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Driss Jettou à la rescousse Conflits dans le secteur de la pêche

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Ce qui se passe actuellement dans le secteur de la pêche, notamment le conflit qui oppose le ministère de tutelle aux professionnels du secteur, n’est que la face cachée d’une activité en pleine crise. Le repos biologique, toujours décrié par les armateurs, est devenu pour le ministère de la pêche un credo, pour préserver soi-disant les ressources halieutiques contre la surexploitation. S’il est admis, comme le note un opérateur, que cette politique est appliquée dans d’autres pays, il n’en demeure pas moins que les mesures devant accompagner une telle décision sont loin de satisfaire ou de combler le vide laissé par les «mois blancs» chez les armateurs. À la Fédération des industries de la mer, on ne cache pas les conséquences de la crise actuelle. En effet, selon certaines sources, proches de la Fédération, l’effort de pêche a été surdimensionné car le problème qui se pose concerne les ressources halieutiques dans leur ensemble ainsi que les infrastructures adéquates pour une meilleure exploitation mais aussi pour une meilleure régulation du marché de l’approvisionnement et par ricochet la commercialisation. Cela a conduit à la rareté du poisson chez le consommateur final qui doit payer le prix fort pour se procurer cette denrée halieutique devenue de plus en plus rare sur le marché. Pourtant, assure la Fédération, cela aurait pu être évité dans la mesure où le gel des investissements a été décidé, il y a une dizaine d’années. Même au ministère, un haut cadre assure que le gel décrété en 1992 a occasionné la prolifération d’une pêcherie illégale et illicite. Pourtant, la question de la pêche n’est pas un sujet qui date d’hier. Ce dossier a occupé, même au temps des négociations sur une éventuelle reconduction de l’accord de pêche avec l’Union Européenne, le devant de la scène politique. Dans cette optique, le souci des autorités marocaines a toujours été la préservation de ses ressources halieutiques et le développement du secteur. Ce constat est le résultat d’une étude qui a révélé, en son temps, qu’en l’espace d’une décennie (1988-1999), le Maroc aurait perdu près de 320 milliards de Dhs et quelque 60 000 emplois. Depuis la non reconduction, on se demande où se situerait ce chiffre aujourd’hui. En l’absence de données chiffrées, l’on est en droit de se dire que le pic est presque atteint. D’ailleurs, la dernière manifestation des marins pêcheurs, des armateurs et autres intervenants dans le domaine de la pêche est la parfaite illustration de ce qu’il convient d’appeler le manque de stratégie et de visibilité dans le secteur. Ce qui fait dire à certains responsables de la Fédération que malgré les arrêts de pêche de plus en plus longs, les problèmes du secteur ne sont pas résolus pour autant. Il serait donc temps, à entendre ces personnes, d’adopter une nouvelle approche notamment par l’élaboration d’un nouveau texte qui pourrait être la rationalisation de l’exploitation. À ce sujet, soutient le ministère, une circulaire sous le No 12361 du 9 décembre 1999, évoquait cette question ainsi que la mise à niveau des navires sur le plan de la qualité. En outre, elle facilite les conditions d’habilitation, d’hygiène et de sécurité à bord des navires de pêche.

Réorganiser le secteur

Sur la même lancée, un projet de loi sur le Code des pêches maritimes et de la préservation des écosystèmes marins avait même été initié. D’autant plus que ce Code de la Pêche s’est fixé pour objectif d’établir un cadre juridique qui appuie le nouveau régime de gestion et d’optimisation de l’exploitation des ressources halieutiques. Le texte se repose, en outre, sur une démarche d’interdépendance des systèmes environnementaux, économiques et sociaux. Ce qui a permis d’ailleurs la mise en place de plans d’aménagement et de gestion des pêcheries, en étroite concertation avec les professionnels du secteur. L’objectif recherché étant de traiter les conditions d’accès aux ressources et le développement de l’aquaculture marine. Après des années, force est de constater qu’on est loin du résultat escompté. En ce mois de ramadan, la libéralisation de la vente à la criée, déjà en place depuis quelques temps, n’a fait qu’aggraver la pénurie de poisson. De la sardine au pageot en passant pas le maquereau et la lotte, les prix ont flambé. Ils varient selon les arrivages. Au marché central de Rabat, le kilo de sardine se discute entre 7 et 10 dirhams tandis que le pageot et la lotte sont cédés respectivement à 15-30 dirhams et 40-50 dirhams. Pour ce qui est du merlan, de la sole, du loup, des crevettes roses  et des crevettes royales, les calamars ou autres espèces très appréciés, ils ne sont plus à la portée de toutes les bourses. Pendant ce temps, M. Rhafès, s’arc-boute sur sa position concernant le repos biologique alors que la solution existe comme le demandent les professionnels. Pour ces derniers, il suffirait de relancer les pêcheries et d’appliquer les mesures existantes, étant donné que les ressources se régénèrent très rapidement, pour que cette activité retrouve sa place d’antan. La colère de l’Association des armateurs de la pêche hauturière est on ne peut plus patente. Pour cette Association, le ministre actuel n’a pas le courage de prendre les mesures nécessaires et suffisantes pour faire de ce secteur une activité rentable. Pour affirmer leur position, ces armateurs ne manquent pas d’arguments. En effet, la pêcherie hauturière serait la seule corporation organisée qui observe le repos biologique sans oublier que l’activité de ces armateurs est imposée et taxée. Est-ce en raison de toutes ces difficultés que le Premier ministre, Driss Jettou, a décidé de venir à la rescousse d’une profession très menacée? Dans tous les cas, estiment les observateurs, l’intervention du Premier ministre a permis de calmer les esprits en attendant de voir plus clair dans ce bras de fer qui n’a que trop duré entre professionnels et ministre de tutelle.

M.S.

La difficile mise à niveau sociale

Programme d’actions visant l’amélioration du niveau d’encadrement du secteur et du taux de qualification des gens de la mer, construction de villages de pêcheurs et des points de débarquement aménagés (PDA), approvisionnement du marché local, mise à niveau des commerçants ambulants et la liste est longue. Décidément, le ministère de la Pêche entend donner un réel coup neuf à ce secteur. Mais le prix à payer sera aussi lourd. Car une standardisation des activités de la pêcherie risque d’agrandir le fossé entre les différentes couches de la société. Car tout le monde sait que la consommation du poisson de qualité reste limitée au Maroc en raison du pouvoir d’achat très faible. Dans ce contexte, la suppression des petits porteurs dans le circuit de la distribution, dans les mois à venir, ne fera qu’envenimer la situation. D’où des interrogations réellement fondées sur les trains de mesures qu’entreprennent l’actuel ministre et son staff technique.



 

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