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"La gestion collective a eu un comportement exemplaire en 2002" M. Abdelhak Errakhmi, DG de Wafa Gestion

Auteur :
Publier le : January 30, 2003

La Nouvelle Tribune : M. Errakhmi, en tant que gestionnaire de fonds, quel bilan pouvez-vous faire de la gestion collective en 2002 ?
M. Abdelhak Errakhmi :
Le bilan est excellent. En effet, sur la base des chiffres de l’année 2002, on peut affirmer qu’il est unique et même exceptionnel par rapport aux années antérieures, voire depuis la création des OPCVM en 1995. Les actifs sous gestion atteignent un chiffre record à la fin 2002, avec plus de 70 milliards de dirhams d’encours. Ce montant dépasse de loin le pic de 1998, qui était de 55 milliards de dirhams. Par rapport à 2001, la progression est de 60 %, ce qui est, à proprement parler, spectaculaire. Et si on se rappelle de la contraction de ces actifs, subie par la profession avec la crise du marché boursier, il y a tout lieu de se réjouir de ces performances.

Quelles sont les raisons de ces résultats ?
Ils peuvent s’expliquer par plusieurs éléments. Le premier est, certes, le transfert des placements en actions vers les placements sécurisants que sont les obligataires ou monétaires. Cela a amorti les rachats des OPCVM actions ou diversifiés depuis la chute des cours boursiers. Mais ces flux ne datent pas de 2002. Par contre, ce qui a caractérisé l’année en question fut l’arbitrage que les épargnants et investisseurs ont fait en faveur des OPCVM au détriment de produits plus classiques, tels les bons du Trésor, les produits bancaires comme les dépôts à terme ou les comptes d’épargne. D’ailleurs, l’évolution des dépôts bancaires pour la même année a été relativement faible, de moins de 10 % soit pour certaines banques à peine 8 %. De plus, les entreprises, et notamment les institutionnels, ont été plus nombreuses que les personnes physiques à faire ce choix, ce qui justifie d’autant l’importance des montants alloués à la gestion collective. Cela est d’ailleurs attesté par le volume des actifs nouveaux, lesquels ont atteint l’an passé les 25 milliards de dirhams.
Le troisième élément, tout autant conjoncturel que les deux premiers, est très étroitement lié à la situation de sur-liquidité qui a sévi en 2002. Ce dernier argument explicatif de l’explosion des actifs sous gestion en 2002, mérite qu’on s’y attarde quelque peu. C’est d’abord un phénomène nouveau et il a bénéficié tout particulièrement aux fonds monétaires qui ont connu un triplement de leurs encours.

Mais ne doit-on pas relativiser l’explosion des actifs des OPCVM en 2002, du fait de la volatilité des placements de trésorerie ?
Oui et non, car une partie des placements de trésorerie est placée dans un horizon relativement long par rapport à d’autres plus liquides, qui sont pratiquement placés à vue, voire parfois pour 24 heures. L’attrait des investisseurs pour les placements collectifs se justifie par les performances qu’ils réalisent. Pour le monétaire par exemple, ils arrivent à "sur-performer" les benchmarks du marché monétaire, interbancaire ou des "repos".

Pourtant, à cause de la sur liquidité du marché, les taux d’intérêt se sont écrasés sur le marché monétaire, se réduisant à moins de 1 % ?
Effectivement, il y a même eu des placements à 0,1 %, mais ce fut le cas seulement à la fin du troisième trimestre et surtout du quatrième trimestre où la sur liquidité du marché monétaire est devenue très importante, pénalisant très fortement le rendement des fonds. Mais, la performance sur l’année a été sauvée du fait que la moyenne des placements de trésorerie en 2002 a tourné autour de 3 à 3,5 % . Celle-ci a profité des taux relativement élevés au début de l’année et, aussi, de l’impact mécanique et positif de la tendance baissière des taux courant 2002.

Quelles en ont été les performances de l’obligataire en 2002 ? Peut-on les comparer aux rendements du dividende des actions ?
Avec la dégringolade du marché boursier, on a assisté à une amélioration des "dividend yield". En effet, le taux de rendement des dividendes a été, dans certain cas, à deux chiffres et représentait presque le double du rendement d’une obligation à 5-10 ans, ce qui, vous en conviendrez, était une performance intéressante. Mais, il ne faut pas faire cette comparaison sous un seul angle parce que cette situation a été la résultante " mécanique " de l’état du marché. De plus, les épargnants et les investisseurs ont appris à intégrer le dividende en tant qu’élément de calcul du rendement de leurs placements boursiers jusque-là jugés sur l’unique base des plus-values latentes. De même, il a fallu expliquer aux uns et aux autres la nécessité de réajuster le coût d’acquisition de leurs actions en défalquant les dividendes encaissés pour évaluer leurs pertes.

Revenons au rendement des fonds obligataires en 2002. Quelle appréciation portez-vous ?
Il a été favorisé par une politique d’intervention du Trésor public qui s’est avérée transparente et continue et qui ne s’est pas accompagnée de renversement de la courbe des taux. Il faut donc reconnaître que c’est le comportement du principal intervenant du marché qui a favorisé les bons rendements sur l’obligataire. Mais, il ne faut pas oublier le rôle joué par les gestionnaires de fonds dans l’allocation des actifs et le rendement qui en découle. Nous essayons de dépasser les taux des marchés primaire et secondaire. Aussi, le rendement moyen d’un fonds obligataire avec un horizon de placement de 3 ou 4 ans, a eu une performance moyenne en 2002 qui a varié entre 7 % et 8 %. Ce qui est excellent, comparé au taux des bons du Trésor pour 3 ans, rémunéré à 4,5 %. La gestion collective, par son dynamisme sur le marché obligataire, a obtenu le double pour ses clients, alors que le "5 ans" et "10 ans" traitent respectivement à 5,4 % et 6,80 %. Ils restent inférieurs donc à nos rendements.

Quelles sont les perspectives pour 2003, à la suite des restrictions monétaires de Bank Al-Maghrib ?
La conséquence immédiate du relèvement de la réserve obligatoire des banques à 14 %, qui s’est traduite par un retrait de liquidités de 5 milliards de dirhams, a été une hausse mécanique des taux du monétaires. Ils sont passés de 0,7 % à 3,50-3,70%. Mais au-delà de cet impact immédiat et négatif, cette décision est positive à terme pour le marché des capitaux, notamment parce qu’elle n’a pas eu d’impact sur les rendements obligataires. En effet, la valorisation de nos performances est basée sur les émissions des bons du Trésor sur le marché primaire. Comme au moment du resserrement de la politique monétaire de la banque centrale, le Trésor n’a pas coté ses bons à 13 et 26 semaines, il n’y a pas eu de hausse des taux sur le marché obligataire. Et ce, parce que les gérants ont valorisé les performances de leurs fonds sur la base des anciens taux, sauvant ainsi leurs rendements.
Cependant, d’autres conséquences techniques de la mesure d’assèchement du marché prise par Bank Al-Maghrib étaient prévisibles dans la mesure où ces maturités devaient corriger à la hausse, pour des raisons d’ajustement et d’harmonisation de la courbe notamment sa partie courte.
D’ailleurs, c’est ce qui s’est produit lors des deux dernières adjudications des 15 et 22 janvier 2003. Ces taux ont connu des hausses de respectivement de 75,75 et 47 points de base pour les 13, 26 et 52 semaines.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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