C’est un PDG pédagogue en diable, brillant et convaincant qui a tenu, en fin de semaine dernière, une conférence de presse dans les locaux du siège casablancais de Royal Air Maroc. M. Mohamed Berrada, qui n’a point, en effet, oublié ses années de magistère à la Faculté de Sciences Economiques de Casablanca, mais qui affirme également ses convictions de patron libéral, a exposé les points forts de la stratégie de développement du Groupe RAM, désormais organisé en pôles de croissance (et centres de profit à partir de filiales dédiées au transport régulier, au transport low cost, à l’hôtellerie, aux services et innovations). Cette déclinaison de l’activité du transporteur national a permis d’évaluer le chemin parcouru durant les trois dernières années qui ont été celles d’une crise majeure du transport aérien international, consécutive aux attentats du 11 septembre 2001, à l’épidémie de SRAS et au déclenchement de la seconde guerre du Golfe.
RAM, pourtant, a su tirer son épingle du jeu, réalisant des exercices bénéficiaires, poursuivant sa politique d’investissement ( de 1900 millions de dirhams en 2003-2004), confirmant ses commandes d’aéronefs (deux Boeing 737-700 seront livrés en 2005), affrontant avec succès les premières vicissitudes ou contraintes de la nouvelle politique d’open sky décidée par les pouvoirs publics pour favoriser le développement du tourisme . C’est ainsi qu’Atlas Blue, la filiale low cost de RAM, a vu le jour à Marrakech au cours du second semestre de 2004. Dotée de sept appareils, réactive et dynamique, elle se posera en concurrente sérieuse des transporteurs européens qui, de Paris, Londres, Bruxelles ou Berlin, ont développé plusieurs lignes point à point vers le Maroc et ses destinations les plus prisées, Marrakech, Agadir, Fès ou Tanger.
RAM affrontera dans les mois qui suivent un autre défi, celui de combler le gap qu’induira au niveau de son chiffre d’affaires global la défection des sept appareils dédiés désormais à Atlas Blue. Le transport régulier fera, dixit M. Berrada, vingt pour cent de mieux au cours du prochain exercice (novembre 2004-octobre 2005) en profitant de la politique de prix agressive que Royal Air Maroc mettra en place, tant au niveau des lignes internationales qu’à celui des vols domestiques (une nouveauté). Le transport aérien intérieur devrait, en effet, connaître une croissance aussi forte que celles des autres marchés (France + 18 %, Afrique + 35 %, Europe + 19 %, etc) grâce à une nouvelle grille des tarifs pour les liaisons " intra muros". C’est d’ailleurs dans cette perspective que des innovations particulièrement significatives ont été implémentées ces dernières semaines comme le lancement de la ligne Casablanca Errachidia à partir du partage du risque d’exploitation entre la compagnie nationale et le Conseil Régional du Tafilalet ou encore la liaison Casablanca Essaouira qui concrétise un partenariat entre RAM, le Groupe
Accor et Atlas Voyages
Appliquant des baisses de 40 à 60 %, les vols intérieurs seront donc l’un des fers de lance de la nouvelle stratégie de RAM qui, grâce au hub de Casablanca, aspire fortement à devenir LA compagnie aérienne de l’Afrique de l’Ouest, pour des passagers africains à destination de l’Amérique du Nord ou du Sud, l’Europe ou l’Orient. C’est objectif est parfaitement réaliste quand on mesure le taux de croissance d’Air Sénégal International, dont Royal Air Maroc détient 51 % du capital ainsi que la responsabilité de la gestion.
C’est donc un Groupe Royal Air Maroc en parfait ordre de marche, aux ambitions aussi solides que réalisables que dirige aujourd’hui M. Berrada, un manager visiblement satisfait des résultats d’une gestion rigoureuse, dynamique et anticipatrice. Tout ce qui convient donc à une compagnie aérienne nationale garant, comme souligné par le PDG de RAM, de l’indépendance du pays en matière de transport et qui s’apprête, dans les prochaines semaines à rejoindre les rangs de "Sky Team " aux côtés d’Air France, American Airlines, Aeroflot et Korean Airlines ".
F.Y.