La Nouvelle Tribune : Quelle analyse faites-vous de ce premier Forum de l’olive ?
M. Tarek Sijilmassi : Sans jeu de mots, cette rencontre est une réussite qui va au-delà de ce que nous attendions car notre objectif, avant d’organiser ce Forum, était de continuer à maintenir vivant l’intérêt pour l’olive et du secteur oléicole, d’une façon générale, d’autant plus que le Crédit Agricole du Maroc, notre institution, en fait son cheval de bataille. Parce que, tout d’abord et contrairement à ce que certaines personnes avancent, le Maroc est un pays agricole, un pays d’agriculture. En outre, les populations marocaines ont besoin d’agriculture pour vivre correctement, subvenir à leurs besoins et faire face aux perspectives d’avenir sur place. C’est-à-dire leur territoire d’origine au lieu que cela ne devienne un exode rural massif parce que leur exploitation ne leur procure plus rien. Mais pour autant, il faudrait que cela soit la bonne agriculture, le bon produit adapté au terroir où l’on habite, aux conditions climatiques et physiologiques du sol. Je ne dis pas, dans ce contexte, que l’olive est la seule solution adaptée à ce genre de situation. Mais, partant de ce constat, nous voulons que le Maroc soit un pays prépondérant au niveau mondial dans la production de l’olive et cela en doublant ou triplant les superficies actuelles d’oliviers plantés pour ainsi quintupler la production.
Quels sont, dans ce contexte, les enjeux de ce forum, s’agit-il pour vous de mieux positionner la culture oléicole marocaine au sein de la Méditerranée ?
Pour nous, ce forum se veut d’abord un accélérateur de l’investissement car nous constatons que l’intérêt pour l’olive est croissant. Pour faire face à cette nouvelle donne, nous avons voulu faire de la banque autrement et qui est celui d’aligner une cinquantaine d’acteurs dans l’objectif de conseiller les clients, et, le cas échéant, récupérer leur dossier en vue d’entamer le processus d’octroi de crédit à partir de ce Forum. Par cette approche, nous voulons que la réponse aux demandes des professionnels du secteur soit rapide. D’où d’ailleurs l’organisation d’ateliers didactiques permettant d’apporter les réponses aux questionnements qui se posent dans le secteur. Car nous avons sur place amené des fournisseurs, des conseillers pour que le projet présenté soit traité de façon claire et satisfaisante.
Quelle est la part des oléiculteurs dans les créances que les agriculteurs doivent au Crédit Agricole du Maroc ?
Pour nous le plus important est l’avenir, c’est-à-dire la création de nouvelles richesses. Et je dis officiellement que tout agriculteur qui a un crédit avec notre institution parce que sa terre est en difficulté, qu’il s’agisse de la céréaliculture ou de la céréaliculture non adaptée, et qui se trouve dans un endettement non honoré, que nous sommes prêts à faire avec le concerné une politique de restructuration non pas seulement de sa dette mais aussi de son exploitation. Car nous estimons qu’essayer de recouvrir une dette d’un agriculteur en grande difficulté ne pourrait servir à rien. Par contre, si nous l’accompagnons, l’orientons et essayons de convertir son exploitation pour qu’à la fin nous ayons un projet win-win avec une exploitation rentable, nous aurions alors atteint notre but. Nous disons donc à tous ceux qui veulent faire de l’olive qu’ il s’agit d’un terme générique allant de l’agriculture à l’industrie, d’assister à de tel forum et se manifester pour que nous puissions les accompagner. Sur ce plan, nous avons une ferme volonté. Autrement dit, nous préférons avoir affaire à des agriculteurs qui veulent se reconvertir pour une agriculture viable économiquement et financièrement, que des exploitants qui ne tiennent pas compte de la réalité de leur sol et de leur culture. Pour nous, c’est une démarche pragmatique pour booster notre agriculture, dont l’oléiculture.
Pour une telle réussite, il faudrait impliquer le consommateur. Qu’en est-il de votre politique à ce sujet ?
