En l’espace d’une dizaine d’années, la distribution d’eau et d’électricité, à Casablanca et Mohammédia, s’est beaucoup améliorée. De la gestion calamiteuse de la défunte RAD, qui reposait sur des dysfonctionnements de services en série, des rendements dégradés aggravés par un stress hydrique, et, pire encore, de désastreuses inondations et un endettement excessif, dont 1,363 milliard de Dh relativement à l’exploitation et l’investissement, et 2,5 milliards de Dh à la dette sociale, s’est substituée une autre pratique, dont la transparence est, aujourd’hui, à l’image de l’introduction à la Bourse des Valeurs de Casablanca, du délégataire, Lydec. Cette évolution a été dépeinte par Mme Chraïbi et Driss Ben Ali, professeurs universitaires, et par tous les membres du staff de Lydec, les 16 et 17 février 2007 à Essaouira.
En introduction de la présentation du bilan de Lydec de 1997 à 2006, et des perspectives d’avenir, notamment en matière de gestion déléguée et d’investissements, M. Driss Ben Ali a justifié la démarche actuelle, de gestion déléguée. Situant tout d’abord l’importance du service public, qu’il a qualifié de fondamentale dans une économie qui bouge, le professeur d’économie a plaidé le passage de l’Etat-“Développementiste” à l’Etat-Stratège. De son avis, le rôle fondamental de l’Etat est de créer un cadre incitatif, afin que le capital privé puisse s’exprimer. Pour justifier la délégation à Lydec, il a insisté sur l’application de ratios élevés de satisfaction des populations, de rationalisation de la ressource, de maîtrise des coûts et de compétitivité, ce qui est peu adapté à une entreprise publique. Pour se justifier, M Ben Ali a balayé d’un revers de main, le fait que dans l’imaginaire du commun des mortels, le service public soit gratuit, vu que l’impôt le couvre. Il est donc venu le temps de changer d’optique, puisque celui de l’Etat-Généreux est aujourd’hui révolu, a-t-il conclu.
Lui emboîtant le pas, Mme Chraïbi, Professeur de Droit, a clarifié les nouvelles dispositions de la loi 54-05 du 14 février 2005, modifiée en 2006, et relative à la gestion déléguée des services publics au Maroc. Partie de 1914, époque des premières délégations d’eau et d’électricité, elle a brossé un rapide survol de ce type de délégation, avant d’amener les performances d’une entreprise qui assure le service au public, qui a pris le pas-nuance-t-elle- sur le service public. Elle a soulevé les reproches, faites à la loi 54-05, et qui ont concerné la signature gré à gré, l’absence d’obligation légale de reprise du personnel, la défaillance dans le contrôle de la gestion déléguée. La nouvelle loi apporte plus de moralité à la vie publique, institue un cadre normatif pour le suivi et le contrôle de la gestion déléguée … Elle a enfin trouvé que ce qui importe dans la démarche, c’est d’assurer la satisfaction du citoyen-client.
M. Jean-Pierre Ermenault, Directeur Général de Lydec, a rappelé les conditions de conclusion du contrat de gestion déléguée portant sur 3 cahiers des charges, à savoir Eau, Assainissement et Electricité, l’éclairage public n’étant qu’un protocole d’accord, renforcé par un dernier avenant l’année dernière. Il a rappelé les raisons de la délégation , notamment les fréquents délestages, les inondations mortelles de 1996, la volonté des plus hautes autorités. Il s’agit en réalité de 15 contrats signés entre d’une part Lydec, et d’autre part l’ex-CUC (Commune Urbaine de Casablanca, devenue CU de Casablanca, CU de Mohammédia, et C U d’Aïn Harrouda), et 14 communes périphériques qui sont les autorités délégantes. Aujourd’hui, Lydec, dont le tour de table comprend Suez (51% des parts), Fipar (filiale de la CDG 20% des parts), RMA Watanya (15%), Bourse (14%), a réalisé un chiffre d’affaires cumulé de 4,330 milliards de Dh (1,206 milliard en Eau et Assainissement, et 3,124 milliards Dh, en Electricité) et des investissements de plus de 6 milliards de Dh (37% en assainissement, 27% eau, 37% électricité), financés de diverses manières. Parmi les projets-phares réalisés par Lydec, le Directeur Général a cité, au volet de l’assainissement, les travaux contre les débordements à Sidi Othmane (8 millions de Dh) et Sidi Belyout (5,5 millions de Dh), le grand collecteur Ouest El Fida (180 millions de Dh), le canal de délestage de Mohammédia (70 millions de Dh). Concernant l’eau, l’électricité et les renouvellements des réseaux et installations de distribution, il a énuméré l’adduction en eau potable d’Ouled Saleh (11,8 millions de Dh), la construction de nouveaux réservoirs d’eau potable, la réalisation de 3 nouveaux postes sources et 1,2 milliard de Dh de renouvellement des installations (26% en assainissement, 40% en eau, et 34% en électricité).
