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Textile et Habillement : La proximité marocaine au secours du consommateur européen

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Le commerce international ne manque pas de paradoxes. Les donneurs d’ordre européens, qui avaient boudé le marché maghrébin, surtout marocain, au profit de celui de l’Empire du Milieu, sont en train d’y revenir en force. Le retour est impulsé par le fait que les quotas chinois aient été atteints et que les matières commandées soient bloquées aux ports européens. S’agit-il d’une reprise durable ou d’un simple feu de paille? En tout cas, aux différents coins de Casablanca, la capitale économique du Royaume, les métiers ne s’arrêtent pas de tisser, exportateurs et sous-traitants se frottent les mains. Cependant, aucun de nos interlocuteurs n’a été capable de nous donner des chiffres exacts. Tout au plus, on nous avance une nette tendance à la hausse. Depuis mi-juillet, un professionnel a soutenu que les 30% du volume export perdu ont été récupérés de moitié, soit 15%. Cette proportion est par trop exagérée ont soutenu bien d’autres, tout en confirmant la bonne tenue actuelle du marché du Textile-Habillement. Au niveau de l’Administration des Douanes et Impôts Indirects (ADII), il nous a été impossible d’avoir de quelconques chiffres. Après des va-et-vient entre les portes III et I du Port de Casablanca, et plusieurs fins de non recevoir, d’aucuns nous ont conseillé de voir avec l’Office des Changes, où d’ailleurs notre quête de données précises a été moins fructueuse. Tout au plus, nous nous sommes contentés de statistiques sur le site de la Douane. Et à ce niveau, il est ressorti que les recettes douanières, provenant des droits d’importations globales, ont crû de 12,8% entre juillet 2004 à juillet 2005, passant de 1,008 milliards de Dh à 1,138 milliards de Dh. Il est vrai que la fréquence des TIR, à l’export, s’est accélérée ces derniers temps. Pourvu que ça dure! En tout cas, pour certains exportateurs avertis, le retour des Européens sur le Maroc n’est pas surprenant. Très récemment, un géant de l’amont textile avait plaqué la Chine pour venir s’implanter au Maroc, Fruit of the Loom, pour ne pas le nommer.
Un bref rappel permet de saisir la situation actuelle. De peur d’être submergé par les exportations chinoises, l’Accord de Shanghai avait instauré des quotas aux confectionneurs chinois sur les marchés européens. Cet Accord, signé le 10 juin entre la Chine et l’UE des 25, concernait une limitation annuelle des exportations textiles chinoises sur l’Union dans une fourchette située entre 8 et 12,5% d’ici 2007. Mais après seulement deux mois et demi, les distributeurs européens, qui font face à de sérieuses pénuries pour répondre à la demande des consommateurs, se rabattent sur le Maroc. En attendant le plan de relance du secteur, à signer courant septembre, c’est de bon augure. Chez les professionnels locaux, les commandes sont arrivées en masse. Certains en congé annuel, n’ont pu y répondre. C’est le cas à Itex, où selon M. Larache, Directeur Commercial, un certain nombre de commandes, ou plus exactement de demandes de cotation, dans le sportswear, avaient été reçues, mais pas encore concrétisées. Généralement, les professionnels du Textile confirment la tendance à la hausse. L’embellie- le terme le plus souvent cité par les opérateurs- peut durer, à condition de saisir cette opportunité nouvelle, d’abord au niveau de l’entreprise. D’après, M. Berrada, Expert en Textile- Habillement, le Maroc doit profiter de cette aubaine et répondre en termes de services diversifiés, de produits finis et de créativité. Le client doit y trouver son bonheur, avec un meilleur rapport qualité-prix. Il note que la tâche, qui sera dévolue aux pouvoirs publics, est de soutenir la compétitivité des entreprises. Il espère que le Plan de Relance, à signer en septembre, ne va pas tarder.

Tournant structurel?

