Les logiciels libres (LL) existent bel et bien, sont fiables, sûrs et totalement gratuits, pourquoi ne pas les utiliser davantage? C’est le cri qu’ont lancé les acteurs des LL lors des Casablanca GNU/LINUX Days (CLD), les 5 et 6 décembre dernier au Technopark. Il est vrai que réunis au sein d’OSIM, créée en 2002, une association à but non lucratif, mais aussi de l’Association pour le Développement de l’Informatique Libre au Maroc en 1998 (ADIL) et l’ALIM en 1998, les informaticiens usant des services des LL ne cessent d’œuvrer pour leur vulgarisation. Aujourd’hui, ces logiciels présentent des interfaces graphiques améliorées et n’importe quel profane peut les utiliser aisément. Si l’on se fie aux différents professionnels qui se sont succédé à la tribune traitant de différents thèmes, les avantages à tirer des LL sont innombrables (petitesses des modules, efficacité et portabilité, patchable, fiabilité, ... En concevant des LL on peut donc gagner de l’argent. Il ne reste qu’à s’engouffrer dans cette brèche pour marquer de son empreinte ce 21ème siècle. Les professionnels en sont conscients, surtout ceux des pays en développement. A travers le monde, la tendance est de plus en plus au Linux, si l’on en croit cet opérateur, car en 2003 il tourne sur l’ensemble du parc de l’opérateur de télécoms d’Australie, les administrations au Vietnam, quelque 200 millions de machines en Chine..., au Brésil, les mêmes décisions sont en train d’être prises. Au Maroc, avec une croissance de 50% l’an, une utilisation, encore timide, mais croissante au niveau des administrations de la Santé (hôpital Ibn Sinaa à Rabat) et de l’Éducation Nationale (Université Hassan II à Mohammédia), l’alternative des LL commence à prendre. Faudrait-il encore que l’Accord de Libre-Echange avec les USA englobe les logiciels non brevetés.
M. Tarik Fdil, membre de l’Association OSIM, qui a ouvert les débats exposant «La Saga des logiciels libres dans le monde et au Maroc», s’est attelé dans un premier temps à distinguer le logiciel libre des licences commerciales, des shareware (partagiciel), et des freeware (graticiel). Afin d’appréhender de manière optimale les différences, il a rappelé que contrairement au logiciel sous licence, pour lequel il faut un droit d’utilisation personnel sous jacent à son achat, avec des restrictions (copie et distribution interdites et programme-source inaccessible), le logiciel libre comme son nom l’indique est parfaitement gratuit et le programme source est accessible. Cette dernière accessibilité, est d’ailleurs la plus importante, et est tout à fait fascinante pour tout utilisateur qui le découvre la première fois, de son avis. Il n’a pas non plus manqué de brosser un bref historique des LL, allant des Multics des années 1965 à aujourd’hui (GPL, NPL, ...) en passant par l’Unix V4 en 1974. Après un round up complet des LL dans le monde et au Maroc, il a cité les projets de LL conçus nationaux, tels que Freediab, Sirius, et Siraji. Lui succédant, M. Aissam Bazaoui, membre d’OSIM, a présenté les aspects techniques des Assistants Personnels (Personnal Data Assistants) tournant sous le système d’exploitation GNU/Linux, dans le cadre de son exposé sur «Linux PDA». Ensuite ce fut au tour de M. Richard Stallmann, gourou du LL et fondateur Free Software Fondation «The free software movement and the GNU/Linux operating system» Richard qui a animé les débats via une vidéoconférence depuis Boston. Ayant eu un empêchement indépendant de sa volonté, il a tenu à être des CLD, nous a-t-on appris. En gros après avoir défini les quatre libertés fondamentales liées à l’utilisation des logiciels, notamment la liberté d’utiliser le logiciel pour soi-même, la liberté de modifier le logiciel pour ses propres besoins, la liberté d’aider son voisin en lui donnant un logiciel et la liberté de diffuser les modifications de logiciels, il a mis l’accent sur la différence fondamentale entre la gratuité et la liberté.
