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Comment ONA a vendu les Brasseries du Maroc à Castel Métiers de la boisson

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Selon le communiqué publié par ONA en date du 17 avril dernier, la SNI récupère au passage les 16,40 % du capital de Sotherma (qui produit Sidi Harazem) détenus jusque-là par les Brasseries du Maroc, ainsi que les 48,97 % du capital de CMB Plastique que possédait SBM.
Les activités cédées concernent la bière, (SNBM, BRANOMA et Brasseries de Tanger), les boissons gazeuses (SCBG), la distribution (SIM) et la fabrication de casiers (MAROPAC).
Par contre, les activités "eaux minérales" et "transformation plastique" menées par les deux filiales de la Société des Brasseries du Maroc, SOTHERMA et CMB Plastique, demeurent dans le Groupe SNI.

Une stratégie bien définie

Castel acquiert donc les titres SBM au prix de 1073 Dh l’action coupon détaché et ceux de BRANOMA à 741 Dh l’action coupon détaché.
Cette opération marque ainsi le désengagement de la SNI, et partant d’ONA, de la production et de la commercialisation de boissons gazeuses et alcoolisées (bière). Elle permet assurément au groupe dirigé par M. Hokimi El Jaï de réaliser une importante plus-value au niveau de la SNI, puisque la transaction porte sur un montant global de 1,7 milliard de dirhams, mais il ne semble pas que cela constitue l’essentiel de la démarche d’ONA.
En effet, M. Jaï El Hokimi s’inscrit parfaitement dans une triple logique qui veut à la fois développer les métiers stratégiques du Groupe, associer des partenaires étrangers de référence à ses activités et investissements, et, enfin, inciter des opérateurs puissants à participer au développement économique national dans des secteurs bien déterminés.
Ce processus a d’ailleurs été enclenché par les prédécesseurs de l’actuel PDG, puisque M. M’fadel Lahlou à la SNI avait initié le partenariat entre Coca-Cola et les Brasseries du Maroc, alors que MM. Fouad Filali puis Mourad Chérif avaient convaincu le Groupe Danone d’accroître significativement sa présence d’abord au niveau de la Centrale Laitière puis dans l’activité eau minérale avec " Danone Aïn Saïss ".
Et ainsi, la cession des activités bière, casiers et " soft drinks " obéit parfaitement à la logique stratégique du Groupe ONA. En effet, le Groupe Castel est déjà présent dans notre pays à travers COBOMI, distribuant bières (La Gazelle, Export 33, Castel) et soft drinks (Pop’s et Orangina).
Il acquiert aujourd’hui le holding Société des Brasseries du Maroc, SBM, qui regroupe :
 - Les activités bières (Spécial, Flag, Stork et Casablanca) produites par la Société Nouvelle des Brasseries du Maroc, (SNBM), Branoma, et les Brasseries de Tanger ; 
- L’activité "soft drinks" avec la Société Centrale des Boissons Gazeuses, (SCBG) qui produit Coca Cola, Fanta, Schweppes, Pom’s et Crush ; 
- La distribution avec SIM ;
- La production de casiers avec Maropac.
Pour mémoire, on rappellera que cette opération a été rendue possible grâce à une préparation préalable et minutieuse de la Société des Brasseries du Maroc qui avait filialisé ses différentes activités, il y a plusieurs mois en créant un holding regroupant toutes les participations et filiales évoquées ci-dessus.

