L’OCP, qui vise à l’horizon 2005-2010, l’amélioration de ses performances et la production, suivant les standards internationaux, de 30 millions de tonnes de phosphates, dont 4,4 millions de tonnes d’acide phosphorique et 4,6 millions de t d’engrais, s’emploie à s’autosatisfaire, grâce à la cogénération, en électricité. La cérémonie de signature de deux contrats pour la réalisation clés en main de deux centrales thermoélectriques, à Jorf Lasfar, par le consortium Siemens- Litwin, pour Maroc Phosphore et Pakistan Maroc Phosphore, a eu lieu le 8 septembre au siège de l’OCP. Ce sont MM. Mourad Chérif, Directeur Général de l’OCP et Président du Conseil d’Administration de Maroc Phosphore et de Pakistan Maroc Phosphore, Gl Muhammad Akram, Retired Chairman et Managing Director de Fertilizer Ben Quaceem Ltd, Dr Uriel Jonathan Sharef, Président des Divisions Production, Transport et Distribution de l’Energie de Siemens AG, Max Abitbol, Président de Litwin SA, et Mazen Sowan, Président de Siemens Maroc et de la Chambre de Commerce et d’industrie Allemande au Maroc (DIHK), qui ont paraphé le document, en présence de M Gottefried Hass, Ambassadeur de la République d’Allemagne au Maroc, fraîchement arrivé au Maroc.
Les deux centrales comprendront chacune un groupe turboalternateur, d’une puissance de 32 MW, une station de reprise d’eau de mer, un réseau de traitement et de transfert d’eau alimentaire, entre autres équipements.
Des projets intégrés
La première centrale sera partie intégrante de l’usine d’acide phosphorique en cours de réalisation pour Pakistan Maroc Phosphore, joint-venture entre le Groupe OCP et le Groupe Pakistanais Fauji. La seconde alimentera l’usine de production d’acide phosphorique et d’engrais, en cours de réalisation par Maroc Phosphore. Cette dernière sera le fruit d’une autre joint venture, en gestation, entre les Groupes OCP et Bunge Fertilisantes du Brésil.
M. Mourad Chérif, qui a d’abord présenté très brièvement le Groupe OCP, une jeune entreprise de 85 ans, presque jour pour jour, créée le 7 août 1920, qui emploie aujourd’hui directement 19.000 personnes, revendique 28,2% de parts mondiales, leader mondial en production de phosphates et d’acide phosphorique, a précisé que le projet de développement concerne aussi bien la production que la chimie.
Le choix porté sur Siemens adjudicataire des deux centrales, suite à un appel d’offres international, exprime une confiance à long terme sur une technologie, utilisée depuis 1965, et qui permet d’utiliser la cogénération en ces temps de surenchérissement du cours du pétrole brut. C’est donc à juste titre qu’un contrat de maintenance a été signé le jour même.
Il n’a pas non plus omis d’indiquer, dans sa présentation, que l’activité du Groupe tourne autour de l’extraction, la valorisation, la recherche et l’ingénierie, et la commercialisation des produits phosphatés. Ce mastodonte national ne manque pas d’atouts: avec 75% des réserves mondiales, 4 ports d’embarquement, 4 mines et 2 sites chimiques, il a produit en 2004 quelque 25 millions de t, réparties à parts égales, entre des exportations de phosphate brut à travers le monde et la valorisation localement du phosphate en engrais et en acide phosphorique. Quant à son chiffre d’affaires à l’export, il a atteint, l’année dernière, 1,7 milliard de $.
Les deux projets, mis en chantier rentrent dans le cadre d’une enveloppe globale de 10 milliards de Dh d’investissements, prévus sur cette période 2005-2010. Les deux usines que devront alimenter les deux centrales, produiront, à terme, chacune 375.000 t d’acide phosphorique (P2O5) par an. La joint-venture, en discussion avec Bunge Fertilisantes du Brésil, produira également en granulation, 340.000 t/an de MAP et 270.000 t/an de TSP. Le montant de l’investissement est de l’ordre de 2,335 milliards de Dh. Pour Pakistan Maroc Phosphore, créée en septembre 2004, le coût de l’usine d’acide phosphorique est estimé à 2,03 milliards de Dh. Les dates prévisionnelles de mise en service sont fixées, respectivement, à septembre et juillet 2007.
