Comme chacun sait, trois candidatures ont été finalement retenues, celle de Meditel, actuel second opérateur de téléphonie mobile après Maroc Telecoms, Maroc Connect, société rachetée à France Télécoms et aujourd’hui quasiment en portage par Attijariwafa bank (au profit ultérieur de …) et Orascom, un opérateur égyptien jusque-là inconnu dans notre pays.
Cette situation de "ni, ni" qui perdure, ne manque pas d’inquiéter certains observateurs et spécialistes des télécommunications qui estiment que l’opération d’octroi de la seconde licence est entourée d’un flou qui est préjudiciable au développement de la téléphonie fixe dans notre pays.
En effet, faisant remarquer qu’il y a eu déplacement de la qualification de l’offre, ces analystes considèrent qu’il ne s’agit plus, avec la dénomination de "licence de troisième génération", de renforcer le fixe au Maroc, mais plutôt de donner l’opportunité à la mise en place d’opérateurs qui sont, comme le prouve d’ailleurs le profil de certains candidats, des spécialistes de la téléphonie mobile. D’aucuns, d’ailleurs, ont su exploiter à leur profit les failles de la loi pour proposer du fixe moyennant des "aménagements techniques".
Ils pointent donc du doigt l’ANRT en estimant que l’Agence, en obtenant la modification de la loi 24/96, a réussi à vider la définition du fixe de ses principales caractéristiques, donnant ainsi libre accès à des opérateurs qui ne visent pas réellement son développement dans notre pays.
Pour étayer leur argumentation, ces spécialistes évoquent le service universel qui a été abandonné, puisque le service de télécommunications ne bénéficie toujours pas d’une définition précise. Considérant que c’est la téléphonie fixe qui a fait la fortune du mobile au Maroc, ils comparent Méditel et Maroc Telecoms à deux veaux bien gras qui continuent de téter une vache de plus en plus rachitique, la téléphonie fixe, alors que les autorités de tutelle et l’ANRT ont stoppé tout développement du fixe et de l’Internet dans le monde rural, dans l’attente des nouveaux entrants. Mais, sachant que les candidats à la seconde licence ne manifestent pas vraiment d’intérêt pour un développement du fixe en milieu urbain, on imagine mal qu’ils consentiront à des efforts en milieu rural, un espace pourtant stratégique pour le développement de l’Internet dans notre pays.
Avec le déblocage donc de plusieurs textes intervenu mercredi 6 juillet en Conseil des Ministres, les milieux concernés espèrent que l’ANRT et le gouvernement sauront remettre sur les rails un processus aujourd’hui en panne et pourront à la fois assurer la croissance des "veaux" sans tuer la "vache à lait" qui est actuellement bien mal en point…
Fahd Yata