La Nouvelle Tribune : M. Antunès, vous venez de remplacer M. Cottarel à la direction de la filiale marocaine d'AXA, et vous affichez déjà de bien meilleurs résultats en 2003 par rapport à 2002. Est-ce l'effet de reprises de provisions ? et si c'est le cas, quelles sont exactement les provisions que vous reprenez ?
M. Daniel Antunès : Effectivement, en 2002, nous avons dû constituer un certain nombre de provisions, mais essentiellement pour dépréciation de titres. Nous n'avions pas à constituer des provisions pour aléas financiers puisqu'elles concernent la partie "assurances de personnes". Car AXA Assurance Maroc couvre et provisionne entièrement cette partie par des obligations, ce qui exclut tout problème de dépréciation.
Par contre, en ce qui concerne les provisions pour dépréciation, elles ont touché tout le secteur hors "assurances de personnes". Du fait de la dépréciation du marché boursier et que notre portefeuille en couverture étant pour ce secteur très largement constitué en actions, nous étions donc pleinement interpellés par le mécanisme de provisionnement pour dépréciation de titres.
Distinguez-vous dans votre portefeuille les participations stratégiques de vos placements ? Existe-t-il une règle spécifique au Maroc en la matière ?
Il n'y a pas de règle, à ma connaissance. AXA possède un portefeuille d'actions qui est important. Il se divise en deux grands groupes, les titres affectés et les titres non affectés. Les premiers sont ceux qui assurent la couverture des engagements techniques de la société d'assurance. À côté, au-delà de la nécessité de ces provisions techniques, il y a toute une part de placements dits " titres non affectés".
Concernant donc les provisionnements auxquels nous avons dû procéder, nous avons appliqué la règle classique énoncée par l'autorité de tutelle, qui veut qu'un titre en dessous de 25 % de sa cote doit faire obligatoirement l'objet d'une provision. C'est ce qui s'est passé en 2002 avec un montant provisionné global de 854 millions de dirhams.
Les placements d'AXA Assurance Maroc toutefois sont constitués de titres de sociétés solides et performantes. Nous nous attendions à profiter pleinement de la qualité de ces placements lorsque le marché financier se redresserait. C'est effectivement ce qui est arrivé en 2003. La Bourse a repris, à ce jour, entre 27 % et 29 % sur dix mois. Nous profitons déjà considérablement de cette reprise, en reprenant presque la totalité de nos provisions.
L'on sait qu'AXA est très investi dans des actions de sociétés partenaires. Constituez-vous autant de provisions sur de telles participations, sachant que ce sont des placements dits stratégiques qui ne donneront pas lieu à des prises de bénéfices ?
Tout à fait car nous avons appliqué la même règle à toutes les lignes de notre portefeuille, y compris pour les participations importantes acquises auprès de sociétés appartenant au périmètre du Groupe ONA,
Mais vous devez savoir que de telles participations, pour importantes qu'elles sont, n'impliquent nullement une obligation de conservation ou une interdiction de vente de tel ou tel titre.
Nous ne sommes pas tenus de conserver un pourcentage "obligatoire" de titres d'une quelconque société, au motif qu'il s'agirait d'une participation stratégique. Par contre, considérant les liens que nous avons avec le Groupe ONA, pour reprendre cet exemple, assurant en grande partie les sociétés de ce Groupe, il nous appartient de renforcer et consolider notre partenariat puisque ces sociétés sont solides et que nous devons placer nos revenus et couvrir nos engagements en bon père de famille.
Mais pourquoi la réglementation des assurances ne vous autorise-t-elle pas à provisionner uniquement sur la partie de vos actions qui représentent la couverture de vos réserves ? En d'autres termes, êtes-vous vraiment obligés de procéder à un provisionnement de masse et général ?
Une lecture stricte des obligations légales et réglementaires qui nous sont faites n'implique pas, effectivement, le provisionnement ligne à ligne auquel nous avons procédé pour le " non affecté ". Mais nous avons suivi en l'occurrence une directive du Groupe AXA qui s'applique à l'ensemble de ses sociétés à l'échelle internationale.
Par rapport aux résultats du premier semestre 2003 et pour les trois mois qui ont suivi, quelle est l'importance de la reprise de provisions que vous avez pu réaliser et quel est son impact sur vos résultats ?
Au bout d'un semestre, nous avions pu reprendre environ 25 % de ce qui avait été auparavant provisionné. Et nous serons vraisemblablement à plus de 40 %, à la fin de la présente année. Cela est intéressant à constater parce que si l'an passé, nous avions un exercice déficitaire d'environ 724MDh, cette année AXA Assurance Maroc réalisera un résultat des plus positifs. Lequel sera fabriqué dans une grande mesure par la partie financière.
Qu'en est-il de vos résultats d'exploitation ?
Le résultat d'exploitation traduit au mieux la santé d'une compagnie d'assurance. Et à ce niveau, je crois que chacun a retenu la leçon de ce qui s'est passé les années précédentes. Le financier est important, mais quand les marchés sont en crise, les fondamentaux du métier doivent être très solides pour tenir le coup et éviter de payer trop cher les retournements boursiers.
Aujourd'hui, malgré la reprise de la Bourse de Casablanca, on ne doit pas "faire des folies" et oublier la leçon de ce qui s'est passé ces deux dernières années. Il nous faut revenir à des résultats sains, ceux qui proviennent de l'opérationnel.
Et si d'aucuns veulent compenser leurs relatives performances dans l'exercice de leur métier par des opérations financières, ou qu'ils comptent à nouveau le faire, il faut bien voir que cette tendance qui a été celle de tous les marchés mondiaux de l'assurance, est remise en question aujourd'hui.
Il existe un indicateur qui renseigne sur les résultats de l'opérationnel, c'est le ratio combiné net de réassurance. Ce ratio donne le rapport des sinistres à cotisations plus toutes les charges (commissionnement, frais de gestion, etc), net de la réassurance. Ce ratio, si l'on ne gagne pas d'argent, doit être à 100. Dans tous les marchés mondiaux, jusqu'à cette année, les ratios étaient supérieurs à 100, signifiant par là que les compagnies réalisaient des résultats techniques déficitaires. Dans les périodes boursières fastes, ces pertes étaient compensées par les revenus financiers. L'an dernier, l'ensemble des places boursières ayant connu une crise, les plus-values financières se sont évaporées. Elles se sont transformées en moins-values qui se sont cumulées aux pertes du résultat opérationnel. Aujourd'hui, AXA , comme beaucoup d'autres d'ailleurs, travaille pour améliorer le ratio combiné net de réassurance.
A fin 2002, notre ratio combiné net de réassurance tournait autour de 111 %, indiquant donc que nous étions déficitaires. Mais aujourd'hui, nous l'avons significativement amélioré, signe d'un meilleur résultat opérationnel
Que représente le Maroc pour le Groupe AXA. Le considérez-vous comme un marché prometteur ?
Ce marché n'est pas encore mature certes, il est encore en devenir car le taux d'assurabilité n'est pas encore important (2,5 %). Beaucoup d'entreprises ne sont pas assez couvertes, de nombreux ménages qui possèdent un logement ne sont pas assurés ou pas suffisamment, l'assurance de personnes est encore très limitée, etc. L'assurance se développera concomitamment au développement économique du pays. Mais petit à petit, on va voir, par exemple, le taux d'assurance habitation croître en relation avec la politique en faveur de l'habitat social, du financement par le crédit immobilier, par exemple. Le développement de notre secteur se fera donc parallèlement et une croissance future peut être véritablement envisagée.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli