La Nouvelle Tribune : Ce séminaire est très important pour les pays arabes quant à la mise à niveau de leurs postes respectives. Quelles sont les raisons de cette particularité ?
M. Najib Boularès : En effet, les postes du monde entier, et particulièrement celles de notre région arabe, passent une phase de restructuration et de réformes postales. Cette réforme voit le passage de l’état d’administration à l’état d’entreprise à caractère industriel et commercial. Cela nécessite forcément de doter cette entreprise de la comptabilité analytique. qui va permettre aux entreprises postales de déterminer le coût de tous les centres de coûts et de tous les services et prestations qu’elles offrent au public. Ainsi elles doivent avoir une politique tarifaire basée sur le coût réel, de pouvoir discuter et négocier avec les gouvernements, en général, le financement du service postal universel. Parce qu’aujourd’hui, les postes fournissent le service postal universel, sans subventions parfois et qui sont déterminées en bloc sans détails et sans référentiels bien précis. Avec l’outil de la comptabilité analytique, cela va être quelque chose de bien plus précis.
En quoi cette modernisation est-elle utile dans la compensation pour le traitement du courrier entre les pays ?
Il ne s’agit pas d’une modernisation du système mais l’introduction d’un système dont des pays n’étaient pas dotés avant et l’Union Postale Universelle encourage ces derniers à adopter la comptabilité analytique. Pour l’UPU, il y a un objectif principal qui l’anime. C’est que le dernier Congrès de Bucarest, en 2004, a décidé que pour le système de compensation entre les pays, qu’on appelle les frais terminaux , nous avons actuellement deux systèmes. Un premier système entre pays industrialisés, lequel est basé sur le coût réel mais qui sera applicable à partir de janvier 2006. Et un deuxième système, dit transitoire, pour les autres pays en développement et ce jusqu’à fin décembre 2012. Donc à partir de janvier 2013, tous les pays seront dans un seul système où les frais terminaux seront calculés sur le coût réel de la réception d’une lettre. Pour déterminer ce coût réel de la réception d’une lettre, il faudra appliquer la comptabilité analytique qui marche et qui est déjà testée. C’est un besoin pressant pour l’ensemble des pays en développement et particulièrement pour les pays de la région arabe qui doivent avoir, d’ici fin 2012, leur comptabilité analytique fonctionnelle.
Quel est donc votre commentaire pour le cas marocain ?
En 2004, en République Arabe Syrienne, nous avons organisé un séminaire de sensibilisation à cet aspect de la comptabilité analytique et pour lequel nous avons invité tous les pays arabes. Nous avons constaté, lors de cette rencontre, que le Représentant de Barid Al Maghrib a exposé un système que nous avons estimé déjà très bon, très valable et sophistiqué. Nous avons recommandé, durant la conférence, de lancer un deuxième séminaire à Rabat pour voir ce système sur place. Et je dois reconnaître que nous sommes très impressionnés par ce système qui est maintenant fonctionnel et opérationnel puisqu’il donne le moindre détail fiable sur les centres de coûts permettant ainsi au Directeur Général de prendre les bonnes décisions.
Quelles sont les mesures prises par l’UPU contre les pays qui n’auront pas adopté la comptabilité analytique d’ici fin 2012 ?
Jusqu’à maintenant, nous n’y avons pas encore pensé. Nous préférons plutôt sensibiliser et convaincre les pays à adopter ce système. Mais de toutes les façons, les pays qui n’auront pas leur système de comptabilité analytique seront d’office sanctionnés car ils ne seront pas payés à leur juste valeur. Ils perdront sur la distribution qu’ils feront dans les pays développés. Et l’on arrivera alors à une situation qui n’est pas préférable puisque ces postes vont travailler à perte. Pour nous, c’est une nécessité inéluctable que les pays en développement se dotent du système de comptabilité analytique pour pouvoir vivre dans les échanges interpostaux notamment dans le traitement des courriers. Rien n’est encore perdu car nous avons devant nous huit ans pour pouvoir mettre en place ce système.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé