La Nouvelle Tribune : La reprise du dialogue entre le Maroc et l’UE sur la reconduction de l’accord de pêche, avec ses conditions, alimente les débats chez les professionnels. Comment l’ONP se positionne-t-il par rapport à cette nouvelle donne?
M. Ghaib Majid Kaïssar : Il faut dire qu’à titre de comparaison, les pouvoirs publics ont négocié un accord de faible ampleur par rapport à l’accord de pêche précédent. Parallèlement, cet accord n’affecte pas les espèces menacées de surexploitation comme le poulpe ou la crevette. S’agissant plus précisément de l’ONP, nous sommes plus particulièrement concernés par les aspects liés à la valorisation et au débarquement. Cette contrainte est appréhendée comme une contrainte positive dans la mesure où l’Office est notamment appelé à accélérer la modernisation des moyens de manutention et de déchargement. Il va également mettre à l’épreuve notre capacité d’organisation à travers la gestion, en temps réel, des flux et d’en assurer la traçabilité selon les normes européennes en vigueur. D’un autre côté, on peut considérer, les débarquements communautaires dans nos ports comme des «cas d’école» et des exemples vivants susceptibles d’inspirer les opérateurs nationaux désireux d’innover et de moderniser leur outil de production. Sur un autre plan, cet accord de pêche constitue également une opportunité d’arrimage du secteur à un espace économique en plein essor, notamment à travers des appuis à la mise à niveau de la filière et des possibilités de partenariat entre opérateurs privés aux niveaux de la production, de la commercialisation et de la valorisation à terre.
Pour une pêche au poulpe durable et responsable, les pouvoirs publics ont mis en œuvre un plan d’aménagement de la pêcherie poulpière. Quel appui apporte l’ONP à cette démarche ?
Dans le cadre de la mise en application des mesures d’aménagement initiées par le Département des Pêches Maritimes, l’ONP a poursuivi son action d’organisation de la commercialisation des produits de la mer et de suivi de la pêcherie poulpière au niveau des Provinces du Sud. Au départ, la commercialisation du poulpe dans les provinces du Sud était notamment caractérisée par un grand nombre de barques en activité, une dispersion géographique des sites de pêche, une organisation commerciale informelle, l’insalubrité, le manque d’hygiène et une forte dépendance des marins à l’égard des intermédiaires dits gâcheteurs. Aujourd’hui, la commercialisation se fait à travers des infrastructures aménagées. Et hormis la valorisation de la ressource poulpière par le bais de sa commercialisation au niveau des structures de l’ONP, des plans d‘amènagement visent la rationalisation et la pérennisation de cette pêcherie et cela à travers la définition des Taux Admissibles de Capture, la répartition des quotas entre les différents segments de la pêche à savoir côtière, artisanale et hauturière, la régulation et la réduction de l’effort de pêche. Afin d’accompagner la réduction de l’effort de pêche et son adaptation aux possibilités de pêche dans le cadre du plan d’aménagement de la pêcherie poulpière visant notamment à réduire le nombre de barques de 7.000 à 2.500, un fonds de restructuration a été mis en place par l’ONP pour l’indemnisation des armateurs ayant opté pour le retrait définitif de la pêcherie poulpière ou la reconversion vers des pêcheries autres que le poulpe. C’est ainsi que l’ONP a avancé une enveloppe de 96 MDH sur ses fonds disponibles et collecté 16 MDH au titre de la contribution des professionnels. Les fonds ainsi mobilisés ont permis l’indemnisation d’un total de 3.091 dossiers, dont 2.715 relatifs à des demandes de retrait définitif de la pêcherie poulpière et 370 pour la reconversion vers d’autres pêcheries. Cette nouvelle organisation de la commercialisation, basée sur la systématisation du passage par la halle aux poissons et la vente aux enchères, a permis de réaliser plusieurs acquis dont la bancarisation des pêcheurs (plus de 3.000 comptes bancaires ouverts à Dakhla) , la garantie du paiement des pêcheurs, la production des documents de traçabilité, l’amélioration des conditions de commercialisation, la maximisation de la transparence des transactions et de la formation des prix par le jeu de l’offre et de la demande, un meilleur suivi de l’effort de pêche ainsi que l’amélioration des recettes des collectivités locales.
Globalement, cela a permis la reprise de l’activité poulpière à Dakhla. L’amélioration est sensible. Et si l’action de l’ONP en la matière est perfectible, il n’en demeure pas moins que l’Office ne ménage aucun effort pour améliorer ses prestations d’une campagne à l’autre.
Pour les réalisations existantes, la halle du port de Laayoune vient compléter un ensemble de projets que vous avez initiés depuis des années. Quelle est la particularité de cette infrastructure?
