La Nouvelle Tribune : Ce séminaire s’est tenu dans un contexte où il était question d’uniformiser les techniques opérationnelles de l’ensemble des postes du monde. Quelles en sont les principales raisons?
M. Omar Amouzigh : Ce qui a motivé l’organisation de cette rencontre est que nous avons développé un système de comptabilité analytique qui a été jugé extrêmement performant. D’ailleurs, c’est à la suite du séminaire qui s’est déroulé l’année dernière à Damas, sur le même sujet, que nos confrères arabes ont émis le souhait de venir voir notre système de comptabilité analytique de plus près et de le connaître davantage en vue de le développer dans leurs établissements postaux.
Quels sont les principes fondateurs de cette comptabilité analytique ?
Ce système de comptabilité analytique a été pour nous l’occasion de mettre en place un système d’informations généralisées plus performant. Il regroupe à la fois aussi bien les applications de gestion que les applications de production. Mais la particularité de la comptabilité analytique développée par Barid Al Maghrib est qu’elle est alimentée directement par les systèmes d’information et qui sont à la base même de cette nouvelle méthode. Ce système d’information est érigé à partir des bureaux de poste, avec les applications informatiques du bureau de poste, jusqu’au siège central avec l’info-centre analytique que nous avons mis en place et qui fédère l’ensemble des applications informatiques. C’est ce qui fait la force de notre système qui vient alimenter la comptabilité analytique de telle sorte que Barid Al Maghrib puisse ne pas vendre à perte et développer une politique commerciale et tarifaire adaptée au marché.
Quelles sont les principales étapes qui vous ont permis de mettre en place le système de comptabilité analytique ?
Le processus a été très long car la mise en place de ce système nous a demandé plus de quatre années de travail. Il a fallu tout d’abord mettre en place tout un système d’information de gestion et informatiser le processus de gestion des ressources humaines, ressources financières et comptables, l’approvisionnement et le stock. D’un autre côté, il a fallu fiabiliser toutes les applications de production concernant les chèques postaux, la caisse d’épargne nationale et les transferts de fonds. Naturellement, tout cela a nécessité la collecte d’informations qui touchent les détails les plus fins. Cela nous a pris du temps mais grâce à l’effort conjugué de tous, nous avons réussi à finaliser le système de comptabilité analytique.
Quels sont les avantages de la comptabilité analytique selon le modèle ABC par rapport à l’ancien système que vous appliquiez ?
Les postes à travers le monde, et plus particulièrement les postes occidentales et à partir desquelles le Maroc s’inspire, ont toujours eu pour préoccupation d’appliquer la comptabilité analytique pour maîtriser les coûts et les tarifs. Du fait que nous opérons dans un domaine, du moins pour le courrier, où nous exerçons un monopole, nous devons mieux maîtriser nos coûts et proposer à l’usager, qui est devenu le client, des tarifs abordables. Un système statistique a été développé à la base. Ce sont les statistiques 539 qui rendent compte du niveau d’activité des bureaux de poste et les statistiques 540 qui donnent une idée sur le volume de courrier et de la messagerie traités dans une entreprise postale. A partir de ces systèmes d’information, nous avons toujours eu connaissance de nos coûts mais cela restait approximatif.
L’avantage de l’actuel système est que notre comptabilité analytique est élaborée selon le modèle ABC (Activity Based Costing) basé sur le process. Ces process sont par la suite décomposés en procédures puis en opérations et enfin en tâches qui constituent la plus fine expression d’une activité. Cela nous permet de calculer le coût de chaque prestation et chaque activité par exemple une lettre de moins de 20 grammes ou un mandat d’un certain montant. Et chaque fois qu’il y a un inducteur de coût qui n’entre pas dans les normes, immédiatement nous engageons des études pour comprendre les raisons et les causes afin d’y remédier en vue de rationaliser la gestion.
En terme de finances, quelle a été la plus-value du nouveau système ?
La plus-value est à venir parce que le système vient d’être mis en place. Ce qu’il faut constater maintenant c’est que nous allons avoir des repères au niveau des prestations. La comptabilité analytique va nous permettre de calculer au centime près telles ou telles opérations tout comme le nouveau système va nous aider à établir les comptes d’exploitation de telle ou telle agence. Autrement dit, nous avons fini avec les approximations dans nos prestations.
Vu la qualité des participants à ce séminaire et l’intérêt qui a été manifesté par les pays arabes, on peut dire désormais que l’expérience de Barid Al Maghrib s’exporte ?
Ce qui se dégage, à travers ce séminaire, c’est que les postes arabes présentes ont constaté que l’évolution, ici à Barid Al Maghrib, est extrêmement importante par son entrée de plain-pied dans l’ère des technologies en intégrant ces techniques dans ses process. Beaucoup de postes arabes et particulièrement celles du Maghreb ont émis le souhait de mettre en place la comptabilité analytique, analogue à celle développée par Barid Al Maghrib, et nous ont approchés pour établir un partenariat en vue de les assister à intégrer ce système dans leur mode de gestion. Notre expérience va s’exporter encore davantage surtout que l’Union Postale Universelle s’y intéresse également parce qu’elle la considére comme innovante.
Qu’en est-il de la situation financière de Barid Al Maghrib à la fin de 2004 ?
Depuis sa création en 1998, Barid Al Maghrib dégage d’année en année des résultats positifs ainsi que des marges positives parce que dès le début, nous nous sommes préoccupés de la maîtrise des charges. Pour y arriver, il a fallu rationaliser la gestion à tous les niveaux. C’était l’objectif recherché à travers le projet Barid Al ghad. Le résultat de ce programme nous a ainsi permis de réaliser des gains de productivité assez confortables pour assurer notre autofinancement. Cela est important d’autant plus que nous ne recevons pas de subventions. Nous assurons le service public grâce à notre autofinancement en intégralité.
Entretien réalisé
par Mamady Sidibé
M. Brahim Sinaceur, Chef de la Division Analytique Barid Al Maghrib
Mise en application: Une adhésion totale de l’entreprise
Le principe adopté par Barid Al Maghrib pour la mise en place de la comptabilité analytique a été de faire participer les directions-métiers au projet. Toute étape du projet a été approuvée par ces directions qui sont les plus concernées. Le but de notre comptabilité analytique a été de pouvoir évaluer, en définitive, le coût des prestations de Barid Al Magrhib. Pour pouvoir le faire, il nous a fallu élaborer un référentiel des activités avec les opérationnels qui sont la direction des Services Financiers, en ce qui concerne les Chèques Postaux, la Caisse d’Epargne Nationale, les mandats et Western Union, et la direction Courrier Messagerie qui concerne le courrier à l’international ou national et la messagerie. Pour nous, il était important lors de la présentation des chiffres que le Directeur des Services Financiers et celui du Courrier-Messagerie y adhèrent et se les approprient. Résultat : on peut dire que la Direction financière est satisfaite à ce niveau étant donné qu’un premier modèle a été élaboré. Mais comme dans tout modèle de comptabilité analytique, il est vrai qu’il y a des défaillances, liées à un manque d’informations à mettre en place. Tous les obstacles apparus quant à ce manque d’informations statistiques ont été surmontés par des hypothèses retenues par les opérationnels, en attendant de mettre à jour notre système pour alimenter la totalité du modèle.