Toutefois, les analyses ne convergent pas forcément vers une reprise durable. Pour M. MGhirbi de la Commission Compétitivité à l’Association Marocaine des Industries du Textile et Habillement (Amith), il ne faut surtout pas penser que cela va être un tournant structurel. Ce serait un leurre de penser que nous avons un réel avenir dans l’immédiat, ajoute-t-il. L’avantage relevé par les opérateurs réside dans le fait que cela va amener les centrales d’achat à réfléchir et se dire qu’elles ne doivent pas mettre tous les oeufs dans le même panier. Ils se réjouissent qu’elles gardent une certaine marge de sécurité sur un approvisionnement Euro-Med. Il y a eu certes un retour sur le Maroc, mais certains croient qu’il est purement conjoncturel..., et trouvent qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un «retour de dépannage». On peut le croire, dans la mesure où, avec les fortes pressions de la part de ces monstres de distributeurs, qu’a subis la Commission Européenne de la part de ses membres, les millions de pièces retenues ne vont pas pouvoir rester longtemps en rade sur les ports européens. C’est d’autant plus vrai que ce sont les distributeurs qui sont plus pénalisés. Pourtant, M. Peter Mandelson, Commissaire Européen au Commerce, en visite au Maroc, assurait alors aux décideurs publics et aux opérateurs privés un geste de la part de l’UE à l’endroit du Maroc, après le démantèlement de l’AMF. Les volumes seraient-ils disproportionnés? Beaucoup d’observateurs expliquent ainsi cette orientation double.  
Les Européens se sont pris les pieds dans le tapis et mis en place un système, qui les a dépassés, s’est risqué à dire un exportateur local. En réalité, ils ne s’attendaient pas à ce qu’ils y aient de telles anticipations de commandes provenant des importateurs et des distributeurs européens. A partir du moment où ils ont mis en place des contingents ou des paliers de croissance d’exportations chinoises vers l’UE, ils ne s’attendaient pas à une telle situation. Les hausses plafonnées, négociées, ne correspondaient pas aux commandes lancées. Aujourd’hui, les producteurs chinois continuent de bénéficier d’accréditifs, et, par conséquent, exportent. D’ailleurs, les marchandises continuent de s’entasser dans les ports européens. C’est très mauvais pour les exportateurs marocains, tonne cet autre exportateur, car un importateur ou un distributeur qui ne fait pas de cash ne passe pas de nouvelles commandes.

Les atouts de la proximité

Il ne faut pas se réjouir trop vite et tomber dans l’euphorie ambiante, tempère M. M’Ghirbi.. S’il y a une embellie de quelques mois, structurellement cela ne veut pas dire que les importations de Chine sont terminées pour les Européens, et que ces derniers vont revenir sur le Maroc en masse. La chute des ventes marocaines sur l’UE est encore récente dans les mémoires. Dès que les quotas ont été arrêtés, il y a eu un ras-de-marrée, le Maroc a perdu 20% en six mois, des clients ont complètement disparu du jour au lendemain... Cela a parfaitement démontré la puissance de frappe des chinois, en termes d’infrastructures textiles, et de main-d’oeuvre ... Pour toutes ces certains ne sont pas optimistes à moyen et long terme.
Pour le moment, presque toutes les branches en profitent, cela va du Chaîne et Trame, au Jean et Sportswear, en passant par la Tenue de ville (chemises, pantalons ...) etc. La grande majorité des professionnels ont été sollicités. Ceux qui étaient en vacances, n’ont pas pu répondre immédiatement, et beaucoup de commandes n’ont  pu être prises sur le Maroc. Ce témoignage d’un opérateur résume parfaitement la situation: «ce que je puis affirmer avec certitude, c’est qu’il y a sur le Chaîne et Trame- qui est ma spécialité- des retombées bénéfiques, que je ne peux pas quantifier pour le moment ... Dans les semaines à venir, il y aura plus de résultats. Pour l’instant, tout ce qu’il y a correspond à du dépannage pour la saison d’hiver».
Au vu de cette évolution, la géostratégie se replace en tant qu’outil déterminant.  

D. MB.



 

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