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Handicapant stress Verve/ Sociologie du travail

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Inhibants, le stress, pour nommer autrement les problèmes personnels, quand ils nous assaillent et vont jusqu’à nous empêcher de donner le meilleur de nous-mêmes. A remarquer que certaines professions sont moins exigeantes, sur le plan de la concentration, que d’autres. C’est peut-être pour cette raison que certaines activités ne sont généralement destinées qu’à des jeunes, de surcroît célibataires. Un quinquagénaire marié, père de plusieurs enfants se déplace moins facilement qu’un jeunot fraîchement sorti de son école de formation, ou qui démarre dans la production.
Sur le terrain nous avons pu remarquer que c’est un réel souci qu’il ne faut pas négliger du tout, tant son ampleur va grandissant. Les conséquences pour les personnes comme pour l’organisation peuvent être dramatiques (voir aussi Témoignages en Encadré ).
Que l’on soit fonctionnaire, dentiste, manutentionnaire, ou ..., que sais-je encore, médecin, ou architecte, le poids des problèmes personnels peut être pesant sur les résultats et lourds de conséquences sur les rendements. Il y a quelques années, le concept «stress» était peu connu. Maintenant, les professionnels soutiennent que c’est une réalité. Plusieurs d’entre eux considèrent que c’est un problème normal de la vie moderne. Le stress est le lot quotidien d’une majorité de personnes dans leur travail

Pires que les grèves

Si jamais (aucune statistique n’est disponible dans ce sens) les proportions du stress au Maroc corroborent celles à l’international, il faut se pencher sur la question sans tarder. En effet, selon The American Institute of Stress, ce problème est à l’origine de 75 à 90% des nouvelles consultations médicales et de 60 à 80% des accidents de travail. Pire encore, les coûts du stress seraient plus élevés que ceux de toutes les grèves mises ensemble. Pour l’entreprise, ces coûts se déclinent sous forme d’absentéisme, de perte de productivité, de rotation de personnel, d’accidents, de frais médicaux et légaux directs, ainsi que d’assurances, et de compensations. Nous croyons qu’au Maroc aussi cette situation s’aggrave d’année en année. Seulement certains psychologues que nous avons contactés, même s’ils ne se plaignent pas au niveau professionnel, trouvent que leurs consultations évoluent normalement. Bien entendu, beaucoup d’autres avancent être de plus en plus sollicités pour le stress. Il reste tout de même clair qu’on ne peut plus ignorer le stress ou simplement le tolérer en attendant que la situation devienne moins exigeante.

La Zen Attitude

La problématique ne se dissipera pas d’elle-même. Les psy trouvent que les pressions ne disparaîtront pas, elles font partie de notre vie quotidienne «normale». Aujourd’hui, il faut apprendre à «gérer notre stress». Les psychologues, et autres professionnels de neurologie, suggèrent plusieurs solutions. Toutefois, de l’avis de l’expert, «il ne suffit pas d’aller rendre visite à ces spécialistes pour performer et retrouver le tonus d’antan. Il faut d’abord commencer par comprendre d’où vient le stress: quels facteurs le provoquent et quels mécanismes l’engendrent. C’est en s’appuyant sur cette compréhension, qu’il devient possible de savoir ce que nous pouvons faire pour empêcher les pressions de provoquer chez nous un stress chronique et le cortège des maux physiques et psychiques qui viennent à sa suite».
M. Idrissi Ahmed, Consultant en Management à Casablanca, confirme cela. Pour lui, aujourd’hui de plus en plus d’entreprises consultent les psy pour résoudre les cas de stress vécus par leur personnel. Il poursuit soutenant que ceci se justifie par le fait que présentement, le stress provient plus du monde du travail que du privé.
En général, les professionnels conseillent à ceux qui souffrent de stress de faire un travail sur eux-mêmes, mais aussi de positiver (voir le verre à moitié plein plutôt que vide) en effectuant un recadrage des positions pour les mettre à leur faveur. Pour ce qui est de faire un travail sur soi, ce consultant demande qu’on donne plus de respect au corps, afin de lui laisser le temps de se reposer, de dormir assez. Les résultats seraient de meilleures réactions et des sécrétions d’adrénaline moins intenses. En ayant le réflexe de travailler la respiration aussi, on peut arriver à gérer une critique sévère d’un collègue par exemple, ...
Effectuer un tel travail revient à faire près de 70% du travail pour réduire son stress, mais ce n’est hélas pas suffisant. L’expert trouve qu’il faut compléter ce travail sur soi et le recadrage des positions par le volet managérial. Avec une gestion du temps améliorée, on arrive à mieux maîtriser les urgences et les pressions devant des échéances proches deviennent moins fortes. La délégation des tâches permettant moins d’encombrements peut aider à réduire de beaucoup le stress aussi.
La semaine prochaine nous traiterons de la problématique des entretiens en tête-à-tête, pour savoir si c’est une solution ou une perte de temps.

