La vague des délocalisations déferle sur les pays du sud. En dépit de mesures gouvernementales, dans certains pays, pour les freiner, le phénomène va crescendo. Dans un essai, qui fera certainement date, M. Brahim Labari invite à une appréhension socio-anthropologique du phénomène. Aussi bien les investisseurs français que les top et middle-management gagneraient à compulser cet ouvrage, qui ratisse très large autour de la question. Sans aucun doute, il leur permettra de gérer les nouvelles entreprises, implantées dans un nouveau contexte socio-culturel différent, avec beaucoup moins d’appréhensions. Le livre, qui fait près de 400 pages, se lit d’un trait. Il est subdivisé en trois parties. Traitant du cas franco-marocain, il part d’abord de l’histoire commune, entre colonisateurs et colonisés, qui a longtemps nourri les relations entre les deux pays et a servi de terreau à la vague de délocalisations, avant de finir sur le travail dans les entreprises délocalisées. Dans une section intermédiaire, il s’intéresse au local, à l’espace géographique, qu’il situe au centre des délocalisations, notamment à Casablanca et dans la Province Gadirie (d’Agadir).
Maîtrisant bien son sujet, l’auteur a bien saisi que le cas de la France ne peut être occulté dans l’étude d’un tel phénomène. N’est-ce pas que ce pays est à la fois premier fournisseur et premier client du Maroc. Ainsi, l’Essai s’y concentre dans ce volume- qui sera certainement suivi par d’autres- non pas pour énumérer dans des tableaux statistiques les différents exemples, mais pour expliquer le choix du Maroc, pas anodin du reste, les processus d’implantation, le déroulement de la légitimation socio-culturelle de ces opérations économiques. Outre un travail historiographique important, que justifie une importante bibliographie, un travail d’enquêtes sur la base de questionnaires (raisons de l’implantation, possibilités de joint-venture, …) vient agrémenter l’ouvrage.
Véritable abécédaire
La première partie est extrêmement riche, pour tout chercheur qui veut comprendre l’émergence du tissu économique marocain, depuis l’Omnium Nord Africain (ONA), la Chérifienne d’Etudes Minières, ou la création de la Compagnie des Transports Marocains (CTM) en 1919 par l’Auvergnat Jean Epinat, …jusqu’à l’émergence d’une bourgeoisie locale, la Méditerranéité du Maroc, en passant par les différentes réformes facilitatrices de l’Acte d’investir de l’Infitah (ouverture) économique et politique, à la création des CRI (Centres Régionaux d’Investissements), qui a suivi la campagne d’assainissement, … Très didactique, cette section permettra au nouvel arrivant de se mouvoir aisément dans son nouveau milieu, en octroyant ou pas le bakchich, en allant en rupture ou non d’une certaine praxis, … pour réussir une osmose parfaite, et surtout éviter le choc des cultures traitées dans la dernière subdivision.
La seconde section d’une utilité, tout aussi extrême pour le patron qui débarque, lui permettra de transcender les facteurs et paramètres de la délocalisation, selon qu’elle se situe à Casablanca ou à Agadir.
Enfin dans la dernière partie, M. Labari tente de clarifier les interactions entre la culture d’entreprise et celle des travailleurs locaux.
En conclusion, il tient à préciser que l’ouvrage s’appuie sur des données empiriques, mais puise dans l’histoire des relations maroco-françaises pour éviter tout enferment du chercheur dans le présent immédiat. Il achève son livre sur une interrogation relative au rapport actuel et futur des délocalisations sur l’effet de générations, …
A lire absolument !
L’auteur en deux mots
M. Brahim Labari, titulaire d’un Doctorat de sociologie de l’Université Parix X-Nanterre, Membre du Laboratoire CNRS “Genre, Travail et Mobilités”