Les professionnels de l’industrie pharmaceutique se réjouissent du nouveau Code du médicament et de la pharmacie, au moment où ceux d’officine affichent leur déception. Ce projet du Code qui avait suscité la colère dans la profession au moment de son élaboration a été adopté après plusieurs mois d’attente. La Chambre des représentants a, en effet, voté à l’unanimité, lundi 17 janvier, le projet de loi n 17.04 portant code du médicament et de la pharmacie. Si ce nouveau code a apporté plein de petites modifications par rapport à l’ancien, il n’a manifestement pas répondu aux attentes des pharmaciens. Les principaux amendements revendiqués par les pharmaciens n’ont pas trouvé écho auprès du Gouvernement, malgré le soutien des parlementaires et des politiciens. “ Nous sommes déçus par ce nouveau code qui ne répond nullement aux exigences de la profession dans le contexte marocain. Nous estimons que le présent code passe outre les intérêts des officinaux”, déclare M. Belhaj, président de la Fédération nationale des Syndicats des Pharmacies du Maroc. C’est le ministère de tutelle qui est pointé du doigt. Selon les professionnels, M. Biadillah n’a pas appuyé les revendications de la profession. Les principaux points qui posaient problème dans l’ancien code et qui n’ont pas été revus malgré les revendications d’amendements émanant des pharmaciens. Il s’agit du chaînage, le présent projet prévoit un chaînage de 300 mètres à vol d’oiseau entre l’ancienne pharmacie et la nouvelle pharmacie alors que les pharmaciens avaient proposé le principe du “ numerus clausus ”. C’est-à-dire que l’autorisation d’implantation d’une officine doit se faire en fonction de l’importance de chaque agglomération, comme c’est le cas dans de nombreux pays (Tunisie, France, Canada…). La fédération propose, une moyenne de 5000 habitants/pharmacie. En effet, le nombre des pharmacies s’est accru durant ces dernières années, “ passant de 5000 à 8000 depuis le lancement du projet de loi sur le Code de la pharmacie alors que le chiffre d’affaire n’a pas bougé depuis 1998. ”, précise M. Belhaj Soulami
Aujourd’hui, le Maroc compte quelque 7480 pharmacies, un nombre estimé trop important par rapport à la demande, selon les pharmaciens, mais surtout mal réparti selon les régions. Parfois, on trouve plus de dix pharmacies, dans une petite agglomération ne dépassant guère 20 000 habitants. “ Si actuellement le nombre des fermetures est de l’ordre de 30%, il sera de 50% dès que ce code entrera en vigueur. Malgré les apparences, de nombreuses pharmacies sont en difficulté, et cela va s’empirer avec ce code. ”, déclare H.B., pharmacien qui estime que le nouveau code signe l’arrêt de mort de la profession.
Autre point qui dérange les officinaux c’est les pharmacies des cliniques privées. “ Nous ne sommes pas pour le principe d’avoir des pharmacies dans les cliniques et pour la création des postes d’emplois, à condition que les médicaments portent l’étiquette “ réservé aux cliniques ” ou soit livrés dans des emballages spéciaux pour éviter toute équivoque. Ce que le présent Code n’a malheureusement pas pris en considération.” déclare M. Belhaj Soulami
L’autorisation d’exercer, délivrée, en fonction de l’ancien Code, par le Secrétariat général du gouvernement, serait, en vigueur du présent code, délivrée par autorités provinciales ou préfectorales. En effet, le nouveau Code dissociés entre deux autorisations, celles d’exercer et celle d’ouvrir une pharmacie, et c’est cette dernière qui dérange les pharmaciens. “ Comment peut-on délivrer une autorisation sans que les principaux concernés à savoir le Conseil de l’Ordre, en soit au courant? ”, s’indigne-t-on à la FNSPM. Ce qui pourrait justement encourager les malversations. “ Le fait que l’autorisation relève du gouverneur ou du wali pourrait engendrer des problèmes dont on peut parfaitement se passer. Le conseil de l’Ordre doit avoir son mot à dire dans l’octroi comme dans le retrait des autorisations d’implantations.
Enfin, les sanctions, jugées trop sévères, par le corps de la profession, font également l’objet de déception.
Mais ce n’est pas pour autant que les pharmaciens vont baisser les bras. Les officinaux comptent repartir à la charge, en saisissant les Conseillers de la deuxième chambre.
“Nous ne perdons pas espoir. Malgré l’appui des politiciens et des parlementaires, nos doléances n’ont pas été prises en considération. Nous estimons que ce texte va à l’encontre des intérêts de la profession. C’est un code de l’Administration qui n’intègre pas une politique globale du secteur. Le présent code représente une véritable menace à la profession. Aussi, souhaitons-nous que la deuxième chambre nous permettra de changer cette donne.”, déclare M. Soulami Belhaj, président de la FNSPM. (Elle doit bien servir à quelque chose cette deuxième chambre !)
Leïla Ouazry