Un bilan positif
Actuellement, la société, qui compte 755.000 clients (eau et assainissement), et 774.000 clients (électricité), ambitionne plus que jamais de rehausser la qualité de ses prestations et services, augmenter les économies de la ressource, et décline un besoin d’investissements de 15,6 milliards de Dh. Pour nous en convaincre, MM. Alain Perret, Directeur Général Adjoint, Hamid El Mesbahi, Directeur des Investissements, Tahar El Agal, Directeur Eau et Assainissement, Gérard Faure, Directeur Electricité, Jawad Benhaddou, Directeur des Systèmes d’Information, Laurent Guillaume, Directeur des Ressources Humaines et Christophe Cluzeau, Chargé de mission auprès du Directeur Général, se sont succédé à la tribune. Sur la tarification, qui est concertée, M. Perret a été on ne peut plus clair : “ La société Lydec fait de calculs, mais n’a pas le pouvoir de décider toute seule les tarifs ! ”. Pour rassurer les sceptiques, il a été souligner que conformément au contrat, un bilan annuel, audité par un commissaire aux comptes est remis à l’Autorité délégante, et que les passations des marchés se font dans les règles de l’art.
Dans le pipe, la gouvernance du contrat, le financement des investissements et la tarification, l’exploitation du service, un 4ème métier (éclairage public) et la retraite héritée de la RAD, …
Le social n’est pas en reste. Aquassistance Maroc a financé pour 400.000 Dh, la tranche II de l’aliumentation en eau potable des Douars Lamaâchate, dans la superbe vallée des communes Bouzerkoute et Essaâdate, à 60 km d’Essaouira.
D. MB.
Trois questions à M. Jean-Pierre Ermenault, Directeur Général de Lydec
La Nouvelle Tribune : En 9 ans, jugez-vous votre bilan globalement positif ?
M. Jean-Pierre Ermenault : Le bilan de ce que nous avons fait ici à Casablanca est positif. Je donnerais quelques exemples pour illustrer mes propos. Le premier exemple est que avons que nous arrivions, lorsqu’il y avait de fortes pluies, il y avait des inondations, des dégâts dans les rues,… Et en 1996, il y eut même des morts, alors qu’en l ‘espace de deux ou trois ans nous avons pallier la plupart des difficutés. Aujourd’hui, quand il pleut les dégâts sont très minimes. Le second exemple a trait à la relation avec les clients. Avant notre arrivée, il y avait des queues aux guichets de la RAD (NDLR : Régie Autonome de Distribution d’Electricité), le service était médiocre. Maintenant, le service au client est très moderne et rapide. Nous sommes capables d’apporter l’eau et l’électricité aux populations dans des délais très courts.
Ensuite, le temps de réaction et le nombre de pannes sur le réseau ont été considérablement améliorés.
Le citoyen-usager est en train de devenir citoyen-client. Développez-vous cette culture du changement, au sein de votre entreprise ?
C’est effectivement un des points-clés de faire d’une culture de relation avec l’usager, où l’opérateur a tous les droits, et le client n’a qu’à obéir, à celle, où il faut le satisfaire à tout prix. Actuellement, nous passons dans une nouvelle phase, puisque nous cherchons à traiter la relation avec les clients de façon individuelle. Cela signifie qu’au lieu d’avoir des réponses-types, par exemple, à tel type de problème, au contraire, d’essayer de comprendre quelles sont les difficultés du client, et d’avoir une réponse adaptée à sa situation personnelle.
Le contrat de la gestion déléguée appelle des modifications dans l’avenir, que souhaiteriez-vous pour les clients dits “ hybrides ”, encore liés à l’ONE et vous-mêmes ?
Ce serait une bonne solution que nous distribuions l’eau et l’électricité partout sur le périmètre de la délégation. Ce sera une des discussions que nous aurons avec les autorités. J’ai déjà commencé, ces discussions à mon arrivée, avec l’Office National d’Electricité. Elles sont assez difficiles, parce qu’il a aujourd’hui une structure très forte, qui a du mal à nous faire des propositions. Nous sommes prêts à indemniser l’ONE, en contrepartie des installations qu’il remettra à notre disposition. Cette proposition a été faite, nous attendons leur réponse.
Propos recueillis par
D. MB.