Au nombre de 256 agences de voyage agréées IATA, les voyagistes représentent le moteur de l’activité touristique au Maroc. Aujourd’hui, ils semblent au bout du rouleau, à cause d’une conjoncture internationale assez difficile, accentuée par les événements internes, mais aussi et surtout le conflit qui oppose les agences de voyages aux compagnies aériennes.
C’est ce qui ressortait des propos des représentants de la profession lors d’une conférence de presse tenue à Casablanca, le 21 juillet dernier. «Nous sommes essoufflés, nous allons droit à l’abîme, si nous continuons ainsi», déclarait M. Mohamed Said Benamâzouz, président de l’association des agences de voyages. «Jusqu’au 11 septembre, le tourisme a su absorber les chocs. Mais depuis, les événements se sont rapidement succédé ( 11 septembre, guerre en Afghanistan, Gerba, Irak...) qu’on arrive plus à absorber l’impact de ces événements.»
Selon les responsables de la Fédération, les agences de voyages connaissent de nombreuses tribulations. Au delà de l’ensemble des problèmes internes et externes qui stigmatisent l’activité touristique sur le plan mondial, d’autres bémols viennent se greffer à cette réalité d’emblée morose. Principal bémol, la décision unilatérale des compagnies aériennes de baisser la commission IATA, depuis le 1er octobre 2002, de 9% à 7% pour le trafic international et de 7,5% à 5% pour le trafic interne, sans la moindre concertation ou préavis vis-à-vis des voyagistes. «Ce qui ampute les agences de voyages de 25 % de leur revenu.» s’indignent les représentants de la FNAVM. Suite à cette décision qualifiée d’abus de position dominante, selon les voyagistes, les représentants de la profession ont tenté d’ouvrir le dialogue avec les différents intervenants du secteur, à leur tête la RAM, «sensée défendre les intérêts de son réseau de distribution», en vue de trouver un champ d’attente, mais ce fut en vain. Les différentes tentatives de la FNAVM sont restées lettre morte. Autre doléances, le BSP, centrale de recouvrement, en fonction de quoi, les agences de voyages doivent effectuer régulièrement le paiement des billets émis, à la fin de chaque mois, autrement, au 15 du mois prochain, l’agence se verra privée d’émission de billets. En outre, si un client décide d’annuler ou de changer la date de son billet, l’agence ne pourra plus procéder par un simple sticker et le tour est joué. «Le BSP impose dans les deux cas que le premier billet soit retourné à la compagnie qui mettra, selon les professionnels, environ 3 mois avant d’être remboursé, alors que si le client passe directement par la compagnie, son billet sera remboursé sur le champ. Autre problème, en terme de fiscalité, les agences de voyages, continuent de payer 20% de TVA, au lieu de 10% comme stipulé dans le contrat-programme.
Face à cette série de problèmes, et eu égard «à l’échec d’instaurer un dialogue avec les parties concernés les voyagistes (Ministères du transport, du Tourisme, la RAM et les compagnies internationales) malgré la forte volonté dont ils ont fait preuve en vue d’atteindre l’objectif 2010, lancent un ultime appel, annonçant que leur activité est menacée et avec elle l’emploi de plusieurs personnes.» Et de poursuivre « On risque de suspendre les accords relatifs au BSP, comme ce fut le cas au Sénégal». Selon M. Karioun, Président de la FNAVM, «la compagnie nationale doit faire un effort, en mettant en place une stratégie en vue d’une meilleure collaboration avec les voyagistes.» A ce titre, les agences de voyage proposent entre autres, un système de bonus pour compenser la baisse des commissions.
Par ailleurs, il est à noter qu’outre la grève et le sit in observés samedi dernier, la FNAVM a déjà saisi la justice pour dénoncer l’abus de pouvoir des compagnies aériennes. Suite à deux reports, le procès est encore fixé pour la fin des vacances judiciaires.
Enfin, les voyagistes n’ont pas omis de soulever que dans l’attente de la libéralisation du ciel, le consommateur marocain continue de payer cher ses voyages, en raison d’une «absence de liberté en matière de voyages organisés à l’étranger, alors que les autres secteurs d’activités peuvent importer librement tout produit de l’étranger. Alors vivement l’ouverture du ciel pour pouvoir profiter des vols charters à partir du Maroc.
Leïla Ouazry