Les patrons de petites et moyennes entreprises en avaient bien besoin : les deuxièmes assises de la PME, qui se sont tenues vendredi dernier dans un palace casablancais, ont tenu leurs promesses ! En s’engageant, au nom de son département, à “opérationnaliser les recommandations” de ces assises, M.Salaheddine Mezouar, ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau de l’économie, ne donnait d’ailleurs pas l’impression de s’engager à la légère : “M.Jettou, avait notamment déclaré M. Mezouar, suit de très près l’évolution de ce dossier, soyez-en assurés”.
Une volonté politique clairement affichée donc, qui permettait à M. Hammad Kassal, président de la Fédération des PME-PMI au sein de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), d’annoncer, dès le mardi suivant, trois bonnes nouvelles à ses affiliés, dans l’attente fébrile d’un plan de sauvetage d’urgence !
Pour commencer, la mise en œuvre effective du Fonds de restructuration financière, alimenté notamment par une contribution de l’Agence française de développement d’un montant de 10 millions d’Euros. Principale caractéristique de ce fonds de cautionnement destiné à renflouer les liquidités des entreprises en difficulté, son accessibilité conditionnée à la présentation des documents comptables certifiés relatifs aux trois derniers exercices ou à défaut, un contrat d’audit régulier passé avec un expert comptable assermenté. Deux autres conditions d’accessibilité sont prévues : le plafonnement du total bilan à cinquante millions de Dirhams et la présentation par l’entreprise d’un diagnostic réalisé par l’Agence nationale de la PME, créée à cette fin il y a deux ans.
Une logique de regroupement
Deuxième bonne nouvelle, l’engagement d’une stratégie de regroupement des PME-PMI en consortiums : l’union faisant la force, les petites et moyennes entreprises seront donc méthodiquement incitées à constituer des conglomérats de taille suffisante pour affronter l’ouverture des marchés. “C’est sur ce modèle, souligne M. Kassal, que l’Inde, Taïwan ou Singapour sont parvenus à décoller. À Singapour par exemple, la logique de regroupement permet la création de 250 000 petites et moyennes entreprises chaque année”. Un “Guide du financement de l’investissement et de la mise à niveau de la PME”, réalisé par Attijariwafa bank en étroite concertation avec la Fédération et distribué en marge de ces deuxièmes assises traduit bien d’ailleurs tout l’intérêt que représente la PME aux yeux du “champion national de la banque et de la finance” engagé lui-même dans une dynamique de création d’autres champions nationaux…
Enfin, la cerise sur le gâteau : pour mieux contribuer à la recapitalisation des PME, la fiscalité a été mise à contribution : le réinvestissement des bénéfices sera exonéré d’imposition. Une façon jugée décisive d’encourager petits et moyens entrepreneurs à se donner les véritables moyens de la compétition qui a déjà commencé.
La globalisation des marchés et des économies n’était toutefois pas le seul et unique sujet de préoccupation de l’impressionnant parterre d’opérateurs réunis ce jour-là à l’initiative de la Fédération des PME-PMI. Pour nombre d’entre eux, la tenue de ces assises intervient dans un climat général de découragement face à la gravité du constat : non seulement le tissu socio-économique marocain est encore loin du niveau requis pour prétendre s’ouvrir à la concurrence mondiale mais surtout, la pression de la misère et la gangrène de l’endoctrinement extrémiste font craindre à beaucoup une nouvelle explosion d’activisme terroriste.
“Innover ou disparaîte” ! Des trois tables rondes qui alimentèrent les travaux de cette journée, celle-ci fut particulièrement l’occasion de mettre le doigt sur l’un des nœuds du problème : la capacité des entreprises à aller de l’avant, à surprendre le marché, à s’imposer par la nouveauté autant que par la qualité.
Dans cet ordre d’idées, ces deuxièmes assises furent l’occasion de tirer les leçons de deux “success stories”, deux cas d’école de réussite de projets d’entreprise innovants : Argane Oil et AMCP Maroc (Sièges TGV), dont les managers respectifs faisaient figure de symboles d’une nouvelle culture d’entreprise, d’une nouvelle classe d’entrepreneurs.
DM