A l’occasion de l’année du cancer de l’enfant, l’Union Internationale de Lutte Contre le Cancer (UICC), en collaboration avec Sanofi-Aventis, a permis, au service d’Hématologie et d’Oncologie de l’Hôpital 20 Août de Casablanca, de bénéficier d’une aide pour financer deux projets de lutte contre le cancer. Le premier projet concerne le diagnostic précoce et le second la prise en charge de la douleur chez l’enfant cancéreux. Une enveloppe budgétaire de l’ordre de 50 000 et 42 000 euros ont été alloués respectivement au premier et second projet, pour une durée de travail de 12 mois. Si le premier projet semble, relativement, aisément réalisable, puisqu’il va s’articuler autour de la sensibilisation, la communication et la formation. Le second projet lié à la douleur chez l’enfant cancéreux s’avère d’emblée difficile (voir encadré).
Etat des lieux
Si le cancer représente le pronostic le plus dramatique, il n’en demeure pas moins que les avancées scientifiques permettent aujourd’hui de le traiter comme toute autre maladie et d’arriver à des résultats probants. Grâce au progrès de la médication, le cancer n’est plus considéré comme une fatalité. Encore faut-il accéder aux soins...
Le Pr. Benchekroun, chef du service d’oncologie et oncologie pédiatrique à l’Hôpital 20 août, a rappelé lors d’un point de presse organisé vendredi 03 février à Casablanca, la situation de prise en charge et de l’évolution de la pathologie au Maroc. Selon lui, certes, la médication a révolutionné la prise charge des cancers, d’une manière globale, cependant, elle demeure l’apanage d’une catégorie socio-économique relativement à l’aise, où du moins ayant une couverture médicale.
Le Maroc dispose de deux centres d’Hématologie et d’Oncologie pour quelque 30 millions d’habitants. De ce fait, plus de 5 % des patients abandonnent le traitement avant le bilan d’extension, car ils viennent souvent de régions lointaines. “Il est indispensable d’améliorer les moyens de diagnostic et de disposer de médicaments suffisants pour une prise en charge adéquate de la maladie.”, rappelle le Pr. Benchekroun. D’autant plus qu’on arrive à des résultats impressionnants, notamment chez l’enfant où le taux de rémission est très important. Un enfant sur trois est guéri de certaines formes de cancer.
Manque de moyens
Il convient de rappeler que malgré la présence au niveau des CHU de Casablanca et Rabat d’équipes compétentes et motivées, l’offre de soins reste en deçà des attentes des patients. Plusieurs facteurs contribuent à cette insuffisance, à savoir l’insuffisance de l’encadrement médical, beaucoup de cas sont non diagnostiqués ou diagnostiqués tardivement, l’éloignement des centres de soins participe à l’abandon de traitement. Ainsi pour les enfants il y a uniquement 3 unités de soins au Maroc deux à Casablanca et 1 à Rabat, (En France pour une population pédiatrique similaire il y a plus de 30 centres). Pour les adultes, il y a un service spécialisé à Casablanca, l’assurance maladie non généralisée, manque d’encadrement psychologique pour les patients et leur familles… Au Maroc, les trois centres traitent quelque 700 à 800 enfants par an, au moment où 40% d’enfants atteints de la pathologie ne bénéficient pas de soins qui sont lourds et coûteux.
Ceci étant, les centres d’Hématologie et d’Oncologie dont dispose le Maroc, sont considérés comme une référence au niveau continental et bénéficient sur le plan international d’une reconnaissance certaine. En attestent les multiples aides internationales et collaboration avec des unités de soins outre-mer. “ Les soins que nous dispensons sont corrects et en constante amélioration grâce au soutien de la société civile ”, dixit Pr Harif, directeur de l’Hôpital 20 août, qui a tenu a préciser que le cancer demeure entouré de tabous au Maroc. “ Dans l’esprit des gens, un patient atteint de cancer est condamné à mourir. ”, De ce fait, on passe malheureusement à côté des chances pour aller vers une guérison.
