Va-t-on bénéficier en Afrique d’assurance contre les risques catastrophiques? On peut l’espérer. Devant la multiplicité des calamités (inondations, tremblements de terre, glissements de terrain, sécheresse, ...) survenues ces derniers temps à travers la planète, et le risque politique (attentats, terrorisme, actes de sabotage...) s’aggravant, la couverture des risques, dits spécifiques dans le jargon, et quasi-inexistante par le passé, se fait de plus en plus sentir. Aujourd’hui, devant l’importante étendue des dommages assimilés souvent à des actes de guerre, l’échec des formules classiques d’assurances, interpellent plus d’un. La rencontre de Casablanca, placée sous le thème de «l’assurance et la réassurance des risques catastrophiques pour un développement durable des populations et des États africains», arrive donc à point nommé, ont souligné les différents intervenants. Au delà de l’élargissement de la culture d’assurance et de la promotion des marchés d’assurance et de réassurance au Maroc et en Afrique, où le taux de pénétration est encore faible, les organisateurs visent à tirer profit des expériences réussies ailleurs.
Élargir le périmètre
M. Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de la Privatisation, qui a ouvert les travaux, a formulé le souhait que les conclusions du séminaire puissent permettre de relever l’un des défis majeurs de ce début de 21ème siècle, à savoir assurer une protection pérenne aux citoyens et à leurs patrimoines contre les risques catastrophiques ou à défaut en atténuer les conséquences sur la sécurité et la stabilité de l’environnement économique et social. L’engagement de l’Etat pour atténuer les conséquences des risques majeurs, notamment par les actions menées (dialogue national sur la prévention des risques avec des ateliers et des tables rondes), ou envisagées (loi portant sur la protection et la mise en valeur de l’environnement, Fonds National de l’Environnement, ateliers et études sur le thème) par le ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Eau et de l’Environnement, a été explicité par M. Kaioua, Inspecteur régional représentant le ministre de tutelle empêché. Il n’a pas manqué de rappeler les discours engagés de SM le Roi, lors de la 7ème Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COOP7) à Marrakech en novembre 2001, et du 25 mars 2004 à Al Hoceima, axés sur les voies préventives de l’écologie humaniste et l’aptitude à faire face aux situations d’urgence. Avant de clore son propos, il a annoncé la création d’un Corps d’Inspecteurs des sites industriels, d’un Centre National d’Élimination des déchets dangereux... De son avis on gagnerait à singer les systèmes novateurs, en matière d’assurance des risques, en vogue dans les pays développés. M. Mustapha Bakkoury, Président de la SCR, s’est quant à lui appesanti sur la nécessité de trouver des solutions adaptées au contexte africain, la nécessaire coopération dans le secteur, la réponse «assurentielle» à une légitime demande de couverture de ces risques...,les effets de levier macro-économique de dispositifs d’assurance face à la fragilité de nos économies. Bien que louant les actions de solidarité publique, il a attiré l’attention sur le fait qu’elles ne doivent en aucun cas contrarier l’essor nécessaire de leurs marchés de la protection financière. M. Kaïsse Ben Yahia, Chargé de Mission à la CDG, nous a précisé que grâce à la titrisation des risques assurentiels liéscaux catastrophes, le secteur a récemment élargi l’offre de couverture. Une niche importante à sonder.
Les riches travaux, qui ont suivi, ont confirmé toutes les attentes.
D. MB.
Ils ont dit
M. Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de la Privatisation : Le combat que nous menons aujourd’hui, contrairement à ce que certains pensent, n’est pas perdu d’avance. Il s’agit d’être surtout volontariste. Actuellement, il existe des risques naturels et politiques auxquels le monde entier fait face. Très récemment notre pays a subi des catastrophes naturelles, comme le séisme dans la région d’Al Hoceima, les inondations à Mohammédia, à Berkane..., et d’autres issues de la main de l’homme après les attentats du 16 mai 2003. A Madrid, chez nos voisins espagnols, l’effroi des attentats du 11 mars dernier est encore figé dans les mémoires. Tous ces événements font qu’il y a une forte mobilisation dans le monde pour réfléchir afin de trouver des moyens et arriver à assurer les personnes et les biens.