L’anticipation de la SBM

C’est dans ce cadre d’ailleurs que le Président-Directeur général de la Société des Brasseries du Maroc, à l’époque M. Chakib Benmoussa, avait accordé un entretien à La Nouvelle Tribune, (numéro 330 du 22 novembre 2002), dans lequel il expliquait les raisons et les conséquences d’une filialisation dont on mesure aujourd’hui la portée et l’intérêt.
Il y déclarait à ce sujet :
"La société des Brasseries du Maroc est aujourd'hui à la fois un industriel qui produit et commercialise en direct la bière (les lignes de production attachées aux Brasseries ont été transférées sur le site de Tit Mellil, exclusivement dévolu à cette production) et un holding qui possède un certain nombre de filiales, avec ses participations dans Sotherma, SCBG, Branoma, les Brasseries de Tanger, dans les plastiques, etc.
L'option qui a été prise lors de la réunion du Conseil d'Adminis-tration du 22 octobre dernier était de considérer que cette activité industrielle et commerciale basée à la SBM serait transférée dans une filiale. Celle-ci, en cours de création, s'appellera "Société Nouvelle des Brasseries du Maroc". Ce faisant, la société des Brasseries du Maroc devient un holding de participations ".
Et M. Benmoussa de justifier à l’époque cette démarche par l’explication suivante :
"En réalité, cette restructuration s'intègre dans un processus entamé depuis plusieurs années. En effet, la Société des Brasseries du Maroc a déjà externalisé ou filialisé un certain nombre de ses activités. Il s'agit, entre autres, de CMB Plastique, une activité qui se faisait en interne aux Brasseries. Au départ, l'externalisation s'est concrétisée par une filialisation, puis un partenariat a été engagé avec Crown Metal Box. Cette filiale est contrôlée à 51% par la SNI et Crown Metal Box et à 49 % par SBM. Aujourd'hui, plus de 50 % de l'activité de CMB Plastique sont réalisés à l'extérieur du groupe Brasseries.
Cette démarche s'est avérée positive puisque l'activité s'est développée, et CMB Plastique a gagné une expertise, une compétence et un savoir propres qu'elle aurait eu du mal à acquérir à l'intérieur des Brasseries.
De la même manière, en 2000, nous avons filialisé toute l'activité "soft drinks" par la création de la Société Centrale des Boissons Gazeuses (SCBG).
Avant cela, cette activité était menée conjointement avec celle de la bière, mais nous avons séparé les deux activités dans le cadre du projet de joint-venture avec Coca-Cola. Et même si cette joint-venture ne s'est pas concrétisée, nous avons réalisé que cette séparation avait induit des résultats positifs".
C’est donc pour le plus grand profit du Groupe ONA, mais aussi de Castel que la Société des Brasseries du Maroc est devenu un holding de participation. Cela permet à ONA de conserver et d’étendre son partenariat avec un opérateur international de référence, Danone et au second, le Groupe Castel, de développer considérablement sa sphère d’intervention au Maroc en rachetant à travers le holding SBM un ensemble d’activités liées aux métiers de la boisson.
De plus, la filialisation a permis d’évaluer de façon pertinente l’apport de chacune des branches à la SBM, ce qui a incontestablement facilité la cession au Groupe Castel. Cette démarche, d’ailleurs, était également annoncée par M. Benmoussa qui précisait en novembre 2002 à notre hebdomadaire à propos de la filialisation de l’activité "soft drinks":
"Auparavant, nous appréhendions cette activité à travers une comptabilité analytique qui donnait des résultats approximatifs, alors que la filialisation nous a permis d'en apprécier concrètement la rentabilité. Les performances et résultats propres à cette activité nous ont donné des éléments et des données fiables à la fois pour discuter avec notre partenaire, mais aussi pour établir un benchmark avec les entreprises qui opèrent dans le même secteur, qu'elles soient nationales ou étrangères, ce qui nous a, enfin, fourni des comparatifs utiles pour motiver et responsabiliser notre personnel.
Nous avons réalisé que cette restructuration nous a permis d'introduire une dynamique de progrès et d'amélioration des performances extrêmement puissante.
Jusqu'alors, nous adoptions des solutions globales, permettant le fonctionnement de toutes les activités de la SBM, au détriment de solutions adaptées à chacune d'entre elles et par définition plus performantes. Dès lors que nous avions séparé les différentes activités, bien que cela ait induit parfois un léger coût de gestion supplémentaire, la dynamique qui a été créée a permis de réaliser dès la première année des gains de productivité et des réductions de coûts très importants, bien supérieurs à nos attentes et prévisions.
En somme, la filialisation crée une dynamique interne et une stimulation de nos différentes filiales et favorise l'implication forte de partenaires internationaux ".
Cette conclusion de M. Chakib Benmoussa, alors PDG des Brasseries du Maroc, était-elle prémonitoire ou annonciatrice d’une opération de cession qui a trouvé son épilogue à travers le communiqué du Groupe ONA du 17 avril dernier ?
L’important, sans doute, n’est pas dans la réponse à cette interrogation, mais plutôt dans le fait que la cession de SBM répond aussi bien à l’intérêt d’ONA qu’à celui de Castel !

Afifa Dassouli



 

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