Émotion, solennité, convivialité, fraternité et familiarité, ces mots ne sont pas trop forts pour qualifier la réception, organisée le mardi 23 décembre 2003, par la Direction de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) à Rabat, en l’honneur des Directeurs Généraux qui l’ont servie pendant des années. Une première dans l’histoire contemporaine du Maroc où désormais les «anciens» de l’administration publique ou semi-publique ont droit de cité. Une cité bâtie à la gloire de tous les efforts qu’ils ont entrepris pendant des lustres, pour faire de la CDG l’un des pionniers de l’économie marocaine. Et la réception était à la hauteur de l’importance de l’événement. Dans un langage clair, M. Moustapha Bakkoury, l’actuel Directeur Général de la CDG et initiateur de «l’immortalité» des fidèles serviteurs de la Caisse, a rendu honneur à tous ces hommes qui ont consacré leur temps afin que cette institution soit ce qu’elle est aujourd’hui. Sobre et précis, M. Bakkoury a dit, en substance, que la cérémonie que la CDG organise honore tous ses Directeurs Généraux, et représente un moment d’émotion et de partage qui restera témoin de la continuité sereine de cette grande institution. En effet, près de 45 ans ( en février 2004) de parcours pendant lesquels la CDG n’a jamais failli à sa mission. Bien au contraire, car elle a toujours puisé dans la vision des hommes qui l’ont représentée. Et ces personnes étaient là ce soir: MM. Mamoun Tahiri (1959-1965), Ahmed Bennani (1966-1968), Hassan Ababou (1968-1970), Abdelkamel Rerhrhaye (1970-1974), M’fadel Lahlou 1974-1995, Khalid Kadiri (1995-2001). Depuis cette date, c’est M. Bakkoury qui se trouve aux commandes. Il fait désormais partie de ces managers qui ont eu la lourde tâche de construire, avec pragmatisme et savoir-faire, l’une des plus importantes institutions financières du Maroc. En guise de remerciement, l’actuel patron de la CDG s’est adressé à ses prédécesseurs : «vous qui avez marqué les bases de l’économie et de la l’indépendance financière du Maroc qui vous est très reconnaissant». Depuis sa date de création, la CDG a connu plusieurs phases qui ont abouti aujourd’hui aux résultats, combien de fois satisfaisants, d’une institution qui n’est plus à présenter. Il y avait d’abord la phase de consolidation de la souveraineté du pays. Cette période se situe entre 1956-1967 et qui a vu la création de la Caisse en 1959. Cette phase, bien que difficile mais combien exaltante, a été conduite respectivement par M. Mamoun Tahiri et Ahmed Bennani. Puis ce fut le temps de la dynamisation du marché financier à travers la première réforme de la Bourse en 1967. À cette époque, la CDG avait une présence importante en terme de placements avec la création de la SNI, sous la houlette de M. Ahmed Benkirane. Cependant, il faudra attendre le boum de l’industrie hôtelière entre 1967 et 1972 pour que la CDG agrandisse son champ d’action. Une période qui a été marquée par la création de Maroc-Tourist.
«Immortalité» et patriotisme
MM Hassan Aababou et Abdelkamel Rerhrhaye, l’un après l’autre, ont mis tout leur talent managerial pour que les cinq années soient celles de l’expansion et du progrès de la Caisse. La marocanisation des industries et services dès 1973 et l’élargissement de la couverture sociale (1973-1982) aura permis à M. M’fadel Lahlou de participer activement à la mise sur pied du RCAR ou encore à la marocanisation de la CIFM et de Lafarge- Maroc. Des temps forts qui vont activer les opérations de la CDG. Mais ce n’est pas tout car, entre temps, il y aura l’ajustement structurel destiné à rétablir les grands équilibres économiques et financiers sans oublier la politique d’investissement dans les secteurs prioritaires pour les pouvoirs publics dans les domaines de l’immobilier et le tourisme ainsi que les infrastructures locales (1983-1993). Cette période a connu la création du FEC avec la réalisation des zones industrielles ainsi que de nouveaux produits de prévoyance comme la retraite complémentaire au profit des avocats, des commerçants et des artisans. Ce qui fait dire à certains observateurs que M. Lahlou aura été incontestablement l’homme qui aura réussi la transition tranquille dans des circonstances particulières. Quant à M. Khalid Kadiri, son passage à la tête de la CDG (1995-2001), a été marqué par la libéralisation de l’activité économique, les privatisations et la déréglementation des marchés financiers. Pour la Caisse, c’était aussi l’occasion du recentrage sur les métiers financiers et la modernisation de l’institution, elle-même, à savoir la valorisation des ressources humaines et la modernisation du système d’information. Ce qui fait dire à M. Bakkoury que la force du Groupe CDG, durant toutes ces périodes, réside dans sa capacité économique et ses proposition. En d’autres termes son capital humain. C’est pour cette raison que l’événement de ce mardi avait pour objectif de rendre honneur aux femmes et aux hommes qui ont contribué à l’édification d’un Groupe leader. Un leadership acquis, comme l’a souligné M. Bakkoury dans son allocution de bienvenue, grâce aux qualités professionnelles et personnelles des Directeurs Généraux qui ont successivement assumé la responsabilité de Direction Générale. Cependant, dit-il, «des défis autrement importants attendent le Groupe CDG. Nous y ferons face avec sérénité et confiance, des sentiments que nous partageons à travers les valeurs historiques, légués par nos prédécesseurs, des valeurs qui animent notre volonté et assurent notre pérennité : innovation, rentabilité, synergie et citoyenneté». Mais au-delà de la performance et des qualités humaines des DG de la Caisse, c’est le symbolique qui a triomphé. Ce sentiment d’avoir appartenu à un établissement, avoir vécu dans une famille et avoir travaillé dans une institution au service de son pays. Désormais, M. Bakkoury a monté un chaînon, un maillon, une croix entre le passé, le présent et l’avenir dans la vie de la CDG. Et l’important est que la tradition s’est mise en route et elle sera entraînée par le courant de l’histoire jalonnée d’étoiles d’une génération à une autre.
M.S.