Effort associatif
En effet, les associations participent activement à l’achat de médicaments, le recrutement du personnel de soutien, la rénovation des structures de soins. A Rabat, l’Association l’Avenir a construit une maison d’accueil pour les parents d’enfants atteints de cancer qui suivent un traitement et résident loin. L’association Agir, qui soutient pour sa part les enfants cancéreux traités à l’Hôpital 20 août, vient de lancer un projet en vue de construire une maison de parents. L’objectif étant de réduire le taux d’abandon d’une part et de pouvoir optimiser le taux d’occupation au sein des structures de traitement. Le service compte 13 lits pour l’unité de prise en charge enfants et 24 lits pour celle des adultes. “ Il arrive que des enfants restent à l’hôpital, pour éviter les va-et-vient (souvent de plusieurs centaines de km) entre leur domicile et l’hôpital. Alors qu’un ou plusieurs autres enfants ont besoin de ce lit ”. D’où la nécessité d’une maison des parents. “ Un projet à la traîne depuis près de vingt ans ”, rappelle le Pr. Benchekroun. Rappelons à cet effet que le consulat des USA voulait aménager des locaux au sein de l’hôpital, mais l’ancienne direction avait refusé, tout comme McDonald’s international voulait financer 75% des frais de construction d’une maison de parents mais McDonald’s Maroc a refusé de financer les 25% restants. Aujourd’hui, le projet est lancé grâce aux fonds récoltés par Agir, qui vient d’acquérir le terrain. Les constructions vont bientôt démarrer. Dans cette optique, il convient de rappeler que les besoins de l’unité d’Hématologie et d’oncologie sont tellement importants que malgré l’importance des aides internationales, le déficit est loin d’être comblé, en particulier en termes de médicaments et de capacité d’accueil. A ce titre, il faut savoir que l’unité d’oncologie pédiatrique de l’Hôpital 20 août Casablanca nécessite près de 5 millions de dirhams pour la médication de tous les enfants, alors qu’un seul enfant traité envoyé à l’étranger a besoin de quelque 10 millions de dirhams. “ Il est actuellement possible de guérir environ 80% des enfants atteints de Leucémie aiguë lymphoblastique, dans les pays occidentaux alors que les équipes de l’Hôpital 20 août, malgré leur compétence et toute la bonne volonté du monde, ne dépassent pas 30%, contrairement aux autres types de cancers où l’on arrive pratiquement aux mêmes résultats qu’en occident. Cela est notamment imputé aux manques de médicaments. Les initiatives de parrainage ont démontré que ces équipes pouvaient atteindre les mêmes résultats réalisés par leurs confrères outre-mer. Il est à rappeler que le coût du traitement est d’environ 50 000/enfants. (ce type de cancer nécessite une prise en charge de 3 ans). C’est dire que pour un tel montant un enfant peut guérir du LAL, faute de quoi, il est condamné. Alors que pour un seul dîner mondain, il arrive qu’on dépasse de loin ce montant.
En tout cas, une chose est sure les avancées de la médication donnent aujourd’hui de plus en plus l’espoir, à défaut d’une guérison définitive, d’une rémission prolongée. Donc il est injuste que cette avancée profite à certains et pas à d’autres. Aussi, les efforts doivent être multipliés pour permettre à tous les enfants cancéreux d’accéder aux soins. C’est le défi que s’est lancé l’équipe du service d’oncologie pédiatrique de l’Hôpital 20 août.
Enfin, il va sans dire que les besoins sont énormes et que toutes les aides, qu’elles émanent de particuliers, d’entreprises privées ou publiques, permettraient de combler, autant que possible, les déficits laissés par l’État.
Leïla Ouazry
Le département de la Santé doit introduire la morphine pour enfants
Selon le Docteur (anesthésiste), qui est en charge du projet de la lutte contre la douleur chez l’enfant cancéreux, dans l’esprit des gens, il est normal qu’un enfant atteint d’une pathologie souffre. “ Or ceci est inadmissible. Il est de notre devoir d’atténuer sa douleur ”, avance le Dr. Nejmi, qui précise que 60 % d’enfants atteints de cancer, souffrent de douleur sévère. Cette dernière n’est pas uniquement liée à la pathologie elle-même, souligne le spécialiste. Elle est liée aussi au traitement (chimio, chirurgie…), ainsi qu’aux gestes invasifs (prélèvements, piqûres…). D’une durée d’une année, ce projet va s’articuler autour de la formation, l’information, l’établissement d’un protocole de traitement, l’élaboration d’un suivi, ainsi que la mise en disponibilité du traitement. Toutefois, il est à signaler que ce programme risque d’être amputé par un manque de disponibilité de médicaments. A ce titre, on ne dispose pas de morphine pour enfants au Maroc ainsi que de méopa (une sorte de gaz qui a un effet pratiquement euphorisant, il est utilisé en Europe pour atténuer la douleur chez l’enfant). Pour mener à bien cette mission, les spécialistes ont besoin de ce type de médicament, l’administration marocaine devrait autoriser l’accès à ce genre de médicaments.
Il faut batailler pour que les enfants cancéreux ne soient pas livrés à leur douleur, ils ont droit, comme les autres mômes du monde, à des soins tout en préservant leur qualité de vie et leurs conditions d’enfants.