Auteur : Entretien réalisé par Afifa Dassouli
La Nouvelle Tribune : Certains actionnaires sont sortis récemment du capital de Label’ Vie et se plaignent que vous vous introduisez en bourse à une valeur quatre fois supérieure à celle à laquelle ils ont vendu en 2007. Que pouvez-vous leur répondre? M. Rachid Hadni : Pour vous répondre je dois revenir sur l’historique de leur entrée et de leur sortie. Il s’agit de Salafin et de Syrus Capital qui étaient présents dans le capital de Supersol dès 2002 et nous ont suivi à hauteur de 10% chacun quand nous avons acheté cette marque. Lors du rachat de cette société, en effet, ils avaient accepté de rester à la condition d’un pacte d’actionnaires dans lequel ils exigeaient la détermination des termes de leur sortie à un prix fixé à l’avance, qui était de 65% du chiffre d’affaires de l’année écoulée. Il faut savoir qu’à l’époque, l’entreprise perdait de l’argent et ils voulaient prendre certaines précautions. En 2007, au moment de leur engagement dans un projet de distribution concurrent au nôtre et comme le pacte d’actionnaires prévoyait également l’interdiction à un actionnaire de participer à tout projet similaire, ils se sont trouvés dans l’obligation de sortir au prix qu’ils avaient eux-mêmes convenu.
Toutefois, nous savons que Label’ Vie a été valorisée en 2007 à un prix qui 4 fois inférieur à celui de son introduction en bourse d’aujourd’hui. Comment pouvez-vous justifier cet écart ? Mon ami Zouhair Bennani, Président de Label’ Vie, et moi-même avons créé cette entreprise que nous avons mis des années à développer. Nous avons commencé par une petite surface sur la route des Zaërs à Rabat et nous travaillons au développement et à la croissance de cette société depuis 23 ans. C’est le fruit de ce labeur que vous voyez aujourd’hui, alors que nous avons connu des hauts et des bas. L’arrivée de concurrents avec des modèles internationaux modernes nous a obligés à une mise à niveau pour relever ces défis, en construisant, nous aussi, un nouveau concept, une enseigne nouvelle qui a pour nom Label’Vie. Le prix de ce travail ne rentre même pas en ligne de compte, la valorisation de Label’Vie est basée sur un plan de développement que nous sommes en voie de réaliser. Celui-ci prévoit à l’horizon 2011 vingt sept nouvelles unités pour porter le total à quarante magasins répartis dans tout le Royaume, soit une surface totale de 80 000 mètres carrés à partir de nos quinze unités actuelles, ce à quoi sont destinés les 2 milliards de l’OPV. Notre business plan a l’ambition de positionner Label’Vie sur le podium de la distribution au Maroc où nous voulons figurer parmi les trois premiers. Pour sécuriser ce plan de développement, sur l’année 2008-2009, nous prévoyons l’ouverture de quatorze magasins, dont treize sont déjà en chantier.
Et dont le foncier appartient à Label’Vie ? Sur les treize, neuf nous appartiennent, les autres sont déjà loués, mais le fonds de commerce est notre propriété et les chantiers sont déjà entamés. Pour 2008 déjà, 95% du foncier sont sécurisés. La totalité du programme prévoit six hypermarchés et vingt et un supermarchés. Sur les six hypermarchés, quatre ont déjà sécurisés dont trois sont inscrits dans des centres commerciaux à partir du pôle immobilier du groupe (comme Al Mazaar) qui sera construit sur 100 000 mètres carrés couverts, alors que les centres commerciaux de Fès et de Tanger sont également en cours de construction.
