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Génocide arménien, le couac français et ses conséquences

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Au bout du compte, et en langage usuel, c'est ce qui s'appelle avoir tout faux!
À l'image, comme le disait le journal Le Monde d'un débat "inopportun" sur une proposition de loi socialiste, pourtant très opportuniste, adoptée en première lecture par 106 députés de l'Assemblée Nationale française dont une frange de la majorité UMP...
Si ce texte est promulgué un jour, il complètera la loi du 29 janvier 2001 sur la reconnaissance du génocide arménien de 1915 en punissant sa négation d'une peine de 5 ans de prison et de 45 000 euros d'amende, comme c'est déjà le cas pour ceux qui nient la Shoah.  Or, c'est bien ce qui gêne, car la loi Gayssot de 1992 visant le révisionnisme antisémite aurait dû rester exceptionnelle comme l'est le jugement historique du Tribunal International de Nuremberg dont elle découle. Des historiens, pourtant convaincus qu'il faut combattre un négationnisme insupportable, demeurent circonspects sur ce type d'arsenal répressif. Mais l'Etat français, responsable de la déportation de milliers de juifs et qui, grâce à Jacques Chirac, est allé jusqu'au bout de son devoir de mémoire, pouvait-il faire autrement ? Certainement pas, même si, quatorze ans après, l'efficacité de la loi Gayssot reste à démontrer.
La problématique est beaucoup plus simple pour le texte destiné à réprimer la négation du génocide arménien : il n'a aucune légitimité. Ni juridique, ni internationale. L'authentique tragédie d'un peuple, sa digne et forte communauté, parfaitement intégrée dans la Nation française après y avoir trouvé refuge, méritent mieux qu'un débat pollué par des arrières pensées électoralistes.
C'est un cas de récidive; il y a quelques mois pour sortir par le haut de la polémique sur les "aspects positifs" de la colonisation décrétés par des députés français, le président Chirac proclamait "ce n'est pas à la Loi d'écrire l'Histoire." Encore moins, pourrait-on ajouter, si c'est le Parlement d'un pays qui réécrit l'histoire d'un autre pays et en impose la lecture sous peine de poursuites judiciaires !
Or, c'est ce qui vient d'être fait et l’amendement de l'UMP Patrick Devedjian, prévoyant d'exclure du champ répressif les recherches des historiens, ne saurait faire illusion. L'ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang, qui n'a pas suivi ses camarades dans cette dangereuse dérive et d'autres élus ne s'y sont d'ailleurs pas trompés, mais cette position est demeurée minoritaire. Les opposants, de droite comme de gauche , à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne ont vu un exutoire dans cette initiative douteuse. Peu importe pour eux que l'Union Européenne n'ait jamais posé comme préalable, à l'adhésion de ce pays, une reconnaissance du génocide arménien et même que cette loi ne soit jamais promulguée. Ils sont rentrés la conscience tranquille dans leur circonscription recueillir les fruits de leur coup d'éclat. En attendant les dégâts ne sont pas négligeables.

Contre-productif
Au-delà du débat franco-français, cette initiative est déjà contre-productive en Turquie. Elle ne laisse pas le choix aux autorités d'Ankara, les met sous la pression des milieux les plus nationalistes et les pousse à s'arc-bouter sur une ligne nihiliste…
 Elle embarrasse considérablement les universitaires, les journalistes, les écrivains et tous ceux, qui dans cette société encore rigide, ont entrepris, non sans risque, de briser les tabous de l'histoire officielle. Orhan Pamuk, grand écrivain turc poursuivi en 2005, mais aujourd'hui Prix Nobel de Littérature et officiellement honoré par son pays, n'a pas dit autre chose. Le travail de mémoire qui est en cours se poursuivra, certes, inexorablement. Mais, comment imaginer qu'il puisse se faire sous le diktat de l'étranger et d'une loi qui commence par réprimer la liberté d'expression ?
Dans ce contexte, la réaction du Premier ministre turc, l'islamiste modéré M. Recep Tayyp Edorgan, qui évoque une "éclipse de la raison" n'est même pas excessive.
L’autre conséquence, plus terre-à-terre, de ce couac, risque d'être économique, et la balance commerciale française ,(la France est le 5e fournisseur de la Turquie), va sans doute en pâtir. Documentation à l'appui, le ministère des Finances avait mis en garde les députés, mais ce fut peine perdue. Les mesures de rétorsion envisagées par Ankara pourraient concerner d'importants projets industriels portant sur environ 10 milliards d'euros . Le groupe Eurocopter, qui est sur un marché de 2 milliards d'euros, pourrait être la première victime, mais aussi Areva pour la construction de trois centrales nucléaires, 4 milliards d’euros, ou encore Airbus pour la vente de trente avions, mais également d'autres entreprises, sans oublier un éventuel boycott généralisé des produits français.
L'organisation du patronat français est inquiète. Sa présidente, Laurence Parisot, ne cache pas qu'elle est bien décidée à faire capoter ce projet de loi. En présentant ses "regrets" à Ankara et en assurant qu'il fera tout pour que ce texte ne devienne pas une loi, c'est du moins la version turque, le président Chirac a peut-être amorti le choc en retour._Mais, il a donné l'image d'une curieuse démocratie où le Chef de l'Etat dénigre, auprès d'un pays étranger, le travail du pouvoir législatif.
Jusqu'au bout, ça fait désordre.

Alex PANZANI



 

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