Pour ce qui est de la sensibilisation du consommateur, le forum est très éloquent à ce niveau. Nous avons également, dans le même sens, pris des participations actives au Salon Oléa de Marrakech et ce serait de même pour d’autres manifestations. En effet, nous sommes non seulement un soutien pour les agriculteurs mais aussi pour toutes les associations professionnelles marocaines de promotion de culture d’olive. Partant, nous agissons à deux niveaux : soutenir directement l’agriculteur ainsi que les associations professionnelles qui sont chargées de la promotion de cette activité. Pour ce qui est des prix, il faut dire qu’il y a trois grandes composantes qui existent dans ce secteur. D’abord, la mise à niveau de l’existant, la création du verger industriel et la conversion du petit agriculteur. Sur ce plan, je peux confirmer qu’avec le ministère de l’Agriculture et les pouvoirs publics, nous travaillons sur un certain nombre d’idées en vue de rendre accessible aux niveaux coût, subvention et taux d’intérêt, le programme de reconversion de ces agriculteurs démunis et qui sont dans l’incapacité de faire leur reconversion par leurs propres moyens.
Y aura-t-il un après forum ?
Ce forum est le premier en tant que tel et qui sera réédité, en plus grand, dès la rentrée en septembre. Car nous avons eu la visite de plus d’un millier de personnes, faisant de cette manifestation une très grande réussite. C’est pour cela que les prochaines rencontres seront dimensionnées à la hauteur de l’engouement populaire. Ainsi nous allons organiser des forums dans toutes les zones qui sont concernées par l’olivier car le forum est une rencontre d’information, d’orientation et de traitement de dossier puisque tous nos Départements sont sur place pour examiner ensemble avec le client ayant un dossier ou le porteur de projet. Autrement dit, nous visons, à travers le Forum, à mettre à la disposition des agriculteurs et des personnes désirant investir dans le secteur, des conseillers qui étudieront les projets proposés, conseilleront et présenteront des formules de financement personnalisées.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé
Un fonds pour relancer l’oléiculture
Le premier Forum consacré à l’olive a permis d’enclencher une nouvelle dynamique pour booster le secteur de l’olive et ses dérivés. C’est dans cette perspective que le Crédit agricole du Maroc (CAM) vient de lancer un fonds d’investissement de 50 millions d’euros, dédié aux grands projets de production industrielle d’huile d’olive. Il s’agit d’un projet initié en partenariat avec «Assett management» (Société Générale - France). Dénommé «Olea Capital», ce qui financera des projets industriels intégrés dont la taille dépasse 400 hectares. Doté de structures de gestion des projets, ce fonds vient renforcer le dispositif de financement classique du CAM. Pour mieux comprendre la portée de cet engagement, il faut souligner que le CAM finance jusqu’à 80 % du coût des projets oléicoles, avec un préfinancement du soutien de l’État dans le cadre du Fonds de développement agricole (FDA). Cela va de l’amont agricole jusqu’à la commercialisation de la production. Un projet novateur quand on sait que la superficie oléicole nationale au titre de la campagne 2005-2006 devrait atteindre 600.000 ha contre 590.000 ha lors de la campagne précédente. Pour le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Pêches maritimes, cette extension est le résultat des programmes de plantation conduits en partenariat avec l’Agence de développement du Nord (3.000 ha), des réalisations bénéficiant de la prime à l’investissement (2.000 ha) dans les zones marginales et déshéritées (2.000 ha) et dans le cadre des programmes de mise en valeur du bour (1.000 ha), ainsi que des plantations réalisées par les agriculteurs sans recourir au soutien de l’État (près de 2.000 ha). En outre, la production prévisionnelle au titre de l’actuelle campagne devrait atteindre 700.000 tonnes d’olives, soit une hausse de 40 % par rapport à la campagne 2004-2005. Elle donnerait lieu à 90.000 tonnes d’olives de table industrielles (+12 %) et 70.000 tonnes d’huile (+40 %). Quelque 75 p% de la production nationale d’olives sont destinés à la trituration et le reste à la conserve. Enfin, rappelons que la transformation des olives se fait par 302 unités industrielles modernes d’une capacité globale de 600.000 tonnes, dont 470.000 T pour la trituration et 130.000 T pour la conserve, auxquelles s’ajoutent 16.000 maasras d’une capacité d’extraction estimée à 170.000 T.