Et sur le plan financier, comment cela se concrétise-t-il ? Le montant de l’investissement total pour notre programme 2008-2011 est d’un milliard sept cents millions de dirhams et nous avons signé une convention avec l’Etat pour cet investissement. Nous prévoyons donc un apport par augmentation de capital, grâce à l’OPV, de cinq cents millions de dirhams et il faut bien comprendre que le fait même de l’augmentation de capital exclut une survalorisation de l’offre. En effet, il ne s’agit pas d’une cession d’actions, et les fonds ainsi récoltés iront totalement à l’investissement pour le développement de Label’Vie et de ses projets.
Quelles sont les perspectives de valorisation du titre Label’Vie après l’introduction en bourse ? En matière de perspectives, Label’Vie a déjà commencé la mise en œuvre d’un plan de développement certes ambitieux, mais tout à fait conforme à ce qui se pratique dans la grande distribution. Par exemple, un confrère qui s’est développé sur le supermarché a ouvert par exemple 22 magasins en l’espace de six ans. Il faut savoir que le secteur de la grande distribution exige la satisfaction de deux conditions pour sa réussite. Tout d’abord, la croissance se fait au mètre carré qu’il faut être capable d’identifier et d’acheter. Aujourd’hui, sur les projets de 2008-2009, Label’Vie dispose de tous les mètres carrés nécessaires à sa croissance. La deuxième condition de la réalisation de ce business plan réside dans la capacité de ses promoteurs à connaître leur métier et à en maîtriser le modèle économique. Les dirigeants de Label’Vie ont prouvé qu’ils ont su dépasser les difficultés, et réaliser au cours des trois dernières années des performances remarquables. La croissance du mètre carré permettra davantage de chiffre d’affaires, une meilleure compression des charges, et plus de rentabilité. S’il faut 20 années en principe pour un retour sur capital dans une OPV, je peux vous assurer que sept années suffiront à Label’Vie. Les bénéfices cumulés de Label’Vie de 2008 à 2014 dépasseront les deux milliards de dirhams. Le titre Label’Vie présentera un double profil, mais il s’agit tout particulièrement d’une valeur de rendement parce que les dirigeants se sont engagés à distribuer 80 % des bénéfices.
En termes de fondamentaux boursiers quel PER et bénéfice par action prévoyez-vous pour l’action Label Vie ? Pour les sociétés que l’on considère de croissance, comme Label’Vie, généralement, le PER est peu significatif. Pour une appréciation de la capacité bénéficiaire de l’entreprise, il faut se mettre dans une logique dynamique. On ne saurait apprécier le PER de Label’Vie sur la base des résultats de 2008. Il faut plutôt passer à la notion de PEG « Price Earning Growth » qui permet de dire que si une société en croissance a un PE inférieur à 1, elle est peu chère. Or, d’après nos calculs, le PEG de Label’Vie ressort à 0,56. Cet indicateur est couramment utilisé par la finance et vient corriger le PER qui par moment n’est historiquement pas explicatif. De plus, le secteur de la distribution au Maroc présente un grand retard par rapport à des pays similaires. Aujourd’hui, dans notre pays, il y a sept mètres carrés de vente pour mille habitants, quand en Tunisie, on est actuellement à vingt mètres carrés pour mille habitants. Et pour la Turquie, l’écart est encore plus important. Cela veut dire que le secteur présente un potentiel de développement extraordinaire.
On prétend que certains actionnaires sont entrés tout récemment dans le capital de Label’Vie a des niveaux de valorisation très bas, ce qui leur permettra, avec l’OPV, de réaliser une augmentation très conséquente de leur participation au capital. Est-ce exact ? Ce n’est pas conforme à la réalité en ce sens qu’il n’y a pas eu d’opportunité financière. Par contre, il y a des projets industriels qui seront très explicites à l’avenir et notre tour de table aujourd’hui est constitué de gens qui vont nous accompagner et qui sont déjà présents dans le secteur. IL s’agit, par exemple, de Monsieur Saïd Alj et de Monsieur Moulay Hafid Elalamy, qui sont déjà dans le secteur de l’industrie et de la distribution avec plusieurs enseignes et des plus modernes qui soient.
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