Il a suffi de quelques heures seulement, pour que Kadhem réussisse à transformer toute une ville et à l’inscrire sur les chemins de l’espoir. À La Nouvelle Tribune, il a déclaré, très ému et les yeux larmoyants: «Je ne saurais trouver les mots justes pour vous décrire ce que je ressens, c’est très fort, toute cette masse d’amour que m’ont transmise les citoyens de Fès. J’avais envie de prendre tout un chacun dans mes bras et de dire merci du fond du coeur. Jamais un peuple ne m’a sincèrement, étreint de cette manière». Kadhem Saher , 44 ans, Irakien, natif de Samarra, ayant vendu jusqu’à ce jour plus de trente millions d’albums, mérite amplement tous les honneurs que lui a réservés la cité impériale Fès dont il est désormais citoyen d’honneur: «Recevoir la clef de Fès, devenir citoyen de Fès, c’est une fierté et un honneur, un acte imbibé d’humanisme, de fraternité, des qualités dignes de ce peuple si accueillant et si chaleureux. Je me demande si je suis parvenu à offrir à ce pays autant de joie et de bonheur , qu’il m’a procuré». Dans un univers où, quotidiennement, retentit le bruit assourdissant des armes, dans un univers où des peuples ainsi que leurs civilisations, sont massacrés au nom d’un insensé combat contre le “Terrorisme», la voix ensorcelante, enflammée, de kadhem détonne, elle dénonce, compose le chant de la Paix, éparpille les pollens de l’Amour et de l’Amitié...Dans une profonde tristesse, Kadhem déclare encore une fois à La Nouvelle Tribune: «je ne saurais peindre ma colère, mon chagrin devant chaque grain de sable de mon Irak chéri, par des chars écrasé, chaque enfant égorgé, chaque femme violée, chaque homme humilié, chaque goûte de sang versée sur ce sol sacré, chaque parcelle de notre civilisation millénaire piétinée... Comment des créatures vivantes hantées et aveuglées par le pouvoir et l’argent, parviennent-elles facilement à enterrer leur humanisme, tuent sans avoir de remords, massacrent, détruisent... On occupe des peuples aux noms des Droits de l’Homme et de la Démocratie! Comment peut-on parler de droit et de démocratie, alors qu’on tue des innocents, on pille les richesses des peuples? Si tous ces hommes d’états croyaient profondément en la force de l’Amour, de l’Entre’aide, de la Fraternité, du Partage, de la Tolérance, aux véritables valeurs humaines, jamais des guerres aussi atroces que celles que nous vivons aujourd’hui, n’auraient éclaté ....». Et pourtant, le disciple du grand maître du luth, Mounir Bachir, continue de croire en l’Amour et l’Amitié, en leur forte capacité de métamorphoser les hommes, de sauver l’humanité des griffes de l’animosité. «il y a eu une sorte de communion entre la poésie de Nizar kabbani et moi . Nizar est un grand homme, un grand poète, pour qui j’ai beaucoup de respect. J’ai chanté plusieurs de ses poèmes. Il a beaucoup écrit pour et sur la Femme, mais c’est surtout la métaphore de la Femme qui m’a le plus séduit. Lorsque j’ai composé «Madrasat Al Hob», c’est l’amour de la mère, de la compagne, de la terre, de la soeur de l’amie, un amour universel, que j’ai chanté.» Concernant la chanson arabe actuelle, Kadhem a répondu: «Entre le public et l’artiste, il doit y avoir un respect mutuel. On n’a pas le droit d’offrir aux personnes qui vous soutiennent et vous aiment, des médiocrités. La musique, le chant..., doivent éveiller en nous un sentiment de noblesse, une sensation de satisfaction et d’aisance. La belle musique, c’est celle qui est imbibée de sincérité”. Si Kadhem a réussi à préserver sa place sur la pyramide des grands noms de la musique arabe, c’est parce que, tout en créant son style à lui, il a su respecter les «Maqamate» irakiennes: «La base de ma musique, en tant que chanteur et compositeur, je la puise dans le style traditionnel, l’ancien et historique Maqam iraqien. J’ai beaucoup de respect pour les grands maîtres de la musique arabe en particulier et de la musique universelle en général. Je pense que l’âme d’une nation, c’est sa culture, son art, son patrimoine, authentiques. Si on détruit cette âme, c’est toute une civilisation que l’on massacre et c’est le cas en Irak, en Palestine, en Afrique..., là où règnent toutes les formes de l’Injustice.» C’est donc sur ces fondations classiques que Kadhem Saher tisse , comme en surimpression, ses canevas plus modernes, utilisant à bon escient, des apports d’instruments et de styles plus contemporains.
Merci mille fois Kadhem!
Propos recueillis par
Ilham Khalifi
Kadhem en quelques lignes
Kadhem Saher est l’une des étoiles du chant du Moyen Orient et plus largement du monde arabe. Trente millions d’albums vendus à ce jour. Né à Samarra en Iraq, en 1961, Kadhem Al Saher vint habiter Bagdad avec sa famille, alors qu’il était encore enfant. Il montre très tôt de véritables talents musicaux, s’entraînant tout seul à la guitare, polissant sa voix à la récitation du Coran, et s’imprégnant des chansons des grands maîtres Mohamed Abdelwahab, Mohammad Al-Gubbanchi, Nazem Al-Ghazali, Abdelhaleem Hafez, Farid Al Atrach, ou Fairouz.
Il étudie le Oud dans le prestigieux Institut de Musique de Bagdad sous la direction du maître de l’instrument Mounir Bachir.
Avant même la fin de son cycle d’études académiques, en 1987, deux de ses chansons, ” Ladghat El-Hayya ” ( La Morsure du Serpent ) et , “Abart El-Shat “ ( J’ai traversé la rivière ) - lui ouvrent les premières portes du succès en Iraq même et plus largement dans les pays du Golfe. Il obtint son diplôme de l’Institut de Musique de Bagdad. Sa carrière commence à prendre une vraie stature internationale, vers la fin des années 80, lorsque la guerre du Golfe éclate. Il s’expatrie alors vers le Liban tout proche afin de poursuivre son travail musical, trouvant dans ce pays ami un soutien fervent du public.
Sa nostalgie pour son pays natal et Bagdad, sa capitale, se manifestera dans une très belle chanson – “ Kathural Hadeeth ” - qui lui ouvre alors toutes grandes les portes de la gloire.
En 1995 il chante pour la première fois au Caire, la capitale musicale du monde arabe, au Festival International de Musique et obtient un triomphe avec “ Salamtak Min Al Ah ” - (J’espère que tu es à l’abri de la souffrance -) en dialecte iraqien et “ “Ikhtari ”, - (“ Choisis ” ) du grand poète syrien Nizar Qabbani.
Depuis lors tous ses albums sont devenus d’énormes succès. Il a réussi à toucher par la richesse de son style tous les publics. Parmi ses productions les plus remarquées ces dernières années , on notera “Madrast Al-Hob ”, en 1996, “Ana Wal Layla” en 1998, “Habeebati Wal Matar” en 1999, “Al-Hob Al-Mostaheel” en 2000 et «Abhathu Anki» en 2001. En 1998, il a aussi effectué une tournée mémorable de concerts aux USA et s’est produit devant le Congrès Américain et les Nations Unies, atteignant ainsi une dimension planétaire, et devenant lauréat de l’UNICEF.