L’accès des citoyens aux équipements et services sociaux de base, qu’ambitionne, entre autres, de réaliser l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH), est parfaitement matérialisé par le Projet Inmae de Lydec. Cette société, qui a fait sienne, ce vaste chantier de règne, est quelque peu précurseur du concept. Déjà, avec ses programmes “Électrification des bidonvilles” et “Opération Branchements Bleus” (OBB), entamés respectivement depuis mai 1998 et novembre 1999, la Lydec n’a pas attendu le déclenchement de l’INDH en 2005, pour soutenir les populations défavorisées. Sur six ans, ce sont 30.000 raccordements à l’électricité de bidonvilles et 12.000 branchements bleus aux populations défavorisées qui ont été réalisés. Par Inmae, un programme d’envergure entamé (Voir ci-dessous l’Opération R’Mel à Dar Bouazza) pour hisser un peu plus haut la qualité de vie des populations, la Lydec met le pied à l’étrier et s’engage encore plus dans l’INDH.
Selon M. Othmane Bekkari, Directeur Projet INDH/ Inmae et les membres de son staff, il s’agit de raccorder aux trois services (eau, électricité et assainissement), en domiciliaire quelque 125.000 foyers, à l’horizon 2009- 2010. A terme, le projet devra monter à environ 500 opérations et nécessiter un budget de près de 2 milliards de Dh (Voir Financement en encadré). A l’heure actuelle, en plus du préfinancement de la part des bénéficiaires de 936 millions de Dh, dont les négociations sont en cours pour l’octroi de prêts directs aux bénéficiaires par une banque locale et recouvrement par Lydec avec l’appui d’un fonds de garantie, pour un remboursement de l’accès à l’eau et à l’assainissement de 130Dh/ mois, des dons, de plus de 700 millions de Dh, sont à mobiliser. Il se trouve qu’un don de 28 millions de Dh, soit 3 millions de $, a été accordé même s’il n’est pas encore débloqué, et que la plus grande part (672 millions de Dh) de cette seconde partie fait l’objet de contact en cours avec des bailleurs de fonds nationaux et internationaux.
Ambitieux à plus d’un titre, il devra s’effectuer dans un cadre multi- partenarial avec d’un côté, le Ministère de l’Intérieur (qui coiffe le Gouverneur INDH, la Wilaya et les autorités locales), l’Autorité Déléguante (nationale, locale), les Elus de proximité, les Opérateurs (ONE, ONEP, HAO, Idmaj Sakan) et la Société civile (bénéficiaires, ONG, Syndicats…), et de l’autre, les bailleurs de fonds internationaux (BAD, BEI, Banque Mondiale, UE, PNUD-Habitat, Banque Islamique de Développement, Coopération Décentralisée), les ONG internationales (Care, pS-Eau, Aquassistance), la Diaspora marocaine, les Fondations internationales (Fondation Bill Gates, Suez…), les Fondations et les ONG nationales (Almae, Itkan, Bayti, ..), les Fournisseurs, prestataires, entreprises de travaux, l’Etat Marocain, les Universités, les Partis politiques, les Média et les Organismes financiers (Zakoura, Attijariwafa bank…).
Un suivi de bout en bout
Afin de relever ce pari, la Lydec consacre au Projet Inmae une équipe dédiée d’une soixantaine de membres aujourd’hui, mais qui arrivera très rapidement à 150 personnes. C’est une véritable fourmilière, qui compte différents Départements et Services, allant des Études et Travaux à la Sécurité-Prévention, en passant par la Recherche de Financements, la Planification et Gestion qui manage les Services “Maîtrise d’Ouvrage Sociale”, “Clientèle”, “Soutien au développement”, le Reporting, les Moyens Internes, la Conception, Innovation et Industrialisation. Cette équipe a instauré des instances de validation de projets, qui font intervenir plusieurs départements de la Lydec, une fois qu’ils sont planifiés en toute transparence auprès des Comités INDH. La validation de l’opération se fait sur trois étapes entre le lancement des études, la mobilisation des partenaires, la signature de la convention, et la conformité à l’appel d’offres. Suivant un schéma que la Lydec pourrait aisément faire breveter, l’opération qui part de la "Faisabilité" à l’aval, c’est-à-dire à la "Clientèle", en passant par une étape "Études et Suivi des Travaux", est adossée à la Maîtrise d’Ouvrage Sociale (MOS) au four et au moulin. En effet, il revient à ce Service d’établir tout en amont un diagnostic social, de déterminer, sinon d’amener le consentement au paiement ou à la participation, la mobilisation des populations en cours de travaux, et l’engagement à s’abonner (au comptant, ou à raison de 130 Dh/ mois sur 84 mensualités) et à l’application des bonnes pratiques, in fine, notent les responsables. Mme Ingrid Pechell, Responsable de la MOS a mis l’accent sur les quatre phases qui jalonnent leur démarche (diagnostic, mobilisation, accompagnement social, et suivi et évaluation).
L’insertion économique, en filigrane
A juin 2006, une dizaine d’opérations, représentant environ 20.000 foyers, sont en cours de diagnostic MOS, tandis que 40 autres, couvrant 50.000 ménages, sont en cours d’études technique et financière.Parmi celles-ci de petites opérations Quick win sont lancées.
C’est à R’Mel, dans la commune de Dar Bouazza que des travaux de raccordement aux réseaux d’eau et à un assainissement conventionnel (fosse collective, chasse automatique, puits perdu, et traitement des effluents sur une zone plantée de roseaux), en cours, sont en phase d’achèvement pour la fin du mois. Les populations, que nous avons rencontrées sur place, dissimulaient mal leur joie d’être raccordées aux réseaux d’adduction d’eau potable et d’assainissement. Par rapport aux fosses perdues, qui n’étaient sceptiques que de nom, et aux corvées d’eau endurées, de 1982 (date d’implantation du quartier) à aujourd’hui, par les femmes et les fillettes à la scolarité compromise, aux nuisances et incommodités de toutes sortes… ,il n’y a pas photo ! De Hajj Zemmouri, le premier occupant du quartier, aux ménagères, des épiciers aux simples citoyens croisés au cours de notre visite, les propos n’ont pas varié et ont tourné autour de: "nous sommes extrêmement satisfaits et exprimons notre reconnaissance aux commanditaires d’une telle action"!. Cette opération de branchement est très importante pour eux, avec leur temps libre, plusieurs activités génératrices de revenus sont en train de poindre. Les avantages, qu’elles leur procurera, se passent de tout commentaire.
D. MB.
Financement du Programme (2 milliards de Dh)
- Gestion déléguée 51%
les participations à répartir à raison de :
Collectivités locales 5% + exonérations de participations
Opérateur 7% + exonération peines et soins
Bénéficiaires 39%
- Fonds de Solidarité Habitat du Ministère de l’Habitat 9%
- ONEP (financement et réalisation de réseaux eau hors site) 9%
- Subventions locales et internationales (à mobiliser) 31%
(Source: Lydec)