Airbus marqué par de nouveaux retards de livraison de l’A380
Airbus a annoncé des nouveaux retards de livraison d’au moins six mois pour son nouveau super jumbo, l’A380 ; et s’attend à ce qu’ils engendrent en début 2007, un trou de deux milliards d’euros à la maison mère EADS.
Le constructeur européen a indiqué qu’il livrerait le premier avion à Singapore Airlines en 2006, mais ralentirait les livraisons à partir de l’année prochaine en raison de problèmes liés à l’installation de harnais de câblages électriques.
“Nous avons eu un retard industriel qui ajournera le programme de six à sept mois” a affirmé John Leahy, directeur commercial à Airbus, selon Reuters.
EADS a mentionné que ces retards impliquaient des bénéfices en déficit de 500 millions d’euros par an, avant intérêt et imposition, entre 2007 et 2010. La société reconnaît également qu’elle devra payer des pénalités aux compagnies aériennes ayant commandé le plus grand avion au monde.
Elle a néanmoins affirmé que les bénéfices de cette année ne seraient pas affectés.
Airbus avait déjà contrarié les compagnies aériennes, en début du cycle de production de l’A380, en annonçant un retard de 6 mois dans les livraisons et ce, après avoir maintenu pendant des mois que le programme se déroulait dans les temps.
De plus, ces annonces soudaines de retard ont perturbé leurs programmes pour déployer le super jumbo sur leurs lignes. Dans certains cas, ces retards pourraient même forcer les compagnies aériennes à louer d’autres appareils en attendant que l’A380 soit prêt.
Certaines compagnies aériennes ont demandé des compensations à Airbus pour ces retards.
Les premiers retards ont été attribués aux câblages électriques ainsi qu’à une montée subite de demande pour des intérieurs adaptés aux besoins des clients. Les harnais électriques qui parcourent les systèmes de l’A380, incluant ceux utilisés dans les systèmes de divertissement à bord, permettent aux passagers de choisir parmi une centaine de films et de chansons.
Jusqu'à présent, seize compagnies aériennes ont commandé 159 modèles A380, d’une valeur de 300 millions de dollars environ. Néanmoins, certains analystes pensent qu’Airbus a vendu des avions a ses clients à un prix inférieur.
“Il y a eu des goulots d'étranglement sur l'installation des harnais de câblage, mais les vols d’essai se déroulent sans problèmes” a indiqué M. Leahy.
Les retards sont courants dans les grands projets d’avions de ligne, spécialement dans le cas de l’A380, le plus important projet européen depuis le Concorde en 1960. Néanmoins, les problèmes de production arrivent à une période particulièrement difficile pour Airbus, qui se trouve en pleine révision de sa stratégie d’appareils à large fuselage, comprenant l’A340 (en perte de vente) et l’A350, son nouveau modèle.
Airbus fait face à sa plus difficile crise depuis des années, alors que les modèles à double moteurs et à long rayon d’action de Boeing – l’actuel 777 et le 787 prévu pour 2008 – ont réduit les commandes pour le moins rentable A340, appareil à quatre moteurs, tout en anéantissant les premières ventes de l’A380.
Basé a Toulouse, le constructeur a promis, après plusieurs faux départs, de révéler à la mi-juillet un nouveau modèle qui concurrencera le 777 et le 787. Pour sa part, Boeing reste convaincu qu’Airbus ne peut y arriver avec un seul modèle, révélant que le constructeur américain pourrait conserver une part lucrative du marché.
Airbus s’est tout de même accroché à sa position de leader mondial dans la construction d’avions de ligne en 2005 ; mais des décisions, considérées comme cruciales, sont attendues dans les semaines à venir.
En attendant, les retards de l’A380 augmentent la perspective de déficit sur ses ambitieux projets et immobiliseront le fonds de roulement jusqu’à la livraison des avions manquants. Les constructeurs aéronautiques sont payés à la livraison
EADS a également laissé entendre la possibilité d’annulations potentielles.
“Les éventuelles annulations de contrats d’après le nouveau calendrier n’ont pas été prises en compte dans cette estimation” a indiqué EADS dans un rapport décrivant l’impact comptable du nouveau retard.
Emirates, le plus important client d’Airbus avec 43 des avions géants commandés, a communiqué à Reuters qu’il faisait partie de ceux qui avaient annoncé le retard de livraison, et qu’il considérait sa position dans les négociations avec Airbus dans les semaines à venir.
