Tout métier peut être dangereux! Le maniement de n’importe quel type d’outils, de machines ou plus simplement la fréquentation d’espaces baignant dans un faisceau de rayons..., peut entraîner des accidents de travail. C’est ce qui explique, qu’aujourd’hui plus qu’hier, toutes les formations professionnelles comportent un volet important d’apprentissage de règles de sécurité. M. Hassan Ajakkaf, Ingénieur et Président de l’Association Nationale des Ingénieurs de la Formation Professionnelle (Anifop) l’a confirmé. C’est même une formation pointue, conformément à ce qui se fait à l’international qui est dispensé a-t-il ajouté.
Mais entre la théorie et la pratique, il y a un hiatus. Ce quinquagénaire, que nous dénommerons M. X, pour respecter son anonymat (il soutient ne vouloir courir aucun risque) qui a perdu trois doigts de la main gauche, a longuement détaillé son accident, il y a quelques années de cela. Ces risques, loin d’être l’apanage de professions manuelles, peuvent survenir pour des métiers dits intellectuels, même s’ils sont moins nombreux. Le constat, c’est qu’au Maroc, ceux qui manipulent des scies électriques, qui exercent dans les différents corps du bâtiment, dans les mines, ... bravent des dangers plus que les autres. D’une manière générale, les emplois dans les secteurs primaires et secondaires occupent encore le plus grand nombre, contrairement à ce qui se passe dans la majorité des pays développés.
Avoir conscience du danger
A ceux à qui nous avons tendu notre micro, mis à part trois individus, aucun n’a eu d’accidents sérieux dans son lieu de travail. Certains nous ont rapporté des cas d’accidents dans leurs structures respectives (voir en encadré, témoignages). Un grand nombre trouve qu’on ne connaît pas ou qu’on ne respecte pas assez les consignes de sécurité. Cet état de fait recoupe parfaitement la constatation généralement faite dans les ateliers industriels. Quand bien même l’entreprise est certifiée ISO, la plupart des employés n’utilisent ni gants, ni casques de protection, ni lunettes ou bottes de sécurité, pour respectivement manipuler des produits dangereux, des machines avec des niveaux sonores au-delà des normes, ou souder. Il faut d’abord avoir conscience du danger avant de protéger ses employés ou qu’ils se prémunissent eux-mêmes. Pour M. Mounir, Ingénieur, Secrétaire Général de l’Anifop, le problème de la sécurité dans l’entreprise est beaucoup plus compliqué qu’il paraît. De son avis, il serait nécessaire qu’au sein de l’organisation, la culture de sécurité soit développée. Hélas, ce n’est toujours pas le cas. D’un autre côté, les employés peuvent utiliser les équipements à des fins personnelles. C’est arrivé pour des bottes de sécurité, chaussées pour sortir en ville au lieu d’aller travailler avec en atelier.
Le profit immédiat au détriment de la sécurité
Notre investigation nous a aussi permis de déceler que les innombrables difficultés, qui surgissent après une sécurité, tirée par les cheveux dans les entreprises, proviennent d’une sensibilisation qui laisse à désirer. L’affichage est rarement visible, si ce n’est une signalétique qui a besoin de sérieux coups de brosse pour être déchifffrable. Mais, à notre sens l’un des plus importants écueils à une sécurité respectée sur les lieux de travail, repose sur cette vision réductrice de dirigeants focaliser sur le profit immédiat sans visibilité pour le moyen et long terme. Cet espèce de «Mou’l Chkarra», manager d’un autre âge, ne se soucient ni de chemins sécurisés, ni d’investissements pour renforcer la sécurité des employés, nous a-t-on rapporté. Les coûts que cela génère les empêchent d’aller dans ce sens.
Sur le plan social, la protection souffre d’une gent de «Rambos» qui aiment clamer à tout va: «Je n’ai pas peur!». M. Mounir avance que cette catégorie, kamikazes des temps modernes, trouve un malin plaisir à manipuler des matières dangereuses sans protection.
Enfin, le dernier volet qui handicape le sécuritaire dans l’entreprise a trait au rachat abusif des petites Incapacités (IPP). De l’avis d’un expert, cette pratique fausse toute la philosophie de la gestion des accidents du travail.
Puisque la formation suit, ne faudrait-il pas aller vers des profils à forte spécialisation, et dotés d’une grande adaptabilité et autonomie dans le domaine de l’agencement pour, par exemple, la fabrication industrielle?
La semaine prochaine nous aborderons «comment se prémunir contre les oublis».
D. MB.
Témoignages
M. Driss O. Menuisier industriel: C’est une machine qui m’a sectionné l’index gauche. Dans notre société chacun se protège comme il peut.
M. Moulay T. Manoeuvre: Cette cicatrice qui me traverse le front est le résultat d’un bloc de briques qui s’est détaché au cours d’un chantier et qui a atterri sur ma tête. J’avais mon casque à ma ceinture. Depuis, je supplie tous ceux qui travaillent avec moi de prendre leurs précautions sur le sol ferme ou sur échafaudages.
M. Mohamed G. Conducteur de machines: Moi, jusqu’à présent, Dieu merci, je touche du bois. Mais je connais un collègue qui a traversé de sales moments pour avoir été happé par un moteur. Son habillement n’était pas réglementaire.
Propos recueillis par
Daouda MBaye