D. MB.

Témoignages

M. Mohamed G. Enseignant : Moi, c’est tout à fait clair, lorsque je suis dépassé par les événements, je ne peux plus me concentrer. Au lieu de déballer des balivernes à mes élèves, je me terre chez moi en attendant que cela aille mieux. Heureusement ces moments ne durent pas.

Soukeina A. Laborantine : Je crois que mon cas est à part. Mon travail demande beaucoup de concentration et ne permet pas des erreurs de manipulations. Ainsi, une fois au travail, je fais abstraction complète de moi-même. Je laisse toute ma vie privée derrière moi. Je dois, quand même, avouer que ces derniers temps, c’est de plus en plus difficile.
MM. Houcine et Driss, tous deux coupeurs : Pour nous, les problèmes personnels, lorsqu’ils atteignent un certain niveau sont bloquants et ne permettent pas de travailler correctement. Avec une lame pareille, qui va si vite, à la moindre inadvertance, c’est la catastrophe.

M. Amine D., menuisier : Ici dans notre atelier la «toupie» a fait beaucoup de malheurs. Plusieurs doigts d’ouvriers distraits ont été sectionnés ... Cela provient de l’inattention qui a sa source dans le stress de tous les jours. Ces accidents n’arrivent pas qu’aux inexpérimentés.


Trois questions au Dr. Abdallah Mamou, Psychologue à Casablanca
Le stress, sentiment naturel à gérer par la médecine du travail

La Nouvelle Tribune: Pouvez-vous confirmer que les problèmes personnels des employés pondèrent leurs performances?
Dr. Abdallah Mamou :
Par problèmes personnels, vous insinuez des problèmes en rapport avec le stress, car le terme est vaste. Il peut aller des problèmes d’ordre financier, de couple, ou encore de santé, mais dans le fond, toutes ces difficultés aboutissent à une réaction de l’organisme et là on revient à la notion de stress, qui est une action brutale produite sur l’organisme par un choc violent, une émotion ... A ce niveau, on remarque qu’il y a une notion relative à chaque individu.
Il est certain que les problèmes personnels déterminent les performances car le stress entraîne dans une phase le début de réaction, de résistance qui se traduit par un état d’hypervigilance, qui dans un premier temps peut accroître le rendement du salarié. Mais par la suite, survient un état dépressif qu’on décrit sous le terme de fatigue névrotique.
La vie étant un continuum, où on ne peut parfois pas dissocier la vie familiale de la vie professionnelle et parfois quand la personnalité de l’individu est fragile, c’est en quelque sorte un système de vases communicants

Dans des cas pareils, que suggérez-vous à ces salariés?
Ce qui vaut pour le salarié, l’est également pour le patron. C’est la gestion du stress qui ne peut se faire que par une hygiène de vie propre, en agissant d’abord sur les facteurs qui dépendent de nous, comme le sport, la non consommation d’excitants (tabac, café, alcool...) et, ce qui est parfois absent de la famille marocaine, à savoir la communication au sein du couple. Bien sûr, quand on se sent dépassé, il faut avoir recours au médecin, pas spécialement le psychologue, mais le médecin de famille, qui est apte à défricher le terrain dans un premier temps. 

Ne revient-il pas enfin à l’entreprise de veiller à la sérénité de son propre personnel?
Le stress est un sentiment naturel qu’il faut parfois respecter et qui peut être un moteur de rentabilité, mais tout le savoir-faire d’un patron c’est de trouver le bon équilibre pour ne pas dépasser le seuil. De manière imagée, il lui revient d’être en quelque sorte un grand chef cuisinier pour trouver la bonne dose. D’un autre côté, les problèmes ne sont pas uniquement liés à la profusion et souvent on ramène ses propres soucis au bureau. De ce point de vue le travail est une échappatoire à ses tracas, quand la bonne ambiance est là. Le plus important c’est d’instaurer une vraie médecine du travail ou tout simplement créer un cadre d’écoute où on peut s’exprimer.
Le lieu de travail peut effectivement aggraver ou améliorer la qualité de vie et il faut veiller à repérer les personnes en détresse et tenter dans la mesure du possible de réaménager les conditions de travail, par exemple : poste sans responsabilité, travail stable et non les 3 x 8 bien sûr pour une période déterminée. 

Propos recueillis par
Daouda MBaye



 

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