La Nouvelle Tribune : Aujourd’hui le débat est focalisé sur les produits génériques. En tant que pharmacien et Administrateur Directeur Général du Laboratoire Iberma, comment appréhendez-vous ce problème ?
M. Abdelilah Lahlou : Je répondrais d’abord en tant que citoyen marocain et en tant que tel je ne peux qu’applaudir les produits génériques au Maroc en raison des réalités socio-économiques du pays. Le coût de ces médicaments génériques est une aubaine pour les ménages à revenus limité. Mais en tant que pharmacien et responsable du Laboratoire, l’une des composantes de la gestion quotidienne des laboratoires pharmaceutiques est de prévoir le court, le moyen et le long termes. Sur le court terme, nous travaillons à réduire les coûts de nos produits. Pour le moyen terme, nous prévoyons une possibilité d’être plus actifs au niveau de notre Groupe. Et au niveau du long terme, nous essayons d’avoir au sein de notre société mère espagnole le même travail et d’avoir une spécialité propre à nous. C’est-à-dire que nous voulons développer des produits propres à Iberma. C’est dans ce contexte que nous travaillons. Car aujourd’hui, de plus en plus, les grandes entreprises pharmaceutiques se spécialisent en Europe et développent des produits de haute technologie délocalisant la production des formes galéniques classiques à l’extérieur de l’Europe. C’est le cas de notre partenaire Assac. À ce sujet, je tiens à vous annoncer que nous répondons aujourd’hui aux exigences PPF ou GMP que nous avons avancées il y a quelques mois. Nous pouvons actuellement exporter nos produits à destination de notre partenaire et ses filiales. D’ailleurs, un programme de production et d’exportation est à l’ordre du jour de notre entreprise.
Concrètement, comment se présente le marché marocain pour ce qui est des produits génériques ?
Nous avons eu un démarrage de produits génériques qui commencent d’ailleurs à avoir leur place sur le marché. Cette percée peut se situer sensiblement autour de 15 %. Il ne s’agit là que d’estimations. Nous savons également qu’il y a beaucoup d’efforts qui sont fournis pour qu’il y ait de plus en plus de produits génériques sur le marché marocain. C’est quelque chose qui a tendance à s’accroitre assez rapidement. Autrement dit, nous sommes tous conscients qu’il faut que se développe chez nous ce nouveau type de produits.
Est-ce en raison du pouvoir d’achat de la population qu’il faut développer les produits génériques ?
Je reviens sur ma première déclaration, c’est qu’en tant que citoyen, on ne peut qu’applaudir tout ce qui peut améliorer le quotidien des familles en général et des familles à revenus limités en particulier. Ce ne serait pas logique que l’on regarde l’intérêt personnel dans l’état actuel des choses. Je pense que la citoyenneté appelle aujourd’hui à ce qu’on travaille dans nos secteurs à avoir des produits au meilleur rapport qualité/prix. C’est en effet notre souci quotidien et notre devise. Cependant, nous sommes inquiets de l’évolution que pourrait prendre ce processus. Aujourd’hui, on parle de protection d’une durée de 20 ans et qui pourrait être prolongée, mieux les mécanismes de prolongation ne manquent pas. Dans ce cas, nous serons le premier pays au monde à avoir une protection allant de 20 à 30 ans. Là, une réflexion s’impose. À mon avis, il faudrait peut-être réfléchir à quelque chose de plus et que l’occasion est venue maintenant de s’investir dans la recherche. Nous ne manquons pas de ressources humaines. Alors pourquoi continuer à travailler sur des traces déjà faites. En la matière, pourquoi ne pas envisager un processus où l’on pourrait mettre un pourcentage défini de notre chiffre d’affaires qui serait dédié à la recherche et plusieurs laboratoires peuvent s’associer à ce projet. Je crois que ce qui nous manque c’est la volonté ou ce courage de nous prendre en mains car je pense qu’il y a aujourd’hui une possibilité pour nous de trouver une troisième voie pour sortir de cette impasse dans laquelle nous sommes en train d’évoluer et ainsi résoudre nos différents problèmes de santé tout en développant une ligne de produits adaptés notre pathologie.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé