La création de mode a de beaux jours devant elle au Maroc. Au vu de la prestation de la 8ème promotion de l’Esith, qui a marqué d’une pierre blanche sa contribution à l’édifice de la création de mode au Maroc, jeudi dernier, on peut le croire. Sur un fond sonore de gazouillis d’oiseaux, du vert décliné sous toutes les couleurs, les quelque 60 modèles (Homme- Femme) Été 2005- Hiver 2006, qui ont été présentés, par les étudiants en dernière année des Techniques de l’Habillement, inspirés des tendances internationales, n’ont rien à envier aux plus grandes maisons de haute couture de par le monde.
Les opérateurs, qui ambitionnent actuellement de développer progressivement le produit fini marocain, trouveront en ces étudiants de précieux collaborateurs. Certes, le secteur n’est qu’à ses balbutiements mais le label marocain se fraye un chemin tant bien que mal. Avec les trois collections Été et celle d’Hiver, sous le thème «Jardin», avec toute une gamme de vert, mais aussi de beige, de marron, de rouge, de lavande, gris, noir... la créativité de ces jeunes en fin d’études, qui ne souffre d’aucune entrave, parce que totalement libérée, a plus que jamais adressé un clin d’oeil aux industriels. Ces derniers qui ont été invités à l’Esith hier, mercredi, 9 mars, ont sûrement repéré quelque talent.
Les tissus en coton stretch, en lin, en élasthane, jersey, en viscose, en jean ou denim..., si ce n’est de la mousseline ou du satin, déclinés sous des coloris vert citron, menthe, aubergine, tilleul, gazon ou pomme, mais aussi rouge piment, bleu ciel, blanc coquille d’oeuf, beige, vieux rose, ou dégradés de bleu, blanc et gris couleur granit, transmis sous forme de robes, jupes, débardeurs, pantalons, sahariennes, tailleurs, paréos, shorts, ... ont ébloui plus d’un. Les regards étaient plutôt dirigés en direction des modèles. La broderie sur des hauts pour homme, avec capuchons, ces dénudés... ces noeuds papillons sur le ventre en satin, ces sortes de capes en mousseline ou burnous ... ont fait éclater des tonnerre d’applaudissements. C’est de bon augure.
En marge du défilé, nous nous sommes approchés des étudiants pour nous enquérir de leur insertion dans le marché. Unanimes nos interlocuteurs (tous étudiants en Modélisme industriel) nous ont appris que la demande du marché excède l’offre (voir Témoignages, en encadré). Très demandés sur le marché, ces jeunes étudiants trouvent déjà du travail avant leur sortie de l’École. La qualité de l’enseignement à l’Esith, en phase avec les besoins de l’entreprise, et les stages y sont pour quelque chose, a soutenu Mme El Andaloussi, Styliste et Professeur à l’Esith. Il est vrai que les modélistes industriels font le même travail que les techniciens, à la seule différence qu’ils sont responsables du bien-aller du produit. Ils auront à gérer une équipe. Mme Andaloussi, qui encadre une promotion de 8 étudiants, a souligné qu’ils acquièrent des méthodes pour superviser le modèle de A à Z. En tout cas, la connexion avec l’entreprise est bien réelle dans la mesure où il existe une Cellule qui y est dédiée, que dirige M. Bensouda.
A l’avenir, cet institut vise, en collaboration avec l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI), à accroître les effectifs et mettre sur le marché plus de diplômés.
D. MB.
Témoignages
M. Rachid Chegdali, 2ème Année Modélisme Industriel: Je suis déjà demandé. Comme la plupart de mes anciens, déjà lauréats, je ne me fais aucun souci quant à mes débouchés. Le besoin du marché pour notre qualification est réel. La demande excède l’offre. Je compte travailler dans le secteur de l’habillement.
Mlle Majda Hilali, 2ème Année même cursus: J’envisage de travailler dans une grande entreprise. En réalité je suis déjà casée.
M. Rachid Naciri, 2ème Année même filière: On nous inculque ici à l’école une méthode qui nous permet d’assurer un travail de qualité. Je ne me fais aucun doute sur notre insertion dan la vie active.
Trois questions à Mme Nadia El Andaloussi, Styliste, Professeur à l’Esith
La Nouvelle Tribune: Au cours de Créa 2005, le choix du modèle a été conforme à ce qui se fait à l’étranger. Insisterez-vous sur cette voie dans l’avenir?
Mme Nadia El Andaloussi: Effectivement, puisque maintenant, on s’ouvre vers l’extérieur, mondialisation oblige. Ce que nous faisons ne doit pas être confiné uniquement au Maroc, il doit s’exporter. Nous devons respecter notre culture, tout en nous élargissant vers l’extérieur. Ainsi, quand nous élaborons un modèle, nous avons à l’esprit les goûts de la cible. Aujourd’hui, l’industrie textile marocaine est orientée sur l’Europe, les USA, le Japon... Donc nous devons considérer tous les horizons.
Quelle est l’implication des professeurs dans l’élaboration des modèles et du défilé?
En réalité, il s’agit d’un travail d’équipe. Au départ la collection est définie par notre styliste Mme Emael Duque (NDLR: Professeur à l’Esith). Ensuite, un enseignant oriente les étudiants sur les axes de la collection. Cette année, le thème général a été axé sur le jardin. Selon les différents types de jardins (NDLR: champêtre, géométrique, sauvage, urbain, ou exotique), chaque groupe d’étudiants a travaillé sur un thème bien déterminé, tout en étant libre de ses propres créations. Ces dernières sont d’abord présentées sous forme d’une vingtaine de croquis, parmi lesquels un seul sera sélectionné. Suit l’étape de la recherche de tissus correspondant au thème, aux couleurs, au toucher, à l’aspect... Après cette étape, l’étudiant va aller au patronage, où avec une équipe de modélistes, il va réaliser une toile, à partir du croquis, et sortir le modèle. A ce stade, l’encadrement est fait par les enseignants de modélisme pour corriger les éventuels défauts techniques. Enfin, il est validé par notre styliste pour son passage à la coupe puis à la confection. L’étudiant reste, tout de même, responsable de son modèle sur toute la chaîne jusqu’à l’essayage sur les mannequins.
Le choix du podium, des lumières, de la décoration, de la musique... de toute la logistique se fait en équipe.
Qu’est ce qui vous a le plus marqué pendant cette édition?
C’est l’excellent niveau atteint. Revenant de Paris, où j’ai assisté à un salon de prêt-à-porter, je puis vous affirmer que nous n’avons rien à envier à quiconque. En choisissant le naturel et la couleur verte, nous nous alignons sur ce qui se fait, présentement, à l’international. Ces modèles, relatifs à la saison Été- Hiver 2006, dénotent tout notre sens anticipatif. De toutes les façons, nous travaillons pour l’industrie, de concert avec... l’industrie.
Propos recueillis par
Daouda MBaye