Faites vos jeux...les jeux sont faits...rien ne va plus...
Pour la plupart des observateurs de la vie politique française, dans la roulette du PS la bille s'est déjà immobilisée sur les couleurs de Ségolène Royal… Dans le passé, ils se sont si souvent trompés qu'une surprise ne peut être exclue dans six semaines, à l'arrivée de cette course à la candidature socialiste pour la présidentielle. En revanche, on connaît au moins avec certitude le grand perdant, Lionel Jospin, qui a jeté l'éponge après avoir tout raté depuis la marche du premier tour de la présidentielle d'avril 2001 et, dans la foulée, sa fausse sortie de la vie politique, puis sa prétendue retraite entrecoupée de doctes leçons administrées à droite et à gauche. Son retour, en candidat du recours que personne n'appelait, s'achève sur un fiasco personnel. Plus anecdotique est le retrait attendu d'un Jack Lang, à bout de souffle, qui s'en est tiré par la pirouette du "sacrifice"...
Deux "éléphants", Laurent Fabius et Dominique Strauss Khan, restent donc seuls en piste face à celle qui s'est baptisée "la Gazelle" et qui continue de faire la course en tête. Peuvent-ils empêcher Ségolène Royale d'être la candidate officielle du PS? Paradoxalement, son côté Jeanne d'Arc, sa référence à des valeurs traditionnelles, son profil vieille France mâtiné de gauche caviar ne rebutent pas la nouvelle vague. C'est que le parti a changé et sa base a été renouvelée en quelques mois par une campagne d'adhésions massives, très controversée, via Internet. Une vague très "royaliste" qui a bousculé les vieux courants internes du parti dans lesquels les jeunes militants ne se reconnaissaient plus ?
Show médiatique et féministe
La présidente de la région Poitou Charente est gagnante car elle a compris que pour attirer ces nouveaux arrivants, il fallait feindre d'ignorer les batailles internes. Feindre seulement, pour contourner de l'extérieur un appareil immobile et verrouillé. Cela avec un art consommé de la communication qui s'est révélé payant. Plus soucieuse de soigner son image, celle de son couple et même de ses enfants, que d'exposer son programme et de disserter sur le projet socialiste cher à son compagnon François Hollande, la ""Madone", c'est son autre surnom, n'a cessé de squatter les médias, de surfer avec les internautes, de « peopoliser » sa vie privée et publique. Du grand spectacle. Au point d'en agacer plus d'un au PS qui clamaient : "Ce n'est pas la Une de Paris Match ou « le 20 heures » de TF1 qui désignera le candidat socialiste".
C'est pourtant ce qui risque de se passer d'une certaine façon alors que beaucoup de poids lourds dans les fédérations socialistes rallient son camp. L'autre tactique gagnante a été de déplacer le combat sur le terrain féministe." En leur temps, Edith Cresson à gauche ou Michèle Barzach à droite ont payé pour le savoir : on ne pardonne rien aux femmes dans ce monde de machos qu'est la politique française" explique une militante royaliste "mais Ségolène a choisi l'offensive". Du coup, beaucoup ont préféré mettre une sourdine à toute critique plutôt que d'affronter un procès en machisme, vrai ou supposé. C'est ce que ses adversaires appellent du "terrorisme intellectuel."
Mais rien n'y fait, la marche en avant continue avec toutefois une ombre au tableau. De plus en plus de voix s'élèvent pour demander: "Quel est son programme?" Quelles sont ses idées de fond sur les inévitables mutations économiques ou sociales en débat dans la société française? Quelle sera sa politique internationale?" Faute de réponses claires, les reproches fusent, quelquefois contradictoires. Pour les uns, son discours est "creux". Pour les autres il est "dangereux", s'éloigne des dogmes défendus par la gauche, et souvent "dérape".
C'est dans cette faille que vont essayer de s'engouffrer ses opposants et surtout ses deux concurrents directs.
Dominique Strauss Kahn d'abord. L'ancien ministre des Finances dispose d'une aura indiscutable et est respecté pour sa compétence par l'ensemble de la classe politique et les milieux d'affaires. Il ne déclenche certes pas l'enthousiasme des foules, mais il est sans doute le leader le plus consistant et le plus solide du PS, en un mot le plus sérieux. Est-ce suffisant pour devenir le candidat des socialistes face à la vague royaliste? Rien n'est moins sûr. Reste Laurent Fabius qui, jusqu'à son engagement en faveur du Non au référendum européen, faisait figure d'épouvantail pour l'aile gauche du PS. Il en est aujourd'hui le surprenant candidat. Avec ce constat, tout est dit ou presque, mais on peut ajouter ce commentaire d'un militant de son propre camp : " Chacun a le droit de d'évoluer. Fabius aussi, mais il lui faudra plus que quelques postures mitterrandiennes et une surenchère dans le discours pour se laver des soupçons d'opportunisme." C'est bien là l'éternel boulet qui plombe depuis des années celui qui fut le plus jeune Premier ministre de la République...
Dans ce contexte, la « pole position » qu'occupe Ségolène Royal ne fait aucun doute, même si les sondages réalisés chez les "sympathisants" comportent une part d'inconnu.. Dominique Strauss Kahn comme Laurent Fabius vont tout miser sur leur expérience dans le grand oral qui commence avec réunions et débats télévisés, aux règles très codifiées, pour pousser Ségolène à la faute devant les militants et toute la France. Leur objectif commun étant de contraindre la favorite à un second tour, chacun d'eux espérant être celui qui restera en lice et regroupera sur son nom l'ensemble des autres courants sous la banderole "Tout sauf Ségolène...". La confrontation s'annonce chaude. Si les "royalistes" ne semblent pas douter du succès, il leur reste un gros souci : dans quel état le parti et leur candidate sortiront-t-ils de cette primaire, avant d'affronter Nicolas Sarkozy?
Mais c'est déjà une autre histoire.
Alex Panzani
Feu de paille
À peine exhumée, peut-être à des fins douteuses dans la campagne présidentielle française, l'épave du « Rainbow Warrior » a coulé à pic.
Le navire de Greenpeace avait été saboté dans le port d'Auckland par des nageurs de combat (forces spéciales des services français) et un photographe y avait laissé la vie. Le rôle prêté à Gérard, frère de Ségolène Royal, dans cette action de commando peu glorieuse qui fit une innocente victime, n'a été qu'un feu de paille.
Nicolas Sarkozy, que l'on montrait déjà du doigt dans cette opération médiatique, s'est chargé d'éteindre l'incendie par la bouche de Patrick Devedjian, son proche conseiller : " C'est un soldat, il obéissait aux ordres et ce n'est donc pas lui qui est responsable. Sa soeur encore moins".
Fermez le ban.