Le projet ambitieux pour porter la capacité de l’usine de Sidi Bennour à 15.000 tonnes de betterave par jour, lancé en janvier 2004, est en train de se concrétiser. La première étape, qui va porter sa capacité de 6.000 tonnes de betterave par jour (tB/j) à 10.000 t, est achevée depuis bientôt deux mois.
Plusieurs arguments ont été déclinés pour justifier cette extension. M. Mohamed Fikrat, PDG de la Cosumar, a noté que: «Planifié pour être réalisé en deux phases, l’accroissement de la capacité de la sucrerie de la Cosumar à Sidi Bennour, qui va nécessiter, à terme, 800 millions de Dh d’investissement, va permettre d’atteindre une certaine taille critique, d’anticiper les attentes de la clientèle, mais aussi d’accompagner les aménagements des pouvoirs publics dans la région de Abda- Doukkala». M. Lghafori, Chef du Service Production Végétale à l’Organisation Régionale de Mise en Valeur de Abda- Doukkala (ORMVAD), a confirmé ce dernier volet. La recherche constante de compétitivité a aussi été évoquée par les responsables de la Cosumar (Voir Trois questions à M. Lazaar Mohamed, DG de Cosumar).
Une autre raison, non moins valable, a été donnée par M. El Ouadia, Ingénieur Responsable de la Zone de Production de la Betterave. Il trouve qu’en prenant des dimensions plus importantes, l’usine de Sidi Bennour réduit la durée de traitement de la campagne agricole, et, par là, réduit les pertes importantes dues aux grandes chaleurs. A ce titre, l’usine joue pleinement son rôle pour accompagner l’augmentation du périmètre irrigué de la région de Doukkala. En effet, face à l’accroissement de la superficie de terres irriguées réservées à la betterave à sucre, s’étalant aujourd’hui sur 24.000 ha, et l’engouement grandissant des agriculteurs pour la culture betteravière, l’extension de la capacité de l’usine s’imposait d’elle-même, nous a-t-on précisé. Sur une campagne qui dure de 90 à 100 jours, et débutant le 25 avril, pour éviter les périodes de canicule de l’été, il est nécessaire d’avoir une capacité accrue. La Cosumar pourrait ainsi cumuler entre le raffinage et les sucreries quelque 719.233 t de sucre par an.
M. Marouane Sentissi, Chef du Département Etude et Ingénierie de Cosumar, a mis l’accent sur l’optimisation et la cohérence des investissements. Ainsi, cette réalisation qui devrait être normalement triplée, cumule seulement à quelque 800 millions de Dh. Les nouveaux équipements ont été implantés à côté de ceux existants déjà, pour faciliter l’exploitation, et les dernières technologies (four à 17.000 t) ont été utilisées avec un souci constant d’occuper moins d’espace, d’où des tours de diffusion à la verticale. Sur le plan de la logistique, une route a été créée pour rationaliser la circulation. Avec une seule entrée et une seule sortie, la mobilité dans l’usine, ainsi que le flux de camions sont beaucoup mieux gérés, a ajouté M. Sentissi.
Aller vers l’excellence
Compte tenu du caractère stratégique du sucre, et de la configuration des sources (sur un volume total de 1.052 millions de t de sucre, 46% de production locale et 54% d’importations à raffiner), M. Fikrat a souligné le rôle économique de la Cosumar pour le développement régional et national. Cela se traduit par une forte implication dans l’amont agricole. Cosumar préfinance les intrants pour environ 100 millions de Dh (engrais, semences, produits phytosanitaires) et a lié des partenariats solides avec tous les acteurs (ORMVAD, APBD- association des betteraviers, la Chambre d’Agriculture, des instituts de recherche, …). Une parfaite organisation, avec un Comité Technique Régional de la Betterave (CRTB) et des Centres de Développement Agricole (CDA), dotés de cellules de base qui se réunissent quotidiennement, pour encadrer les agriculteurs dans une concertation permanente, a permis d’avoir d’excellents résultats.
