Et ce phénomène mondial entraîne donc une interrogation qui devient de plus en plus pressante : La crise des marchés financiers est-elle en train de devenir structurelle ou leur récente descente aux enfers est-elle due à des facteurs exogènes et politiques, comme la menace d’une nouvelle guerre du Golfe ?
En tout cas, le récent Sommet économique mondial de Davos n’a pas été au-delà de ces constats. Et les grands de ce monde qui y étaient réunis n’ont ni prévu, ni situé dans le temps la reprise économique, tant pour l’Europe que pour les États-Unis et à plus forte raison donc pour le reste du monde. De même, les débats dans le cadre du World Economic Forum, plus politiques qu’économiques, n’ont guère plus abouti à des recettes de relance économique différentes de celles déjà mises en œuvre comme la baisse des taux directeurs des banques centrales, les allègements fiscaux à plusieurs niveaux ou encore l’augmentation des investissements publics pour essayer de créer un effet d’entraînement.
Partant, la crise économique mondiale est d’autant plus préoccupante qu’elle est commune au Japon, à l’Amérique et à l’Europe, les zones économiques les plus puissantes et capables de jouer un rôle moteur pour l’économie mondiale. Aussi les krachs des marchés boursiers occidentaux traduisent-ils l’impasse que vit cette dernière.
À ce sujet, on rappellera que les Anglo-Saxons ont coutume de qualifier les marchés nerveux et orientés vers la hausse de " bull markets ", les comparant ainsi symboliquement au taureau et ceux orientés à la baisse de " bear markets ", tel un ours pataud. Mais cette analyse alternative du comportement des marchés ne caractérise plus les places financières quand une crise durable et structurelle, s’y installe. D’où l’intérêt accordé Outre-Atlantique à une récente analyse opérée par un économiste réputé, M. Oppenheimer, de la banque d’affaires américaine de renom, Goldman Sachs. En effet, M. Oppenheimer vient de pousser plus loin la dichotomie du taureau et de l’ours pour caractériser les comportements des marchés boursiers en rappelant qu’il existe toute une variété d’ours, le Panda, l’Ours des Pyrénées et le Grizzli. Le premier, le panda, collerait mieux à la situation dépressive d’un marché quand il est frappé par des chocs extérieurs. Dans ce cas, selon l’analyste américain, les effets se résorbent vite et les économies s’en relèvent rapidement.
Le second, l’ours des Pyrénées, plus difficile à dompter, caractériserait les crises boursières qui accompagnent les cycles économiques. Dans ce cas, le rôle de la banque centrale est de maîtriser la surchauffe, de baisser ses taux et de relancer l’activité économique.
Enfin, et comme on peut s’en douter, le plus féroce étant le grizzli, il caractérise la situation des marchés boursiers occidentaux depuis 2000 qu’Oppenheimer rapproche de celles de 1929 et de 1973.
Selon lui, " le grizzli apparaît après une période où des taux d’intérêt bas et une productivité élevée ont provoqué des investissements excessifs, alimenté une spéculation suscitant un boom économique artificiel ". Dans ce cas, la crise est structurelle et la banque centrale qui a suffisamment baissé ses taux devient impuissante. Seul l’Etat par une politique d’investissements publics opérée au détriment de la maîtrise budgétaire, peut gérer la sortie de la crise.
Ainsi, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les possibilités d’appliquer ce type d’analyse à la crise structurelle qui sévit à la Bourse de Casablanca depuis septembre 1998.
Cela aurait pu peut-être se faire si l’on connaissait un ours encore plus féroce que le grizzli, car non seulement une analyse rétrospective de notre marché se limiterait à quelques années (1995-1998), mais surtout l’État marocain n’est pas investisseur. Pourtant, pour notre pays également, le constat de l’étroite relation entre la crise économique et celle de la Bourse est indéniable.
À défaut d’ours, laissons donc le chameau dormir…
Afifa Dassouli