseurs comme le montre la structure de l’encours géré par catégorie d’OPCVM. En effet, échaudés par la chute vertigineuse des valeurs durant la période de crise, ceux-ci sont devenus très réceptifs aux argumentaires sécuritaires développés par certains gérants de fonds. C’est ainsi que les OPCVM obligataires, fonds investis majoritairement en obligations et produits de taux, qui se caractérisent par la sécurité qu’ils offrent et qui visent à assurer une bonne valorisation du capital à moyen et long terme, voient leur encours géré s’établir à environ 60 milliards de dirhams, soit plus de 63 % de l’encours total de la place. En plus de la sécurité qu’ils garantissent au investisseurs du fait qu’ils sont investis au minimum à hauteur de 60 % en obligations, les OPCVM obligataires, tirant également profit de la bonne tenue du marché boursier au cours de ces dernières années, offrent des rendement globalement satisfaisants. Ainsi, sur la base d’une année glissante, les rendements des OPCVM obligataires moyen et long termes sont compris entre 3% et 8,5 %, et sur 3 années glissantes, et s’étalent sur une fourchette comprise entre 12% et 30 %. En clair, en plus du fait que ce mode de placement est moins risqué que celui des fonds actions et diversifiés, il offre également des rendements très appréciables sur le moyen et le long terme. A noter que pour les fonds obligataires, les gérants recommandent généralement un horizon de placement de 3 ans et plus. Signalons que du point de vue fiscal, les plus-values dégagées par ces fonds sont soumises à une retenue à la source de 20%.
A côté des fonds obligataires, les OPCVM actions et diversifiés, drainent de plus en plus de souscriptions. Investis au minimum à hauteur de 60 % en actions des sociétés cotées, ces fonds tirent aujourd’hui profit de la bonne orientation du marché boursier. L’encours géré des fonds actions et diversifiés dépasse aujourd’hui les 10 milliards de dirhams pour des performances annuelles comprises entre 19 % et 36 % pour les OPCVM actions, et entre 8% et 19 % pour les diversifiés. Le placement actions étant recommandé pour un horizon de placement moyen et long termes, les rendements de ces fonds sont ainsi mieux appréciés sur des périodes encore plus longues. Ainsi, sur 3 années glissantes, les OPCVM actions ouvertes au public ont généré des performances exceptionnelles comprises entre 80 % et 144%. Ces performances meilleures que ceux des indices du marché portent la marque des professionnels du marché de la gestion collective qui ont su tirer au maximum de la reprise du marché boursier depuis fin 2002. En plus, du point de vue fiscal, la taxation de 10% sur les plus-values réalisées par les personnes physiques lors des cessions de valeurs mobilières pour les fonds investis à hauteur de 85% en actions reste très avantageuse.
Les dépôts à terme
Les dépôts à terme, sommes bloquées sur un compte bancaire pour des durées de placement de 3, 6 et 12 mois et productives d’intérêts, constituent un mode de placement pour nombre d’épargnants et représentent une part significative dans les ressources des établissements bancaires. En 2004, ils se sont établis à 89 milliards de dirhams, représentant environ 20 % du PIB. Il s’agit d’un instrument de placement sûr qui garantit des rendements relativement non négligeables. La concurrence se fait au niveau des taux qui sont “librement fixés” par les différentes banques de la place. Généralement, les taux appliqués sont modulés mensuellement en fonction des conditions du marché, de l’évolution des Bons du Trésor à 52 semaines qui s’établissent actuellement à 3,07 %, et de la prime fixée par la banque. Ainsi, les placements à terme bénéficient des rémunérations comprises globalement dans une fourchette comprise entre 2,75 % pour les dépôts de 3 mois et 3,25 % pour les 12 mois. Les intérêts sont calculés et versés à l’expiration du délai de blocage pour un minimum de 3 mois. A noter aussi que les taux annoncés par les banques sont généralement des taux indicatifs. Les gros épargnants mettent en concurrence plusieurs banques pour obtenir le meilleur taux. Ainsi, pour les mêmes échéances on peut parfois noter des différences de rémunération pouvant atteindre 50 pbs voire plus, d’une banque à l’autre. Généralement, les dépôts des MRE sont mieux rémunérés que les dépôts des épargnants locaux.