Déjà un travail important est fait dans les pays développés. Une telle conférence est une excellente occasion pour nos pays africains d’être au fait d’expériences qui y ont fait leurs preuves, et les adapter à notre contexte.
Lorsqu’il y a des difficultés, il faut les considérer comme des enjeux, des défis à relever. Il ne peut s’ériger aucune espèce de concurrence entre le Public et le Privé, car dans le secteur de l’assurance, il y a toujours une approche de solidarité qui les amène à travailler de concert.
M. Yosef Aseffa, Secrétaire Général de l’Organisation des Assurances Africaines (OAA) :
Dans la couverture des risques naturelles, le Public comme le Privé ont chacun un rôle à jouer. Au lieu d’une compétition, il s’agit plutôt d’une coopération. Le secteur n’est pas venu couvrir les catastrophes naturelles pour la première fois. Pour rappel, le tremblement de terre, qui est survenu, il y a une centaine d’années en Californie, a été couvert par Munich Ré. Aujourd’hui, ce sont les déterminants qui changent, les catastrophes sont plus fréquentes et de naturelles, celles émanant de la main de l’homme (NDLR: terrorisme), sont venues s’y greffer. Sur ce dernier volet, la couverture est plus limitée, car la responsabilité de la profession a trait à l’impact économique. L’impact social du terrorisme ne pourra jamais être couvert par le secteur.
Nos pays doivent s’engager pour atténuer les risques politiques. On ne peut éliminer le terrorisme, il s’agit de s’attaquer plutôt à ses causes. il y a un certain nombre de raisons qui donnent naissance au terrorisme. C’est sur ce terrain plus politique, qu’il faut le combattre.
M. Moussa Diaw, Directeur Général de la Société Sénégalaise de Réassurances (SenRé): Compte tenu de toutes les calamités et intempéries qui frappent notre continent, un tel séminaire constitue une excellente opportunité. Face à l’insuffisance des moyens publics, il paraît judicieux de trouver une solution pour indemniser ou du moins faire en sorte que l’activité économique ne soit pas pénalisée par ces événements, d’où une action couplée public-privé, comme cela s’est fait dans les pays développés où le couple Etat-Assureurs a pu trouver la solution à ce type de problèmes.
M. Mohamed Laaraf, Directeur Adjoint Africa Réassurance - Brokers Maroc:
Dans la profession, nous sommes en train de penser à une autre couverture concernant les catastrophes naturelles, les attentats... C’est un début prometteur qui sera, très certainement, bénéfique à tous.
M. L. Panahi, Director Engineering & Liability, Bimeh Iran : Une telle rencontre sera, sans doute, d’un soutien important pour trouver les solutions permettant de couvrir les risques consécutifs aux catastrophes naturelles. Dans ce champ nouveau de notre domaine, on peut très bien trouver les moyens de couvrir les derniers événements malheureux qui ont eu lieu çà et là. Que la catastrophe touche des gratte-ciel, la technologie, des investissements industriels, tels que des raffineries, le transport routier ou ferroviaire, ...
M. Ibrahima Cissé, Directeur Sosar Al Amane Sénégal : C’est une conférence qui vient à point nommé, après les catastrophes vécues ces derniers temps. Le thème intéresse à la fois les assureurs, les décideurs politiques, et plus généralement tous les citoyens. Nous profiterons de cette opportunité pour en tirer les enseignements et voir comment nous, assureurs, pourrons bénéficier d’expériences réussies ailleurs.
En termes de moyens, il faudra une étroite association de ceux du Public et du Privé. Il existe, généralement, dans nos États d’un côté les fonds de calamités naturelles et de l’autre les assureurs sensés gérer les fonds internationaux pour répondre aux attentes des populations sinistrées.
Propos recueillis par
Daouda MBaye