Chez les bazaristes de Casablanca, on ne parle que de ça : la reprise des ventes des produits artisanaux, en particulier la maroquinerie. "Cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu une telle ruée de touristes vers nos produits. Nationaux ou étrangers, un grand nombre de voyageurs se sont intéressés à la maroquinerie. L'année 2004, est une saison exceptionnelle", souligne le gérant du premier magasin que nous avons visité, sur l'avenue Félix Houphouët Boigny. Côté recette, il n'a avancé aucun chiffre. Dans ce box, l'affluence est manifeste. Dans ses propos se remarque une sorte de joie. À la question de savoir ce qui s'est passé pour que les gens achètent autant de maroquinerie, notre interlocuteur hausse les épaules avant de lancer, sans grande conviction, "je pense que c'est la mode. Il y a des saisons comme ça." Son voisin immédiat et moins avare qui a plus d'informations. Selon ce maroquinier, le marché du cuir connaît une embellie en raison de la demande très forte liée au rapport qualité/prix mais aussi au résultat de la campagne promotionnelle menée sur des marchés étrangers. À la Maison de l'Artisan, à Rabat, les chiffres concernant l'exportation des principaux produits au cours des dix dernières années (1993-2002) sont révélateurs hauts et des bas. Les statistiques montrent une sensible progression d'autant plus que le nombre de produits exportés a atteint 682 921 articles en 2002 contre 655553 articles en 2001. Il faut souligner, à ce sujet, que ces produits englobent les articles en fer forgé, le tapis, la poterie, les articles en bois, les articles de vannerie, les vêtements, les articles chaussants, les couvertures, les articles en cuivre, les bijoux de fantaisie, et divers. Pour ce qui est de la maroquinerie, proprement dite, elle a enregistré une forte progression pour avoisiner le record du boom rencontré en 1996 où le nombre d'articles exportés a été de 49 078. Autrement dit, en 2002 les articles de la maroquinerie se sont situés à hauteur de 48 157 unités à l'exportation. Pour certains responsables, le métier de la tannerie s'est relativement modernisé. En outre, des pays d’Afrique qui ont investi ce secteur connaissent un essoufflement en raison de problèmes structurels. D'où la montée en flèche des artisants marocains.
Du pragmatisme et une politique d'ouverture
Un avis qui n'est pas partagé par tous les professionnels. En effet, depuis le lancement du programme de mise à niveau du tissu économique marocain, notamment les PME-PMI, le secteur du cuir s'est amélioré considérablement. "Le marché de la maroquinerie vit une nouvelle ère car les opérateurs tendent vers des regroupements tout en diversifiant leurs activités. À cet élément, il faut ajouter le ciblage des marchés extérieurs. Mais l'élément, qui a le plus contribué à la reprise de la maroquinerie dans notre pays, est l'engagement de l'État à y insuffler une nouvelle dynamique. Dans le temps, il y a avait trop d'amateurisme. Il n'y avait pas une vraie politique d'accompagnement de ce secteur. Aujourd'hui, les artisans sont répertoriés et agissent sous forme de coopératives", soutient un autre cadre du ministère du Tourisme et de l'Artisanat. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant que l'actuel ministre, M. Adil Douiri initie plusieurs actions de sensibilisation et de communication sur ce produit dans la perspective de l'horizon 2010. À la Fédération de l'industrie du cuir (FEDIC), plusieurs éléments portent à croire que ce secteur a fait sa traversée du désert. D'ailleurs, un responsable fait remarquer, dans l'anonymat, qu'un effort réel a été fait pour attirer les touristes vers ces produits artisanaux. "Les touristes s'intéressent de plus en plus aux produits de maroquinerie parce que tout été mis en oeuvre pour les rendre plus attrayants, alliant ainsi la qualité et le prix. C'était le laisser-aller qui prédominait sur le marché. En clair, il n'y avait pas de professionnalisme. Mais la garantie apportée par l'État de soutenir cette activité a encouragé les artisans et les industriels à s'investir davantage. Résultat, on ne navigue plus à vue", avance-t-il. En 2001, la nécessité de moderniser le secteur s'était déjà fait sentir. Au cours de cette année, l'ensemble des exportations de la maroquinerie nationale n'a pas dépassé les 24 877 unités. Une année considérée comme catastrophique par les professionnels. Selon des informations concordantes, cette situation a amené les autorités à suivre de près l'évolution de cette activité. Une remise en cause salvatrice qui a permis aujourd'hui de sauver la situation. Mais pour le ministre, il est désormais question de viser d'autres marchés émergents. En effet, les marchés traditionnellement conquis par la maroquinerie du royaume à savoir la France, l'Espagne, l'Italie, les États Unis, l'Allemagne, la Grande Bretagne, la Hollande et la Belgique, commencent à être saturés. Une inquiétude levée par l’élargissement de l'Union Européenne à 25 membres.
M.S.