S’il n’y a aucun doute sur une utilisation à très grande échelle de l’eau potable du robinet à Casablanca et à Mohammédia, par contre il est légitime de s’interroger sur les disparités de sa qualité, à travers les différents quartiers de ces deux agglomérations. Les nombreux témoignages, que nous avons recueillis, à ce sujet, sont édifiants (voir encadré). En général d’un quartier à l’autre l’eau n’a pas la même couleur, ni le même goût. La vétusté des canalisations est dans ce cas pointée du doigt, quand la Lydec met en garde contre le forage de puits (voir encadré). N’est-ce pas cela qui amène une certaine frange des usagers à bouder l’eau potable du robinet, sinon à la bannir carrément de leur consommation. Ou bien s’agit-il d’un phénomène de mode ou de prestige, vu qu’aujourd’hui, les eaux minérales naturelles, les eaux de table (...), sont de plus en plus vulgarisées? Il est vrai que certaines personnes boivent ponctuellement l’eau minérale lorsqu’elles reçoivent des invités, au détriment de l’eau potable du robinet, qui est normalement rafraîchie au réfrigérateur.
«A la maison, je bois l’eau du robinet, faute de mieux», nous a signalé sans ambages ce Casablancais appartenant pourtant à ce qu’on pourrait assimiler à la tranche moyenne de la population de la ville. Ou encore serait-ce cette qualité approximative, qu’ont déplorée les citoyens que nous avons rencontrés, qui a tant terni son image de marque? Pourtant, les rouages du contrôle de la qualité de l’eau potable, depuis l’amont, avec l’Office National d’Exploitation de l’Eau Potable (ONEP), le pourvoyeur de la ressource à la Lydec, le distributeur, ne souffrent d’aucune légèreté, si l’on en croit M. Foutlane, Chef de la Division Pollution et Assainissement à la Direction Qualité de l’ONEP, et M. Alain Bolanger, du Département Eau potable à la Lydec (dont l’entretien sera publié la semaine prochaine). Cela devrait rassurer plus d’un. Mais hélas, en dehors du goût de la couleur de l’eau, la réalité interpelle chacun de nous, car au fond des bouilloires ou des marmites à chauffer l’eau de robinet, un dépôt ou une sorte de filtrat est bien apparent. A ce niveau, les professionnels, que nous avons rencontrés, tempèrent et nous rassurent. De l’avis de ces spécialistes, c’est tout à fait normal, son degré dépend des régions, et de l’origine des eaux, il s’agit de sels invisibles à l’œil nu, mais qui restent au fond des récipients une fois que l’eau s’est évaporée.
Quant aux cheminements, aux traitements, et aux contrôles de la qualité de l’eau potable, les différents spécialistes, qui ont répondu à nos interrogations, ont été on ne peut plus clairs. Il existe des normes marocaines qui précisent la nature des prélèvements à faire et les fréquences correspondantes. Normalement, toute eau de robinet est soumise à des analyses de contrôle et de surveillance.
Les régies ou distributeurs, communément appelés concessionnaires, font aussi des contrôles de la qualité de l’eau qu’ils distribuent. Les pouvoirs publics ont tout un programme de contrôle. Le ministère de la Santé a toute la latitude de contrôler les installations de l’ONEP et celles de la Lydec, d’Amendis, de la Redal ou de toute autre commune. Ce département gouvernemental dispose de matériels et de laboratoires et effectue des contrôles inopinés. Nous avons tenté de joindre ce service, pour avoir des résultats récents, mais en vain. Dans tous les cas, nous avons appris qu’il existe une grande collaboration et une parfaite coordination entre l’ONEP et le ministère de la Santé, ainsi qu’avec les autres intervenants dans le secteur.