Il est à signaler que la concurrence des banques pour appâter les investisseurs pour ce mode de placement a beaucoup baissé d’intensité. Croulant avec des excédents de liquidités au cours de ces dernières années, les banques misent de plus en plus sur des ressources non rémunérées qui constituent actuellement, en moyenne, 55 % des dépôts du secteur. N’empêche, elles ne peuvent pas et ne comptent pas se passer de cette manne et ce d’autant qu’elles cherchent toutes à attirer la clientèle MRE dont les dépôts à terme constituent l’un des principaux modes de placement.
Si les dépôts à terme sont un moyen de placement sûr, il n’en demeure pas moins qu’avec un taux de rentabilité connu à l’avance, ils sont synonymes d’une sortie “impossible” avant la fin de l’échéance, faute d’un marché secondaire ou d’une clause de rachat. Les sorties avant échéances sont parfois synonymes de pénalités. Reste que sur ce point, certaines banques sont un peu plus flexibles et offrent aux déposants la possibilité de demander des avances en compte.
Notons que les dépôts à terme sont soumis à la taxe sur les profits de placement à revenu fixe au taux de 30 % libératoire.
Les comptes sur carnet
Il s’agit d’un mode de placement qui permet à son titulaire d’effectuer des versements au rythme de ses possibilités dans la limite d’un plafond de 300 000 dirhams. Il s’agit d’un compte rémunéré offrant la souplesse d’un compte chèque. Si le compte sur carnet offre une capitalisation trimestrielle des intérêts, notons tout de même que le taux de rémunération du compte sur carnet, administré par Bank Al-Maghrib au même titre que les comptes de la Caisse d’Epargne Nationale (CEN) n’a cessé de baisser au cours de ces dernières années dans le sillage de la courbe des taux. Pour le deuxième semestre 2005, le taux minimum appliqué par les banques aux Comptes sur carnets était de 2,28 %.
En tenant compte d’une fiscalité de 30 % sur les intérêts perçus et du niveau d’inflation, la rémunération réelle de cette catégorie de placement est aujourd’hui plutôt négligeable.
Les produits de bancassurance
Les produits de la bancassurance séduisent de plus en plus d’épargnants. Il s’agit de produits d’épargne souples et disponibles. Les souscripteurs ont la possibilité d’effectuer des versements exceptionnels ou de suspendre les cotisations pendant une durée déterminée. Ils ont aussi la possibilité de disposer à tout moment sous forme d’avances ou de rachat d’une partie ou de la totalité de leur épargne. Les compagnies d’assurances ont ainsi élargi au cours de ces dernières années la palette de leurs produits: assurance vie, produit d’épargne, épargne éducation, etc. Des produits comme l’assurance vie permettent de fructifier des fonds tout en poursuivant un but de protection familiale et de précaution à moyen et long termes.
Globalement, ces placements offrent des rendements meilleurs que ceux des dépôts à terme. L’épargne est rémunérée au taux de rendement minimum garanti auquel s’ajoute une participation aux bénéfices des résultats financiers de la compagnie. Les compagnies d’assurance investissant massivement l’épargne sur les produits de taux, notamment sur les Bons du Trésor qui offrent plus de sécurité, subissent de plein fouet la tendance baissière des taux des emprunts d’Etat, les poussant à répercuter sur les taux servis aux souscripteurs. Toutefois, certains assureurs ont tenu bon en continuant à assurer des taux attractifs aux épargnants, aidés en cela par la bonne tenue des marchés actions.
En définitive, le marché offre plusieurs instruments de placements. L’investisseur est tenu avant de s’aventurer sur un placement de ne pas se préoccuper uniquement de la rentabilité et d’occulter les risques à courir. En effet, une rentabilité élevée est toujours synonyme d’une prise de risque élevée. Partant, il est essentiel de faire confiance aux conseillers et gérants de fonds qui sont à même d’atténuer les prises de risques.
Moussa Diop