Cette halle sera la plus grande halle du Royaume de par sa taille, avec une superficie de 8.600 m2, dont 6.000 m2 de superficie d’étalage, contre 400 m2 actuellement. Cette infrastructure commerciale nécessitera un investissement global de 40 MDH.
De même, La halle de Laâyoune fait partie de la nouvelle génération de halles qui introduit de nouveaux modes d’organisation, basés sur la séparation des flux des produits et des personnes, le contrôle de la température et l’informatisation des transactions.
Où en êtes-vous avec la modernisation de la filière pêche, plus particulièrement au niveau de la distribution et de la commercialisation ?
Dans le cadre de sa stratégie de développement de la consommation nationale des produits de la pêche, l’ONP prévoit la construction, en partenariat avec les collectivités locales concernées, des deux premiers marchés de gros à Casablanca et à Tanger. Ces deux projets marqueront un tournant décisif dans la mise à niveau des circuits de distribution, répondant ainsi aux attentes du consommateur marocain.
Quels sont les principaux indicateurs de l’exercice 2004-2005 ?
Au niveau de la production nationale, les débarquements de la pêche côtière et artisanale s’est élevée en 2005 à 865 379 T pour une valeur de 3 404 MDH. En comparaison avec l’année 2004, ces débarquements ont connu une augmentation de 12% en valeur malgré la quasi stagnation des volumes. Par ailleurs, il est à signaler que l’année 2005 a vu, pour la première fois, l’entrée en activité d’une flottille de 9 navires de type RSW, c’est-à-dire équipés d’un système de réfrigération d’eau de mer, affrétés ou battant pavillon national, pour l’exploitation du stock de petits pélagiques, dit stock ‘’C’’. Le port de Dakhla, port d’activité de cette flottille, a ainsi enregistré, durant l’année 2005, un volume de près de 92 000 T pour une valeur de 114 MDH, soit près de 10% du potentiel de ce stock. Si ces débarquements étaient pris en considération, le volume global de la pêche côtière et artisanale serait alors de 957 379 T pour une valeur de 3 517 MDH, soit une progression qui se situerait à 11% en volume et à près de 16% en valeur.
Entretien réalisé
par Mamady Sidibé
Près de 240 MDH d’investissement en 2006
Le plan d’action pour l’année 2006 découle du plan d’orientation stratégique 2006-2010 mis en oeuvre par l’ONP et qui fixe les grandes orientations en fonction des objectifs ainsi que des priorités de la politique du Gouvernement en la matière. L’année 2006 constitue une année déterminante dans cette stratégie dans la mesure où elle devra connaître la réalisation de 31% du total des investissements programmés durant la période quinquennale 2006-2010, soit près de 240 MDH. Globalement, le plan d’action 2006 adopte une double approche: la mise à niveau et le renforcement des infrastructures de commercialisation ainsi que la mise en place d’actions structurantes pour le développement et la modernisation du secteur. Ainsi, par exemple, dans le cadre de la mise à niveau de la filière et de la démarche qualité, la maintenance et la mise à niveau des infrastructures de commercialisation existantes seront poursuivies et concerneront l’ensemble des halles au poisson, les Comptoirs d’agréage du poisson industriel, ou CAPI, les villages de pêche et les points de débarquement aménagés. Par ailleurs, durant cette même année 2006, l’ONP compte accélérer la réalisation de son programme de construction de nouvelles halles, dites de nouvelle génération, qui adoptent de nouveaux modes de fonctionnement et répondent aux normes internationales d’hygiène et de salubrité les plus sévères. Parmi les halles, dont le lancement a été programmé pour 2006, on compte celle de Laâyoune, qui sera la plus grande au Maroc et dont le Souverain s’est enquis de l’avancement des travaux dans le cadre de la visite Royale aux provinces du Sud, lors de l’inauguration de l’extension du port de Laâyoune. Les autres halles sont celles de Tarfaya, Agadir, Tanger, Safi, Dakhla et Mohammedia et dont la majorité sera achevée en 2007 hormis celles de Safi, Agadir et Dakhla qui seront opérationnelles en 2008. Parallèlement, d’autres projets structurants ont trait au lancement, en partenariat avec les collectivités locales concernées, d’une série de marchés de gros à commencer par Casablanca et Tanger. Au niveau du programme national de construction des villages de pêche, l’ONP poursuivra, en partenariat avec l’Agence du Sud et le ministère, la construction des infrastructures de commercialisation des villages de pêche dans les provinces du Sud. Et à travers l’appui aux artisans-pêcheurs, population la plus vulnérable du secteur, ces programmes s’inscrivent pleinement dans le cadre de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain.