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La compétition, mère de la créativité Verve/Sociologie du travail

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La compétition est un fait dans l’entreprise. Il se peut qu’elle soit implicite. D’après les indications reçues auprès de nos différents sondés, ce cas n’est pas rare. Mais lorsqu’elle est explicite, elle gagnerait à être régie par des règles claires, nettes et justes, connues de tous. Pour parler le même langage, nous avons dû, dès le début, préciser à nos interlocuteurs qu’il ne s’agissait pas de course, mais de compétition, qui signifie le sentiment qui pousse à égaler ou à dépasser l’autre, et qui suscite l’émulation, cette recherche simultanée par plusieurs personnes d’un même avantage ou d’un même résultat. Et à chaque fois que nous avons soulevé la question de savoir si le système de «l’employé du mois» était en cours dans leur entreprise, tout le monde a été rapidement mis sur la même longueur d’ondes. Les langues ont alors commencé à se délier. Le constat c’est que cette démarche est appliquée au sein des filiales de grandes enseignes internationales, installées à Casablanca, ainsi qu’à d’autres structures locales. Pour Hamid, fonctionnaire, c’est mieux que la loterie. 
Énormément de monde croit, effectivement, que la compétition dans l’entreprise est bénéfique à tous, mais à la seule condition qu’elle soit rondement menée et basée sur des règles strictes. En d’autres termes qu’elle soit fair play. A défaut de cela, tout le personnel ne jouant pas le jeu, les performances en pâtissent et les conséquences peuvent être perverses. L’acharnement s’installe alors. Doit-on en conclure que la compétition peut aller jusqu’à être négative? On peut le croire, car les témoignages ne manquent pas. Tarik, Aide- cuisinier de son état, n’a pas trouvé assez de mots pour exprimer son mécontentement face à ce genre de système d’émulation, qu’on trouve souvent, à première vue, efficient. De son avis, ceux qui sont en cuisine sont défavorisés par rapport aux autres dans la salle ou au comptoir. Entre deux expirations de répit, il ajoute: «Nous aussi nous aimerions accrocher un médaillon au revers de notre veste, et avoir notre nom avec une photo accrochée dans la salle!»
L’espéranto du médiocre
Là où le bât blesse, c’est lorsque libre cours est donné aux employés pour régir à leur manière la compétition. Pour acquérir les mêmes avantages, arriver aux mêmes résultats..., en un mot pour obtenir la promotion, tout le monde ne dispose pas des mêmes atouts. Ceux qui sont moins pourvus, n’hésitent pas à user de tous les subterfuges imaginables pour se positionner. M. Nabil, employé dans une grande entreprise de la place, nous a indiqué que chez eux, les «démunis», qu’ils nomment aussi «incompétents multi-lacunes» utilisent tout un arsenal pour ne pas se faire distancer. Pour lui, cela va du langage des signes, aux flèches décochées ou autres insinuations, si ce ne sont des mensonges ou pures inventions, rien que pour déstabiliser des collègues, ou les induire à faire des erreurs. Cette sorte de code est semble-t-il très courant. Pour s’en sortir, il faut être averti, solide et extrêmement stoïque, concluera-t-il. 
De l’avis de professionnels des ressources humaines: «sur la place certaines entreprises sont managées suivant les méthodes moyenâgeuses. Ce type de dirigeants ne voit que son propre intérêt et pas celui de l’entreprise, ou sa pérennité. Il dispose d’une arme fatale, qui se résume à diviser pour mieux régner, le fameux «divide and rule». Pour diviser, ils manipulent ses pions, qui ne sont rien d’autres que des racoleurs de couloirs, qui rapportent tous les bruits de couloirs».
Cela étant, puisque la compétition est omniprésente, l’entreprise aspirant à plus de modernité, gagnerait  à la normer et à canaliser les actions de tricheurs afin qu’elles restent une exception.
La semaine prochaine nous traiterons des «Conséquences des fusions ou absorptions sur le personnel».

D. MB.

Trois questions à Mlle Rajaa Mamou, Directeur Général de l’Institut Français de Gestion (IFG- Maroc)
Sans climat social sain et serein, point de qualité!

La Nouvelle Tribune: Comment percevez-vous la compétition dans l’entreprise ?
Mlle Rajaa Mamou: C’est une très bonne chose d’appliquer  ce concept dans l’entreprise. Pour la simple et bonne raison que si l’on considère Maslow et Mc Gregor (N.D.L.R.: Auteurs ayant effectué des travaux sur la motivation), il n’y a pas que la première étape..., la mise en valeur de l’individu dans l’équipe compte pour beaucoup aussi. Lorsqu’elle est normée, basée sur la transparence, elle est une source importante de motivation. A défaut de cela, on tombe sous le coup de l’effet inverse, qui engendre des coups bas, de l’animosité entre les membres du personnel, etc. Dans ces cas là, s’installe un climat social incroyable, or tout ce qui est qualité, ne peut naître que d’une compétition saine. Sans climat social sain et serein, il n’y aura pas de qualité. C’est une condition nécessaire. Et il n’est pas fortuit qu’on ne cesse de mettre l’accent sur la valorisation de la ressource humaine. C’est un beau discours, mais il reste à l’appliquer selon les normes.
 
Certains appliquent le système de l’employé du mois. Sans des règles justes les résultats escomptés sont-ils probants ?
Il est important de penser esprit d’équipe, et non un seul élément. Le jour où, il y aura assez de transparence dans la Direction, de tels systèmes seront mieux acceptés et plus efficaces pour tous. Il faudrait sensibiliser les dirigeants à ce qu’est la compétition d’abord, afin que le sens de la médaille, qui est remise en fin de mois, soit bien perçu et compris. C’est un préalable à accomplir. Avec des règles bien claires, précises, au départ, il y a peu de biais à l’arrivée.   
La promotion, il faut tout de même la mériter. Quant à ceux qui sont moins bons, moins outillés, doivent-ils mettre des bâtons dans les roues des meilleurs pour avancer?
Au contraire, cela doit les pousser à être meilleurs, à s’améliorer. C’est lorsqu’ils en sont incapables, qu’ils tentent de couper l’herbe sous les pieds des autres. Dans ce cas de figure, ils ne laissent pas émerger la créativité. Pourtant, le but est de se démarquer par un plus, qui est propre à chaque individu, par lequel il s’épanouit au lieu de faire attention à ses arrières.

Propos recueillis par
Daouda MBaye



 

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