Transfert de technologie
De son côté, le Dr Uriel Jonathan Sharef, qui a rappelé que l’ancienneté des relations qui lient les deux géants, s’est réjoui du choix porté sur Siemens, et formulé le vœu de revenir le plus rapidement possible sur le marché marocain, en pleine croissance, pour signer d’autres contrats. Il a profité de l’occasion pour décrire succinctement cette multinationale, à très large spectre (6 départements d’affaires), créée depuis 1847, et qui n’a pas dérogé d’un iota de la vision de son fondateur Werner von Siemens, notamment développer des technologies innovantes pour un monde meilleur. Les quelques données, fournies par ce membre du Directoire donnent le tournis: 75,167 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2004, près de 5,1 milliards d’euros en R&D, 417.000 employés…
M. Mazen Sowan de Siemens Maroc (près de 50 ans de présence au Maroc) en a profité pour signifier la bonne tendance des échanges maroco-allemands, et pour affirmer que la société Siemens est toujours prête à accompagner le développement du pays. Déjà sur ces deux réalisations qui démarrent, 33,5% de valeur ajoutée marocaine est envisagée. C’est un sérieux encouragement pour les entreprises et industries locales, et une manière de fluidifier le transfert de technologie au profit des compétences locales. Le Dr Gottefried Hass, le tout nouvel Ambassadeur de la République d’Allemagne au Maroc, a rebondi sur cette tradition d’excellence des relations entre les deux pays. Il a trouvé que sa première sortie publique sur une manifestation de cette envergure autour de deux entreprises clés, dans un pays, considéré comme un partenaire clé de l’Allemagne en Afrique du Nord, est un bon signe. Mais c’est le General Muhammad Akram qui fera le meilleur compliment au groupe allemand, lorsqu’il a avancé que «Savoir que Siemens est avec nous sur ce projet est rassurant, et que nous ne nous faisons aucun souci sur la pertinence portée sur ce groupe».
Enfin, M. Max Abitbol de Litwin, société française d’ingénierie, devant assurer pour les deux centrales électriques, la coordination technique, la fourniture et l’installation des parties mécaniques de la station de pompage, du réseau de transfert d’eau alimentaire, et le génie civil, s’est dit honoré et fier de nouer un partenariat à long terme avec l’OCP, en particulier et les entreprises marocaines, en général.
Loin de s’arrêter en si bon chemin, le Président du Groupe OCP a souligné que d’autres projets, en cours d’études, seront ficelés prochainement.
D. MB.
Ils ont dit
M. Mourad Chérif: Dans notre procédé de fabrication d’acide phosphorique, on importe du soufre. Dans cette opération la vapeur qui est produite dans la combustion du soufre est récupérée pour produire de l’énergie. Nous devenons ainsi producteurs d’énergie. Nous sommes mêmes reliés au réseau de l’Office National de l’Electricité et cédons notre excédent de production sur le réseau national. Le fait d’avoir une technologie performante qui permet d’avoir des coûts encore plus réduits, nous permet à un moment où l’énergie coûte cher d’optimiser notre énergie.
C’est un projet très important, qui nous permettra à terme de doubler notre capacité installée à Jorf Lasfar. Et à l’horizon 2010, d’autres projets sont dans le pipe. Il y aura d’autres projets au niveau de la ville. Nous avons signé des accords avec les chinois,
M. Mazen Sowan: A chaque conclusion de contrat d’une entreprise allemande ici, nous nous réjouissons que cela vienne confirmer la croissance magnifique des échanges commerciaux entre les deux pays. Cela s’inscrit dans une logique très normale, dans le choix d’une technologie européenne, spécifiquement allemande, et la demande du marché marocain, pour pouvoir produire en sécurité et avoir une compétitivité internationale.
Les réalisations se feront en faisant appel aux compétences des ingénieurs marocains. Elles existent, c’est l’occasion de les accroître, de les développer et de s’imprégner d’une nouvelle technologie.
Propos recueillis par
Daouda MBaye