Relativement aux traitements, M. Foutlane nous a appris qu’il revient à l’ONEP, le principal producteur, de rechercher la source, de l’équiper, de la traiter pour qu’elle réponde aux normes de potabilité au niveau national. Ensuite les distributeurs (Redal à Rabat, et Lydec à Casablanca et Mohammédia) prennent la relève. «En ce qui nous concerne, au point de livraison, la qualité de l’eau est garantie, car elle est suivie de la source jusqu’au point de la livraison». Différents types d’analyses bactériologiques, physico-chimiques (...), sont effectuées sur le produit avant qu’il soit livré aux distributeurs, a-t-il affirmé par la suite. L’ONEP, qui est parfaitement outillé pour cela, réalise toutes ces analyses relatives au contrôle de la qualité de l’eau. Il dispose, d’après notre source, d’un Laboratoire Central, qui n’a rien à envier aux laboratoires européens ou américains. Conforme aux standards internationaux, il est accrédité par le ministère de l’Environnement du Québec, selon le référentiel ISO 25 pour des analyses microbiologiques et physico-chimiques. Plus récemment, il a été accrédité par le ministère du Commerce et de l’Industrie et des Télécommunications selon le même référentiel et selon le système national d’accréditation. De plus, depuis 1994, c’est le Centre collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il faut aussi noter que ce Laboratoire est épaulé par 48 laboratoires décentralisés à travers le Royaume.
Une coordination parfaite existe aussi entre l’ONEP et les distributeurs. Avec les distributeurs, notamment la Lydec et la Redal, des données, des expériences, des résultats d’analyses sont régulièrement échangés pour préserver la santé du consommateur. C’est donc cela qui explique que dans plusieurs groupes d’une dizaine d’individus, c’est seulement deux ou trois personnes qui ont avoué ne pas boire l’eau du robinet, même si son goût est amélioré. En effet, il existe sur le marché des filtres et autres systèmes pour améliorer le goût de l’eau du robinet. Il arrive que les donneurs d’ordre demandent aux architectes que des systèmes, pour purifier et améliorer la qualité de l’eau, soient adjoints aux installations (les purificateurs d’eau Sparfix allemands ne sont plus à présenter par exemple).
D. MB.
Mise en garde contre l’utilisation de puits privés
A ceux qui forent et utilisent l’eau de puits dans leur concession, le conseil de la Lydec est clair et sans équivoque: «Puits privés: attention à votre santé». Elle rappelle à ceux-ci que selon la législation marocaine, ces puits sont soumis à déclaration, qu’en aucun cas, cette eau ne peut-être consommée en eau de boisson, et que le réseau du puits ne doit pas être accordé aux installations intérieures d’eau potable. Le risque encouru serait une pollution du réseau intérieur, mais aussi du réseau public à cause du phénomène de retour d’eau. Témoignages
M. Abderrahim, Chauffeur: Moi je trouve que l’eau du robinet est bonne. Je suis de Sidi Moumen.
Mlle F. S., Profession libérale: Dans mon quartier, à Racine, il arrive que l’eau ait une couleur foncée qui tire vers le marron et un goût plutôt bizarre. Dans ce cas, il faut ouvrir le robinet et attendre un peu avant d’utiliser l’eau.
Mme Madiha, Femme au foyer: J’habite Aïn Sebâa, nous buvons l’eau du robinet à la maison, mais nous nous plaignons. L’eau n’est pas de bonne qualité.
Mlle S., Professionnelle dans la communication: Je ne bois que de l’eau minérale. Dans mon quartier au Maarif, l’eau a mauvais goût.
M. Ayoub S., Employé: Nous buvons aussi bien l’eau de robinet que l’eau minérale. Je ne trouve aucun inconvénient à l’eau du robinet.
Mme Touria E. Femme au foyer: Nous buvons systématiquement l’eau minérale. Je réside au Maarif, et l’eau dans ce quartier est imbuvable. Son goût et son odeur sont insupportables.
M. Saïd, Technicien Réseau: Je suis de l’Oasis, l’eau du robinet y est passable. Nous arrêterions de la boire, si nous en avions plus de moyens. C’est sûr que dans ce cas, nous nous en dispenserions.
M. Rachid, employé: Je ne bois que l’eau du robinet. A la maison à Oulfa, nous ne buvons l’eau du robinet qu’après l’avoir portée à ébullition.
Mme L. C. sans profession: Je réside sur le Boulevard d’Anfa, je ne bois que de l’eau minérale.
Propos recueillis par
Daouda MBaye