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Femme et taxi driver … Portrait

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Quel regard porter sur la première femme chauffeur de petit taxi à Casablanca ? Il faut se mettre dans la peau de cette personne pour comprendre les astuces du métier. Portrait d’une mère de famille pas comme les autres.

Dans une Djellaba noire, parée d’un foulard gris, l’étonnement est de taille pour les passants qui regardent cette dame conduire un petit taxi à Casablanca. Pourtant, elle ne semble être perturbée ni par mon regard ni par l’embouteillage dense des heures de pointe. D’un air désinvolte,  elle lance « J’ai l’habitude. Pour conduire à Casablanca, il faut avoir les nerfs solides. Pour les femmes, c’est encore plus délicat» . Mme Aïcha Laarchi, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, fait partie désormais du patrimoine de femmes qui ont choisi le métier de chauffeur de taxi pour gagner leur vie. Son histoire ressemble à celle de tous les gens ordinaires qui aspirent à vivre dans la simplicité et le respect. Pour cette native de Casablanca, la vie n’a pas été heureuse. Tout commence en 1952 quand elle vient au monde. Elle perd sa maman en 1972 alors que son père était conducteur de taxi. Elle s’est vue investir des responsabilités de famille et elle devait assumer très tôt un rôle de mère . «Je n’avais pas le choix dit-elle. Je devais m’occuper de mes trois jeunes frères et ma soeur cadette.» Mise devant le fait accompli, la jeune femme est amenée à abandonner ses études au collège. Pour venir en aide à sa famille, elle travaillera dur pendant une vingtaine d’années, comme caissière dans une société de la capitale économique. Accomplissant le rôle de mère de famille, Aïcha pensait être au bout de ses peines après avoir décroché ce job. Mais la vie en décide autrement. La société ferme ses portes et notre future taxiwoman se retrouve au chômage. Confiante en ses capacités, Aïcha ne restera pas les bras croisés. Elle entreprend des bricoles. Un soir, chez l’une de ses amies, elle apprend que les femmes peuvent conduire des taxis au Maroc.
Une façon de s’affirmer
Une occasion propice qu’elle ne veut en aucun cas rater. «Mon père a conduit le petit taxi pendant 30 ans. Je crois que j’ai une chance de réussir dans ce métier», se dit-elle. Elle passe son permis avant de devenir ainsi la première femme à être taxiwoman à Aïn Sebaa Hay Mohammadi. Nous sommes en l’an 2000. Mais ce ne fut guère une sinécure pour elle. «Au début, les adolescents étaient les plus surpris. À chaque carrefour, ils me montraient du doigt. J’étais une espèce de curiosité avec mon foulard», avoue-t-elle. Mais ces attitudes peu familières ne décourageront pas la bonne dame. «De toutes les façons, je suis obligée de gagner ma vie. Puisque j’ai déjà mon permis de conduire, je ne laisserai pas cette chance m’échapper». Armée de son courage, Aïcha affrontera toutes sortes de difficultés et gagnera le respect des clients et de ses «collègues masculins». D’ailleurs, elle n’entretient aucune relation avec ces derniers qui la considèrent comme une intruse dans ce métier réservé exclusivement aux hommes. Mais elle reste catégorique: «Je ne fais pas ce métier par passion ni par héritage. Je suis chauffeur de taxi par nécessité car je n’ai pas d’autre choix». Ce qui pourrait dérouter plus d’un observateur quand on sait que Aïcha avait un père qui a fait carrière dans ce métier. Mais ce milieu réservé aux hommes ne lui fait pas peur. «Je ne me méfie pas des hommes et je ne prends pas n’importe quel passager. Je trie mes clients par peur d’être agressée». Toutefois, notre taxiwoman a son secret. «Je travaille comme une fonctionnaire, de 7h30 à 12 h 30 et de 14 h30 à 20 h . Cela me permet de m’occuper de mon unique fils, élève dans un collège». D’ailleurs les dimanches, elle partage sa journée entre sa marche hebdomadaire, les courses , les tâches ménagères et l’entretien de son taxi. Une voiture qu’elle loue, parce qu’elle n’a pas d’agrément de transport.»Le plus beau jour pour moi, c’est lorsque j’arrête mon taxi  pour rendre service à un malade, un vieillard ou un handicapé que tous les autres chauffeurs refusent de prendre «. Une façon pour elle de se rendre utile et d’accomplir des actes louables. Ce qui fait dire à un client que «le métier de taxidriver n’est pas seulement de mettre le compteur en marche pour avoir plus d’argent mais de rendre service à un client au bon moment et au bon endroit». Avec Aïcha, la satisfaction est assurée. Son exemple a d’ailleurs fait école puisque d’autre femmes suivent l’exemple de celle qu’on appelle désormais la doyenne des taxiwoman de Casablanca. Bonne route, chère et laborieuse amie.

M.S./ BE.L.



 

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