En tout cas, pour le PDG de Cosumar, l’extension complète de l’usine de Sidi Bennour, à fin 2006 (capacité de 15.000 tB/j), la reconversion de l’usine de Zemamra dans le conditionnement et l’acquisition prochaine de sucreries privatisables (adjudications sous peu), permettra de la hisser un peu plus au niveau de ses homologues européennes. Cosumar, qui dispose de solides fondamentaux, avec un résultat net qui a grimpé de 6,1% en 2004, après les 233,4 millions de Dh en 2003, peut se positionner en leader.
La betterave apparaît comme un véritable levier de développement de la région. Hormis les 21.500 familles d’agriculteurs au revenu moyen de 19.663 Dh/ha qui vivent de la betterave, et la grande masse d’ouvriers arracheurs, manutentionnaires, elle a permis d’injecter dans l’économie nationale 375 millions de Dh, la création d’emplois spécialisés dans les métiers de la sous-traitance, de la maintenance, le transport, …
Aussi, soucieux de l’économie de l’eau d’irrigation, et de la préservation de l’environnement, des efforts importants ont été faits dans ce sens, nous a-t-on assuré. Ainsi, de 600 m3 /t, la consommation d’eau, divisée par deux, passe à 300 m3/t, et les effluents et autres boues sont mieux traités (voir Trois Questions). D’ailleurs, une enveloppe de 40 millions de Dh a été consacrée au traitement de ces rejets, et la certification ISO 14001 est prévue pour l’année prochaine.
Le PDG de la Cosumar a tout de même déploré cette non libéralisation qui entraîne un manque de visibilité, des marges figées, et entrave le développement du secteur. De son avis, la réussite du plan sucrier national passe par là.
D. MB.
Trois questions à M. Mohamed Lazaar : Directeur Général de Cosumar
La Nouvelle Tribune : Qu’est ce qui justifie un tel investissement?
M. Mohamed Lazaar : Le projet de Sidi Bennour vient répondre à deux objectifs principaux. Le premier est d’accompagner l’extension du périmètre des Doukkala, qui permet aujourd’hui d’envisager jusqu’à 24.000 ha de culture de betterave par an, en fonction de la disponibilité de l’eau. Avec notre capacité d’antan, il ne nous était pas possible de traiter toute la récolte relative à une telle superficie. Par la même occasion, cela nous a permis de répondre à l’engouement des agriculteurs.
Ensuite, en tant que professionnels du sucre, nous avons regardé ce qui se fait ailleurs, dans le monde du sucre de betterave. A travers un benchmark en Europe, premier producteur mondial, nous avons constaté une tendance lourde de l’environnement. Tout le monde va vers des capacités importantes, qui présentent des avantages concurrentiels et compétitifs. Cela s’est traduit par une technologie qui a évolué, l’automatisation, la régulation des process, et une consommation d’énergie moindre pour cette branche traditionnellement énergivore. Les grandes capacités permettent de mettre en place des technologies très performantes et très économes.
Après le démarrage des nouvelles unités, est-ce que tout marche correctement?
Le projet est scindé en deux phases, dont la première est le passage de Sidi Bennour de 6.000 t à 10.000 t. Evidemment, au début nous avons connu quelques difficultés, attendues, du reste, pour un projet de cette taille. Maintenant, tout marche très bien, nous maîtrisons parfaitement la première phase. Et nous allons engager la seconde, dès la fin de la campagne, c’est-à-dire à la fin du mois de juillet 2005, pour être prêts en avril 2006. Il faut remarquer que cette deuxième phase sera beaucoup plus légère que la précédente, pour laquelle il a fallu tout faire.
Vous réalisez des efforts dans la gestion des effluents liquides, qu’en est-il des boues ?
Dans le passé, les boues étaient stockées dans des bassins de décantation. De ceux-ci émanaient des odeurs… Aujourd’hui, nous avons changé de process, les boues sont filtrées et directement chargées sur des camions pour être acheminées dans des carrières abandonnées. Elles servent ainsi à niveler les sols et combler les cavités et cratères, laissés par d’anciennes exploitations à ciel ouvert. Normalement, ces boues qui accompagnent la betterave sont restituées à l’agriculteur, comme cela se passe partout à travers le monde. Mais vu que sous nos latitudes, l’agriculteur ne les a pas encore intégrées dans son mode de culture, nous les stockons dans ces carrières.
Propos recueillis par
Daouda MBaye