Que
de bénéfices
La suite des interventions plus riches les unes que les autres n’ont fait que confirmer les bienfaits de cette révolution extraordinaire apportée par les LL. MM. Nabil Sefrioui, Olivier Berger, Philippe Wakwo & Bognini Cablan Jean Gabin, respectivement Directeur Technique Osmium Work, Ingénieur Recherche Int Every, Association April France et responsables à la SNDI, Abidjan, Côte d’Ivoire ont successivement exposé LARTC, une technique avancée pour effectuer le routage et le contrôle du trafic TCP/IP, la problématique actuelle entourant la création numérique et la diffusion des connaissances ouvertes dans la société d’information, et une expérience pilote de déploiement d’outils open source au sein de la SNDI relative à la solution de déploiement d’outils de messagerie, serveur web, etc, au sein de la Société Nationale de Développement Informatique, une société étatique ivoirienne.
Philippe a présenté (plus de 650 utilisateurs répartis sur plusieurs villes ivoiriennes). Encore plus concrètement, M. Samy Benyounes, membre d’OSIM, a exprimé le profit que pourrait tirer une PME en adoptant des LL. Mais c’est sans conteste M. Nabil Ouchn, CCC Maroc, qui a décrit une méthodologie de test de la sécurisation d’un système en utilisant des outils open source, qui va le plus intéresser les chefs d’entreprises, en ces temps où les bug et les «Chevaux de Troie» sont monnaie courante et empoisonnent leur existence. A l’issue de la rencontre les trophées CLD du Meilleur Hacker marocain (pour encourager le hacking noble, qui consiste à construire et débuguer des logiciels en utilisant des technologies libres) a été décerné à Mehdi Oudad, tandis que celui du Meilleur Déploiement Open Source au Maroc est allé au Projet Freediab. Aussi, des prix d’encouragement ont été attribués à tous les nominés.
D. MB.
Trois questions à M. Hassan El Mekkaoui, S.G. de l’OSIM
La Nouvelle Tribune: Avez-vous mené des actions pour faire connaître OSIM auprès du grand public ces journées?
M. El Makkaoui : Pour nous, le fait de promouvoir le logiciel libre au Maroc s’impose de lui-même. Toujours est-il que durant une période de six mois, nous nous sommes attelés à diffuser nos manifestations auprès du grand public, des opérateurs et des membres de notre association. D’une part, nous avons tenté d’atteindre des entreprises, des enseignants, des étudiants, qui sont intéressés par Linux et le logiciel libre. Sachant que tous les derniers samedi du mois, nous organisons une demi-journée de conférences, pendant laquelle les membres de notre association se réunissent pour débattre de thèmes spécifiques au logiciel libre. Les sujets abordés peuvent concerner Java , la sécurité, ou l’Anti Span, ... Aussi, il y a lieu de signaler que des acteurs provenant de divers secteurs sont invités à prendre part à ces journées. D’autre part sur l’international, nous avons participé à un événement organisé en Éthiopie (CODI III: Comité pour le Développement de l’Information) par l’Organisation des Nations Unies (plus précisément par la CEA), et essayons de nouer des partenariats féconds avec d’autres associations à l’étranger, notamment en France et en Afrique. Bien entendu, le bouche à oreille, les E. Mails, les listes de diffusion sur le Net les mailing-lists (bien garnies côté adhérents), et l’affichage ont été des moyen fort utiles pour divulguer nos activités.
Quel est votre principal mobile ?
Noter que notre action n’est pas commerciale stricto-sensus. Ce n’est pas juste l’utilisation du logiciel libre en lui-même qui nous intéresse, mais c’est surtout l’enjeu que cela représente tant au niveau économique que technologique.
Dans le futur proche que programmez-vous?
Nous poursuivons notre action pour vulgariser le logiciel libre, le faire connaître, en révélant ses avantages multiples. Nous comptons beaucoup sur les Casablanca GNU/Linus Days (CLD). Nous sommes résolument optimistes pour l’avenir vu le nombre croissant d’individus intéressés par les logiciels libres. Enfin, ce qui est surtout réconfortant, c’est qu’un nombre important de sociétés, parfois de grandes entreprises, utilisent les LL. Certes, le grand public l’ignore, mais n’est-ce pas un gage d’efficacité ?
Propos recueillis par
Daouda MBaye