Aujourd’hui, avec la pagaille généralisée dans le secteur de la céramique, il y a péril en la demeure. Les stocks s’amoncellent dans les usines locales de céramique ! Le nombre d’emplois menacés est estimé à quelque 30.000 . A défaut de mesures énergiques, le secteur de la céramique court de graves dangers. D’après les statistiques recueillies auprès de l’Association Professionnelle des Industries Céramiques (APIC), en 2003, les importations ont grimpé à 11 millions de m2 de carreaux et 2.750 t de céramique. Cela représente une progression du simple au double par rapport à 2002. Pire, il a été décelé qu’elles deviennent porteuses de fausses déclarations avec des valeurs comprises entre 0,5 et 1,5 euro/ m2 pour les carreaux, 0,6 euro/kg dans le sanitaire et 0,35 euro/kg en vaisselle. Devant de tels prix, les opérateurs ne peuvent opérer aucune résistance. Essentiellement en provenance d’Espagne, de Turquie ou d’Italie, les importations sont le plus clair du temps sous-facturées, regrettent les professionnels. Sur le terrain, il nous a été impossible de vérifier cela, nous avons beau tenter de joindre des sources, mais en vain. Toutefois, selon les nombreux témoignages que nous avons recueillis, (dont certains sont reproduits en Encadré), on peut croire que le rapport qualité/prix est un élément déterminant dans le choix des maîtres d’ouvrages.
Mettre un terme à l’hécatombe
Les professionnels des Associations des Industries Céramiques, de la Fédération des Industries des Matériaux de Construction, ... ont été reçus la semaine dernière par le Premier ministre, M. Driss Jettou, en présence des ministres des Mines, de l’Habitat, du Commerce et de l’Industrie. Pour M. Hjiaj, Secrétaire Général de l’APIC, la situation est tellement critique, qu’il faut trouver des solutions le plus rapidement possible. Il y a de l’espoir, car les autorités qui ont reçu la profession, promettent des mesures adéquates. Un opérateur a soutenu que toutes les usines ont du stock, or le stock coûte de l’argent. Quand elles viennent seulement d’achever des investissements très importants, donc très lourds, un tel cas de figure peut laisser un certain nombre d’industriels sur le carreau. C’est vraiment le cas de le dire !
Le constat donne froid dans le dos à certains: rien qu’en 2002, plus de 500 millions de Dhs ont été investis et plus de 500 postes d’emploi ont été créés. Entre-temps , il y a eu le démantèlement douanier, la suppression des prix de références et maintenant, c’est beaucoup d’informel mêlé de sous-facturation, de dumping, du 3ème et 4ème choix qui rentre, peu de contrôle au niveau des douanes et de la normalisation.
Mais vu qu’aujourd’hui, les gains se situent à l’intérieur de l’usine et non sur le marché, pourquoi ne pas utiliser les intrants locaux (de Managem à Guemassa, par exemple) pour alimenter l’industrie céramique.
Oui à une concurrence loyale
Au sein des professionnels du secteur, le discours est quasi-identique: «Nous sommes prêts à jouer le jeu de la concurrence, mais il faut que ce soit une concurrence loyale. En d’autres termes, c’est disposer des mêmes armes pour faire face à la concurrence étrangère».
Devant la situation catastrophique qu’ils vivent, un chapelet de doléances, allant de l’application de mesures immédiates et l’institution d’un cadre de concurrence loyale, jusqu’à la réduction du coût très élevé de l’énergie, des intrants et de l’argent (du Dirham), mais également à tout ce qui tire la productivité vers le bas, est présenté aux pouvoirs publics. En outre, la profession exige immédiatement l’instauration de prix de référence au dédouanement, le renforcement du contrôle au niveau de la douane et de ne permettre l’importation que par un seul port marocain, défini et connu des services douaniers, pour resserrer l’étau de la contrebande. Aussi, les opérateurs demandent prestement aux services douaniers de généraliser la taxation des produits importés sur la base de prix définis et respectés, et mettre en place une taxe additionnelle pour stopper la spéculation des importateurs. Cette mesure est possible dès que les importations dépassent le tiers de la consommation nationale.
A moyen et long terme, il faudrait concrétiser l’accélération de sortie du décret qui rendrait obligatoire la norme marocaine (NM) sur les produits céramiques, l’instauration de mesures de sauvegarde pour la céramique et le marbre, le contrôle strict de la qualité selon la norme des produits céramiques quelle que soit la provenance. Il y a un appel qui est lancé pour l’exonération des intrants utilisés, la déduction du coût de l’énergie thermique et électrique, des frais portuaires...
Il est vrai que c’est par une prise de conscience collective, une action commune qu’émaneraient des solutions à une telle problématique. Les rares bénéficiaires de la vente de céramique importée en sous-facturation ne doivent pas perdre de vue que la condition sine qua non qui dicte l’achat des clients, est la disponibilité d’un revenu. En cassant l’emploi, ils rompent la chaîne. Mais comme le mois de Juillet a été décrété celui de la lutte contre la sous-facturation, les contrevenants n’ont qu’à bien se tenir.
D. MB.
Témoignages
M. M’Hamed B., Particulier (en train de construire sa maison): Pour ma salle de bain et ma cuisine je préfère acheter ces carreaux, aux dessins et motifs plus beaux. L’un de mes amis trouve qu’ils sont de meilleure qualité. Par rapport aux autres produits sur place, ils sont surtout un peu moins chers.
M. Abdellah S. Promoteur immobilier: Sur ce chantier, je me suis approvisionné à parts égales aussi bien sur les carreaux fabriqués localement que sur ceux importés. Généralement, mes prestataires achètent ce qui est disponible sur la place.
M. Omar C., Vendeur: La qualité ne dépend pas de nous, mais plutôt de l’usine qui fabrique le produit. Nous nous approvisionnons selon la demande. Celle-ci peut pencher pour le local ou pour l’importation. Pour l’avenir de la céramique, il faudrait voir du côté de la politique générale des opérateurs locaux.
M. Ahmed K. Vendeur: Ce qui détermine l’achat du client, c’est essentiellement le prix.
Propos recueillis par
Daouda MBaye