M. Leahy a déclaré qu’Airbus était encore sur la voie de faire certifier et de livrer son premier appareil à Singapore Airlines avant la fin 2006, mais seuls neuf avions sur les 20 à 25 prévus initialement, seront livrés en 2007.
Airbus a annoncé qu’il y aurait des déficits de 5 à 9 avions en 2008 et à peu près 5 en 2009. Le constructeur a refusé de préciser les compagnies aériennes éventuellement concernées.
EADS est propriétaire d’Airbus à 80 %. La société-mère Franco Hispano-Allemande est uniquement responsable des performances comptables et de trésorerie. Les 20 % restants sont détenus par le britannique BAE Systems, qui a seulement exercé une option pour revendre sa part à EADS.
PARIS/LONDRES, 13 juin 2006 (Reuters)-
L'action EADS s'écroule après le nouveau report de l'A 380
Sévère déconvenue pour l'image d'Airbus et pour les comptes de sa maison mère EADS. Les investisseurs ont très mal réagi, mercredi 14 juin, à l'annonce par l'avionneur européen d'un nouveau retard de six à sept mois des livraison de l'A 380 et d'un rééchelonnement du calendrier. A l'ouverture de la séance, le titre EADS dévissait de 18,14 %, à 20,81 euros, les analystes affichant leur inquiétude face à ce nouveau délai qui amputera de manière importante les résultats dès 2007.
Le programme de livraison, qui avait déjà été retardé de six mois par le passé, vient encore d'être sérieusement décalé. L'avionneur, qui avait prévu de livrer de 20 à 25 exemplaires de l'A 380 en 2007, ramène ses objectifs à 9 appareils. Par rapport au planning initial, une réduction du nombre de livraisons pouvant aller de cinq à neuf appareils en 2008 et d'environ cinq en 2009 est à prévoir, précise l'avionneur, qui comptait livrer 35 appareils en 2008 puis 45 en 2009.
Si ces retards de livraison de l'Airbus A 380 ne devraient pas avoir d'impact sur le bénéfice d'exploitation (Ebit) d'EADS en 2006, prévu entre 3,2 et 3,4 milliards d'euros, ils devraient diminuer celui-ci "d'environ 500 millions d'euros par an, par rapport au plan initial", précise EADS.
"Ces nouveaux retards sont uniquement dictés par des raisons industrielles", a précisé Airbus, confronté à des "engorgements" dans la production liés aux systèmes électriques de l'appareil.
Le constructeur européen a réaffirmé qu'il prévoit de livrer le premier A 380 à la fin de l'année à la compagnie Singapore Airlines. Cette compagnie qui a commandé 10 appareils fermes devait initialement en recevoir sept d'ici à avril 2007. Singapore Airlines a donc engagé des pourparlers pour d'éventuelles indemnisations. "Nous sommes déçus par l'annonce de délais supplémentaires mais nous travaillerons en lien avec Airbus pour minimiser les délais et leurs conséquences", a indiqué un communiqué du groupe. Emirates, le plus important client de l'A 380 avec 43 exemplaires achetés, a confirmé qu'il ne recevrait les appareils qu'à partir de janvier 2008, soit avec un retard de six mois. Des négociations sont en cours avec les clients pour les indemnités.
Ces déboires autour de l'A 380 arrivent au moment où Airbus est confronté à une concurrence très vive avec Boeing. Depuis un an, le constructeur américain a repris l'initiative. Il est en tête en matière de prises de commandes, porté par le succès de son 777 et surtout de son futur long courrier de 250 à 300 places, le 787 Dreamliner.
Focalisé sur le développement de son gros porteur, Airbus a réagi avec retard en proposant l'A 350. Pour des raisons de coûts, ce projet était au départ un dérivé de l'A 330 existant. Il a rencontré de fortes critiques de la part des clients potentiels, ce qui l'amène à revoir sa copie et ses ambitions. Un nouvel appareil qui pourrait s'appeler A 370 est en cours de finalisation. Plus cher, le double de l'A 350, et nécessitant plus de recherche, il met le doigt sur les faiblesses d'Airbus : le manque d'ingénieurs et de capacités industrielles pour répondre au carnet de commandes.
Cela oblige les dirigeants à revoir toute la conception du système de fabrication de leurs avions, entraînant plus de sous-traitance. EADS et Airbus sont en train de travailler sur ce dossier. De leur capacité de répondre rapidement aux défis tant financier qu'industriel dépendra l'évolution du groupe.
Dominique Gallois
(Article paru dans l'édition du Monde du 15.06.06)